Trois commotions cérébrales diagnostiquées au cours de sa carrière de footballeur. Dans un long témoignage, le quadruple champion de la Coupe Grey Tim Fleiszer dit en avoir subi entre 50 et 100.
«La pire commotion cérébrale que j’ai subie s’est produite lors du coup d’envoi du match de la Fête du Travail, pendant ma première année», se souvient-il.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
«J’étais responsable de briser le blocage. J’étais en plein milieu. Quand on regarde le jeu en vidéo, on dirait une boule de quilles qui percute des quilles. J’ai trotté jusqu’à la ligne de touche, j’ai levé les yeux vers le tableau d’affichage: il restait 12 minutes au deuxième quart. J’ai alors dit au gars à côté de moi: “Ils se sont trompés avec le chronomètre.” Il m’a répondu: “Ouais, tu devrais aller voir le soigneur.” »

Après avoir passé neuf ans comme joueur de ligne défensive dans la Ligue canadienne de football (LCF) avec les Alouettes de Montréal, les Tiger-Cats de Hamilton, les Renegades d’Ottawa, les Eskimos d’Edmonton et les Roughriders de la Saskatchewan, M. Fleiszer est aujourd’hui directeur général de la Concussion Legacy Foundation et a effectué des tests préliminaires pour l’encéphalopathie traumatique chronique (ETC). Il s’agit d’une maladie neurodégénérative qui, selon les chercheurs du Centre de toxicomanie et de santé mentale de Toronto, serait causée par des chocs répétés à la tête.
À l’heure actuelle, elle ne peut être diagnostiquée qu’après le décès, par le biais d’une autopsie cérébrale, mais des efforts sont déployés pour la diagnostiquer chez un patient vivant. Les chercheurs affirment qu’elle peut être fréquente chez les athlètes pratiquant des sports de contact ou de combat, les anciens combattants et les victimes de violence conjugale.
Les cas graves d’ETC peuvent entraîner des changements d’humeur et de comportement, de l’agressivité, de la dépression et des pertes de mémoire. Une étude publiée en 2026 dans le British Medical Journal a révélé que, sur un échantillon d’anciens joueurs de la NFL décédés entre 2016 et 2021, 25 % d’entre eux souffraient d’ETC.
L’Université de Boston a constaté en 2024 que 18 des 19 joueurs amateurs et professionnels étudiés avaient également obtenu un résultat positif au test de dépistage d’ETC. Elle ajoute que le risque de développer la maladie augmente de 34 % pour chaque année de carrière.
L’ancien dur à cuire de la LNH, Chris Nilan, a lui aussi subi des tests de dépistage cognitif. Au cours de ses 13 saisons dans la LNH, il a marqué 110 buts, bien qu’il soit surtout connu pour ses 3043 minutes de pénalité.
«J’adorais ce sport et j’adore son côté agressif», a confié M. Nilan à CTV News. «Je ne suis pas arrivé en me disant: “Oh, je vais devenir un bagarreur.”»

