Assiste-t-on à la naissance d’une guerre intestine chez Mercedes? Le pilote George Russell a frôlé la catastrophe avec son coéquipier Kimi Antonelli, samedi, mais il est tout de même parvenu à remporter la course sprint au Grand Prix de Formule 1 du Canada.
Russell, qui s’élançait de la position de tête, a ainsi gagné la première course sprint de l’histoire du Grand Prix du Canada. Il a devancé au fil d’arrivée le pilote McLaren Lando Norris par 1,272 seconde, et Antonelli par 1,843.
Le Britannique avait l’air visiblement soulagé par la tournure des événements, surtout après les longues pauses après le Grand Prix du Japon et celui de Miami.
« Ç’a été une course très “cool”. Lando avait un bon rythme ici et, puisque la piste est encore très glissante, c’était très difficile d’utiliser le mode dépassement adéquatement. Ç’a été une bonne bagarre avec Kimi également, et je suis simplement content d’être sorti vainqueur ici », a résumé Russell en entrevue d’après-course.
Norris, qui avait le meilleur siège pour assister à la bagarre entre Russell et Antonelli, n’a pas caché avoir apprécié le spectacle devant lui.
« J’étais vraiment bien placé. Oui, et maintenant je suis un peu dans la position des autres l’année dernière, donc c’est évidemment agréable. Même si notre rythme était plutôt bon, ils (les Mercedes) ont tous les deux pris une bonne avance au début et je n’arrivais pas à les suivre », a résumé Norris, le champion du monde en titre.
Russell avait aussi gagné la course sprint au Grand Prix de Chine plus tôt cette année, alors que Norris avait gagné celle du Grand Prix de Miami plus tôt ce mois-ci.
Les choses auraient pu se terminer de façon bien pire pour les pilotes Mercedes.
Après un départ irréprochable, Antonelli a rapidement commencé à montrer les dents derrière Russell. Loin de se laisser intimider, le Britannique a repoussé une première attaque de son coéquipier dans les « S » de Senna au début du sixième tour, entraînant même un léger accrochage entre les deux Mercedes.
« C’était très vilain », a d’abord dit Antonelli sur les ondes radio.
L’Italien, meneur au championnat, est revenu à la charge un peu plus tard au même tour, et cette fois, il est arrivé trop rapidement dans un virage et a dû le court-circuiter. Cette escapade hors-piste a ouvert la porte à Norris, qui s’est emparé de la deuxième place et s’est alors lancé aux trousses de Russell.
Antonelli a alors demandé sur les ondes radio qu’une pénalité soit imposée à Russell, et l’ingénieur de course chez Mercedes, Peter « Bono » Bonnington, lui a demandé de se concentrer sur la course et moins des communications radio.
Antonelli a alors répondu sèchement : « Je m’en fous. Il m’a poussé ».
Le directeur de Mercedes, Toto Wolff, a ensuite dû s’en mêler pour lui dire de « limiter les déclarations sur les ondes radio, puisque nous réglerons ça à l’interne (après la course) ».
Une fois la course terminée, les deux pilotes Mercedes se sont serré la main. Antonelli a cependant réitéré en entrevue d’après-course que Russell l’avait « poussé ».
Encore visiblement échaudé par la séquence d’événements, Antonelli a déclaré qu’il allait devoir clarifier les directives d’équipe.
« Évidemment, nous tenons des réunions avant les courses et c’est ce que nous disons en salle: bien sûr, nous courons pour gagner et nous essayons de faire de notre mieux pour défendre notre position. Donc, j’ai probablement compris l’importance de cette réunion un peu différemment, mais oui, il est clair que je dois revoir mon approche. J’étais très émotif, les émotions étaient à vif à ce moment-là et j’étais évidemment très contrarié, mais vous savez, je dois revoir la séquence et nous allons certainement en parler et clarifier la situation », a déclaré l’Italien.
Pour sa part, Russell a maintenu qu’il avait agi de la bonne façon en piste pour repousser son coéquipier.
« La vérité, c’est que je dois revoir la séquence aussi. De mon côté, je ne pensais pas que c’était une erreur et vous savez, il n’y a pas eu d’enquête, donc je suppose que le directeur de course et les commissaires pensaient la même chose, a indiqué le Britannique. Mais je dois vérifier, et il est clair qu’entre coéquipiers, nous pilotons à fond, et loyalement, sans contact. C’est toujours l’objectif. »
Quant à Wolff, il a déclaré sur les ondes de F1 TV que « c’est à eux d’établir les règles en piste ».
Derrière, le pilote Ferrari Lewis Hamilton, parti cinquième, a connu un départ canon et s’est emparé de la quatrième place aux dépens d’Oscar Piastri dès le deuxième virage. Il a bien tenté de prendre en chasse Antonelli, mais la Mercedes était supérieure au bolide italien.
Piastri (McLaren) a fini au pied du podium, suivi de Charles Leclerc (Ferrari), Hamilton, Max Verstappen (Red Bull) et Arvid Lindblad (Racing Bulls), dans l’ordre. Seuls les huit premiers pilotes à franchir le fil d’arrivée obtenaient des points de classement.
Pour sa part, le pilote québécois Lance Stroll, qui est parti en retard de la ligne des puits au volant de son Aston Martin, a abouti au 16e rang. Son coéquipier, Fernando Alonso, a été contraint à l’abandon.
L’épreuve de 23 tours sur le circuit Gilles-Villeneuve s’est déroulée dans des conditions idéales, sous un ciel dégagé et une température confortable de 20 degrés Celsius.
Une séance de qualifications « classique » aura lieu plus tard aujourd’hui, et mettra la table pour le Grand Prix du Canada, dimanche après-midi.
