Sous le soleil implacable de Roland-Garros, l’édition 2026 prend des airs de parcours du combattant pour les joueurs comme pour les spectateurs, impuissants face à la chaleur extrême.
«D’habitude, nous venons avec une veste et on est très bien, mais cette année c’est horrible»: bien qu’habituées à la chaleur, Regina Sanz et Amelia Gómez, deux Espagnoles, «préfèrent la pluie», régulièrement au rendez-vous du Grand Chelem parisien.
Éventail aux couleurs ibériques, casquettes et «serviette mouillée», elles sont venues préparées et leur technique bien rodée englobe des «passages sous les brumisateurs».
En ce mardi midi, le court Simonne-Mathieu est bien rempli. Pour suivre les débuts en Grand Chelem de l’espoir français de 17 ans Moïse Kouame, certes, mais aussi pour profiter de l’ombre que prodigue le seul court situé dans le Jardin des serres d’Auteuil.
En spectateur aguerri, pour son 25e tournoi, Maxime Mouroy trouve l’endroit très «agréable» avec «sa végétation», qui permet de «réduire la chaleur», et son ombre salutaire, contrairement aux courts annexes qui sont «tout le temps baignés de soleil».
À chaque arrosage de la terre battue, qui elle aussi souffre des conditions, les agents lèvent les tuyaux pour rafraîchir les tribunes.
L’eau se mérite
Sur le court, les bras levés de Kouame signalent la victoire du Français... et le coup d’envoi de la ruée vers les fontaines à eau. Pendant que les joueurs s’immergent dans des bains d’eau glacée, les fans s’arment de patience.
Sur l’écran géant du jardin des Mousquetaires, un message invitant les spectateurs à s’hydrater régulièrement passe en boucle. La température maximale en ce mardi de canicule a été mesurée à 35°C.
Mais l’eau se mérite à Roland-Garros. Lila Vancrayenest a dû attendre plus de 20 minutes pour remplir sa gourde. «C’est surprenant qu’avec cette météo, il n’y ait pas plus de points d’eau», regrette-t-elle.
«La Fédération va en rajouter d’autres dès demain (mercredi, NDLR), parce qu’on a constaté que les files d’attente étaient longues», a annoncé en fin de journée le chef du service sécurité-incendie de Roland-Garros, Michel Franco Durand. «Mais je pense que de toute façon, au niveau national, personne ne s’attendait à une telle pointe de température», se défend-il.
Bastien Petit, paysagiste lyonnais de 24 ans, juge aussi l’atmosphère étouffante. «Il fait lourd en plein cagnard et il n’y a rien à faire. La chaleur, il faut la subir, pas le choix», dit-il, casquette trempée.
Geoffrey (32 ans) et Jean-Yves (39 ans), deux Toulousains, tentent eux de se rafraîchir à coups de bière — un «bon compromis entre hydratation et plaisir», pensent-ils à tort — tout en gardant de grandes réserves d’eau dans leurs sacs.
Lundi, ils disent avoir vu plusieurs personnes «s’effondrer» dans les gradins et les allées, victimes de «malaises vagaux» notamment.
Les secouristes de Roland-Garros ont procédé à 25 interventions lundi, et une quinzaine mardi, a précisé Michel Franco Durand. «On s’attendait à pire», glisse-t-il.
À l’ombre d’un Mousquetaire
Sur la place des Mousquetaires, poumon des lieux, l’air frais est rare comme le spectateur sur les chaises longues d’habitude prises d’assaut.
Daniel Berghuis, un Néerlandais de 71 ans, remercie Jacques Brugnon, un des quatre Mousquetaires immortalisé par une statue de bronze, pour l’ombre qu’il lui procure.
Un peu plus loin, Sébastien Logerot et sa femme Claire Morana, arrivés de Montpellier, s’octroient une pause déjeuner dans l’herbe, cachés du soleil au zénith par un arbre, pour faire manger leur bébé de neuf mois.
S’ils affrontent cette chaleur, c’est pour soutenir leurs jumelles de 15 ans, ramasseuses de balles: «Elles ont leur gourde tout le temps, (...) les casquettes, la crème solaire et il y a des rotations, elles ne restent qu’une demi-heure sur le terrain.»
Imène Achour (19 ans) et Adil Ait Ziane (22 ans), deux étudiants en médecine engagés comme agents d’entretien au «food court» de 8 h à 13 h 30, soulignent qu’à «partir de midi, avec la chaleur, ça fatigue vite».
Sur le Central, la N.1 mondiale Aryna Sabalenka a facilement gagné malgré la chaleur. Et la Bélarusse n’en oublie pas les fans: «Merci d’être restés et n’oubliez pas de rester hydratés.»
