La vision de Don Garber pour l’avenir de la Major League Soccer a longtemps été centrée sur la construction de stades à vocation unique pour le soccer. Sans dire que ce n’est plus le cas, ce n’est plus ce qu’il entrevoit pour la ville de Montréal.
Le commissaire de la MLS était de passage dans la métropole québécoise jeudi pour une visite guidée du Stade olympique. Il a été témoin des travaux qui y ont cours pour remplacer la toiture. Clairement, on l’a aussi mis au parfum du projet de rénovation de l’enceinte intérieure, dont La Presse avait dévoilé les détails en début de journée. Des sièges plus près de la surface de jeu et des « espaces premium » font partie des améliorations décrites par le chroniqueur Alexandre Pratt.
Lorsqu’est venu le temps de partager ses observations, Garber s’est montré si impressionné qu’on aurait juré qu’il venait de visiter les pyramides d’Égypte ou les jardins de Babylone. Pour lui, il est clair que l’avenir du CF Montréal ne passe plus par le Stade Saputo, mais par son voisin sous la grande tour.
« Ça prend un édifice qui permet de maximiser autant les revenus que l’expérience de match pour les partisans. Pour arriver à faire ça [avec le Stade Saputo], ça coûterait plus cher que ce qui pourrait être fait juste à côté », a dit Garber.
« Ce stade appartient à la MLS 1.0. Ce dont on a besoin, c’est un stade pour la MLS 3.0. On ne croit pas qu’on puisse y arriver ici. [Le projet du Stade olympique] est en phase avec la vision de Joey pour son équipe. Je ne crois pas que cette vision puisse être recréée aussi efficacement [au Stade Saputo] dans les délais qui sont les nôtres. Alors pourquoi tenter de réinventer la roue? »
Des obstacles se dressent devant le souhait de Garber et ils ne sont pas mineurs. Les images qui lui ont été vendues d’un Stade olympique futuriste mettent en couleurs un projet qui reste pour l’instant hypothétique. Toujours dans La Presse, Pratt rappelle que les travaux discutés n’ont toujours pas été approuvés par le gouvernement du Québec. On ignore d’ailleurs à combien s’élèveraient les coûts d’un tel chantier.
« Je suis un optimiste, a répondu Garber lorsque ce détail lui a été souligné. Vous ne m’entendrez pas dire que nous envisageons un autre scénario que celui dont nous sommes venus discuter aujourd’hui. Suivons cette piste qui a été proposée au club. Mon but est de relayer à tout le monde notre enthousiasme et d’essayer de convaincre les responsables du financement de ce projet de le conduire jusqu’à la ligne d’arrivée. »
Une course contre la montre
Quand Garber parle des « délais » auquel le CF Montréal et la Ligue sont confrontés, il fait référence aux bouleversements que connaîtra bientôt le calendrier de son circuit. À partir de 2027, la ligue se synchronisera aux principaux championnats européens en commençant sa saison en juillet et en la clôturant en mai.
Pour un marché nordique comme Montréal, cette transition oblige à réfléchir à des ajustements majeurs. Un déménagement dans un stade intérieur adapté aux besoins de l’époque règlerait le problème.
Pour Don Garber, le fait qu’un Stade olympique nouveau genre n’ouvrirait pas ses portes avant 2028 ou 2029 ne représente qu’un désagrément mineur. Rien qu’un calendrier stratégiquement élaboré et une volonté à payer pour un peu de confort ne peuvent régler.
« Ne nous en faisons pas trop avec une situation qui serait temporaire. Je sais que nous serons capables de gérer ça... mais ce n’est pas une solution à long terme. »
Garber a aussi reconnu que « dans un monde idéal », les équipes de MLS joueraient sur une surface naturelle. « Mais nous vivons dans un monde imparfait », a-t-il relevé.
Rassuré par les Saputo
L’intervention du commissaire peut être interprétée comme un gros doigt sur une sonnette d’alarme. Elle laisse entrevoir un avenir où le CF Montréal, incapable de trouver une solution pour s’aligner avec les ambitions de la ligue, déciderait de hisser le drapeau blanc.
Garber a affirmé que la Ligue était engagée à « garder chaque équipe » dans son marché. Il a toutefois rapidement ramené la discussion sur l’impossibilité, pour le CF Montréal, d’assurer sa viabilité dans un Stade olympique à moitié reconstruit. « Ce Stade peut être formidable. Il suffit de finir le travail », a-t-il martelé.
Questionné sur la tangente inquiétante que prenait le CF Montréal depuis quelques années, avec des investissements minimaux dans son effectif et des résultats de bas de tableau sur le terrain, le commissaire s’est dit confiant que le cœur de la famille Saputo était toujours à la bonne place.
« Le défi avec cette équipe, c’est que ses installations, que Joey a levées de terre avec des fonds privés, ne lui permettent plus d’augmenter ses revenus. C’est le nerf de la guerre, pour elle comme pour toutes les autres équipes. Je ne pense pas qu’il y a de doute sur la volonté de la famille de continuer d’opérer l’équipe. Ce qu’elle veut, c’est qu’on l’aide à obtenir les conditions pour pouvoir continuer à l’opérer avec ambition. »
« Ma conversation avec eux serait d’une toute autre nature si ce n’était pas le message que je recevais de leur part. »