Il se souvient que c’est une bagarre qui l’a fait remarquer et qui lui a finalement permis d’obtenir un contrat avec les Canadiens de Montréal.
«Je suis entré sur la glace et j’ai fini par frapper ce gars-là; il s’est avéré qu’il était le champion en titre des pugilistes de la Ligue américaine de hockey. On s’est battus et j’ai fini par lui ouvrir une plaie au visage; je m’en suis très bien tiré dans cette bagarre. Le lendemain, je pensais donc que j’allais avoir des ennuis. L’entraîneur m’a finalement fait asseoir dans le vestiaire et m’a demandé: “As-tu un agent?” J’ai répondu: “Non, pourquoi?” Il m’a dit: “Les Canadiens veulent te faire signer un contrat dans la LNH.” Et tout ça, c’était à la suite d’un seul match, d’une seule bagarre.»
Il a expliqué que, dans les années 1980, les joueurs étaient moins bien informés au sujet des traumatismes crâniens et de leurs effets à long terme.
«Je me suis cogné la tête. J’ai vu des étoiles à quelques reprises au cours de ma carrière. Je ne croyais pas que c’était une commotion cérébrale, car je ne savais pas ce qu’était une commotion cérébrale», a-t-il souligné, ajoutant qu’il lui arrivait souvent de retourner sur la glace quelques minutes plus tard.
Cette attitude était la norme dans le hockey, masculin et féminin.
«À l’époque où je jouais, nous n’avions pas de médecins sur le banc, surtout dans nos équipes de club», a déclaré l’ancienne joueuse de l’équipe nationale féminine du Canada, Cassie Campbell-Pascall. «Je me souviens d’une des fois où j’ai pris un sacré coup à la tête; cela s’est avéré être également une blessure au cou et j’ai dû quitter la glace.»
Elle explique qu’au fil des ans, elle a pris conscience des ravages que ce sport infligeait à son corps et à son cerveau.
«C’est mon cerveau qui s’use petit à petit, et j’en suis tout à fait consciente», a-t-elle confié.
Mme Campbell-Pascall s’est engagée à faire don de son cerveau au Centre canadien des commotions cérébrales de l’Hôpital Western de Toronto, aux côtés de la joueuse olympique de rugby à sept Jen Kish, de la championne de ski alpin Kerrin Lee-Gartner et de sa collègue hockeyeuse Fran Rider — les quatre premières athlètes féminines à le faire. Avant leur engagement, le centre avait analysé les cerveaux de 44 athlètes décédés — tous des hommes.
«Le fait que peu de sportives aient fait don de leur cerveau à la science montre, selon moi, que nous avons besoin de plus de recherche, et pas seulement d’une recherche axée sur le corps masculin.»

L’ETC a été diagnostiquée chez Bobby Hull et Stan Mikita, membres du Temple de la renommée de la LNH, ainsi que chez Henri Richard, 11 fois champion de la Coupe Stanley; un record. Le fils de M. Richard, Denis, ne se souvient que de la fin de la carrière de joueur de son père, mais les souvenirs de la détérioration de sa santé sont beaucoup plus vifs.
«Quand vous voyez un parent décliner et que, inévitablement, il ne peut pas remonter le temps, est-ce de la déception? Est-ce de la rage?», a-t-il déclaré à CTV News.
Il explique qu’il a été extrêmement difficile de voir son père, connu pour son jeu physique malgré sa petite taille, commencer à devenir désorienté et à se perdre dans son quartier et dans sa propre maison.
À la fin de sa vie, Richard n’était plus que l’ombre du joueur redoutable qu’il avait été. À son décès en 2020, la famille de Richard a fait don de son cerveau, et les analyses ont révélé une ETC de stade 3.

En 2018, un groupe d’anciens joueurs de la LNH et la ligue ont conclu un règlement à l’amiable dans le cadre d’un recours collectif concernant les lésions cérébrales. L’affaire alléguait que la ligue «avait sciemment dissimulé des renseignements concernant les risques de traumatisme cérébral liés à la pratique de la LNH», y compris un risque accru de développer une ETC.
À ce jour, la LNH et le commissaire Gary Bettman n’ont pas reconnu l’existence d’un lien de causalité direct entre les lésions cérébrales et la maladie. Pour les athlètes qui ont subi des tests, il n’y a pas encore de réponses.
«Si on vous diagnostique cette maladie, comment pouvez-vous l’arrêter?», se questionne M. Nilan, ajoutant que «le plus important, c’est d’amener les gens à en parler». «Les gens ont de la difficulté à le faire, et je le comprends parce que j’ai moi-même fait partie de ces gens à une certaine époque.»
De son côté, M. Fleiszer affirme que sa priorité est de pouvoir s’attaquer de front à la maladie.
«On ne peut pas traiter une affection qu’on ne peut pas diagnostiquer; donc, être capable de le faire changera la donne», a-t-il lancé.
«Nous pourrons réfléchir à des stratégies de traitement, commencer à en mesurer l’efficacité et observer l’évolution de la maladie. J’ai toujours fait le calcul: je veux voir mes enfants se marier et j’ai hâte de voir mes petits-enfants. Je veux m’assurer d’être là, présent et en pleine possession de mes facultés mentales pour que tout le monde puisse profiter pleinement de tout cela.»
