Plus d’une trentaine de membres de l’édition championne du Canadien en 1986 étaient réunis, à l’Invitation Serge Savard, mais l’absence de Claude Lemieux – qui s’est enlevé la vie – était très difficile à accepter.
Cette célébration du 40e anniversaire de cette conquête de la coupe Stanley a emprunté une tangente inattendue depuis le décès de Lemieux, survenu le 28 mai.
L’émotion et l’incompréhension étaient palpables aux abords du Club de golf Le Mirage. D’autant plus que, trois jours avant son décès, il avait fièrement tendu le flambeau au Centre Bell avant le troisième match contre les Hurricanes de la Caroline.
« C’est tough… On venait à peine de le voir dans le glamour et ensuite, il s’enlève la vie », a réagi Stéphane Richer avec une grande tristesse dans le regard.
Richer avait été si heureux de le voir vivre ce grand moment, cette forme de réconciliation au Centre Bell. Il n’aurait pas pu se douter de la suite.
« C’était incroyable! Si on n’avait pas vu Claude au Centre Bell, est-ce que le choc aurait été aussi fort? Je ne pense pas. Car il semblait tellement top shape et heureux. J’aurais payé cher pour vivre ce moment avec le flambeau. »
Le destin de Richer est lié à celui de Lemieux depuis très longtemps et ils ont chacun traversé des épreuves mentales.
« Claude et moi, on part de loin, on vient du même coin et on a tout gagné ensemble dont deux coupes Stanley et ses parents sont comme les miens. Je n’essaie pas de trouver les raisons, c’est surtout un gros choc. Ça ne donne rien de fouiller pour savoir le pourquoi, je trouve ça méchant quand des gens essaient de partir des rumeurs. On n’a pas besoin de ça », a insisté celui qui sera toujours reconnu comme le numéro 44.
Serge Savard, qui était un jeune directeur général en 1986, avait également un lien unique avec Lemieux l’ayant connu alors le jeune attaquant n’avait que 15 ans.
« J’étais sous le choc parce qu’il n’avait pas l’air troublé, il semblait être dans une forme incroyable. Mais on ne connaît pas tout le monde dans son intimité, on ne sait pas tout ce qui se passe dans la tête de chacun », a-t-il admis avec regret.
Lemieux devait participer au tournoi de golf, ce qui avait comblé Savard. Ce dernier craignait sa réaction, puisque Lemieux avait quitté le Canadien sur une mauvaise note après avoir été échangé en raison d’un conflit avec Pat Burns.
Savard a conclu avec de très beaux mots à l’endroit de l’ancienne petite peste qui était à son apogée en éliminatoires.
« Si vous regardez ses statistiques en séries, elles égalent celles des plus grands joueurs comme (Maurice) Richard et (Gordie) Howe. »
Pour parvenir à repêcher Lemieux en deuxième ronde en 1983, Savard avait profité du préjugé négatif qui régnait envers la LHJMQ à cette époque.
Fatigant, même pour son entraîneur
C’est bien connu dans le milieu du hockey, Lemieux n’était pas reposant autant pour ses adversaires que pour ses équipes (il a joué pour le Canadien, les Devils, l’Avalanche, les Coyotes, les Stars et les Sharks).
L’entraîneur-chef de 1986, Jean Perron, était bien placé pour en parler.
« C’était un joueur des grandes occasions. Fatigant non seulement pour l’adversaire, mais aussi pour ses coéquipiers et moi. Je le faisais venir dans mon bureau et il disait ‘Oui, coach, pas de problème, je ne le ferai plus. Je vais m’organiser pour ne pas commettre la même erreur’. Pourtant, on apprenait ensuite qu’il avait fracassé un cendrier sur son passage et il avait tout brisé un luminaire dans notre nouveau vestiaire. Il avait ramassé le luminaire d’un coup de bâton. Il était imprévisible, mais aussi d’une importance capitale en séries », a raconté Perron qui en a profité pour lancer un message à la LNH.
« J’ai vécu une semaine d’enfer. Le lundi, ma sœur décédait d’un cancer au cerveau et, le mercredi, Claude s’est enlevé la vie. Est-ce que tous les problèmes qu’il avait connus au niveau de la tête ont exercé une influence? Je pense que oui et je trouve que la LNH n’est pas assez sévère avec le protocole des commotions cérébrales. »
Larry Robinson est le premier ancien qu’on a croisé mardi matin. À 75 ans, Robinson n’a pas perdu sa prestance, mais il était ébranlé par ce drame.
« Je n’arrive pas encore à croire qu’il est mort. J’avais vu la nouvelle sur Facebook d’abord, mais je pensais que c’était une fausse nouvelle, on avait déjà annoncé ma propre mort quelques fois sur les réseaux sociaux. Mais j’ai reçu un appel pour me confirmer le tout et ça m’a frappé comme une brique en plein visage », a commenté Robinson.
« C’est difficile de comprendre ce qui peut se passer dans la tête des gens. Surtout avec Claude, il était un peu différent. Tu composais avec lui pendant 82 matchs pour atteindre les séries, c’est là qu’il brillait », a-t-il décrit.
En 1995, Robinson était l’adjoint de Jacques Lemaire chez les Devils du New Jersey quand ils ont remporté la coupe Stanley avec Lemieux. Était-il différent à diriger?
« Il était le même maudit Claude, a rigolé Robinson. C’est si triste, particulièrement pour sa famille. Personne ne devrait vivre ça. »
Preuve sa mort demeure très difficile à encaisser, les anciens du Canadien de 1986 étaient également réunis pour un souper, lundi soir, et ils ont très peu parlé de Lemieux.
« C’est particulier, on a mentionné son nom probablement une seule fois, on a préféré se rappeler les beaux souvenirs », a conclu Robinson alors que personne ne rajeunit dans ce groupe malgré leur force d’antan.





