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Décès du boxeur canadien George Chuvalo, qui a livré deux combats contre Ali

«Quand on pense à moi, on pense à mes combats contre Muhammad», disait Chuvalo.

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George Chuvalo et Mohammed Ali au 4e round d'un combat à Toronto, le 29 mars 1966. LA PRESSE CANADIENNE/AP. George Chuvalo et Mohammed Ali au 4e round d'un combat à Toronto, le 29 mars 1966. (The Associated Press)

George Chuvalo, un poids lourd tenace qui n’a jamais été mis au tapis malgré ses combats contre les meilleurs boxeurs du monde, est décédé à l’âge de 89 ans.

Champion amateur canadien à 17 ans, Chuvalo a conservé le titre national chez les professionnels pendant près de 20 ans, atteignant le deuxième rang au monde.

Sa carrière professionnelle, de 1956 à 1978, affiche un palmarès de 73 victoires, 18 défaites et 2 matchs nuls, dont 64 victoires par K.-O.

Il a livré deux combats légendaires contre Muhammad Ali : en 1966 au Maple Leaf Gardens de Toronto et en 1972 au Pacific Coliseum de Vancouver. Lors de ces combats, il a tenu tête au boxeur le plus talentueux et charismatique de son époque.

« Quand on pense à moi, on pense à mes combats contre Muhammad, disait Chuvalo. Ils ont du mal à penser à autre chose.

« Mais j’ai disputé près de 100 combats. On me perçoit comme un dur à cuire, capable d’encaisser les coups. J’étais censé avoir le menton le plus solide de la boxe. Ça met de l’ombre sur mes autres habiletés. »

Chuvalo soulignait qu’il fallait bien plus qu’une simple capacité à encaisser les coups pour enregistrer 73 victoires et figurer parmi les dix meilleurs mondiaux, à une époque où dominaient des poids lourds comme Ali, Joe Frazier et George Foreman.

Chuvalo se vantait d’avoir plus de K.-O. que Joe Louis et Jack Dempsey, et que ce nombre dépassait le total de combats disputés par Ali, Frazier, Rocky Marciano et Mike Tyson.

« On se souviendra de moi comme d’un boxeur qui a affronté les meilleurs de son temps, battu beaucoup d’entre eux et perdu contre d’autres », écrivait Chuvalo dans son autobiographie de 2013, Chuvalo : Une vie de boxeur : L’histoire du dernier gladiateur de la boxe.

Chuvalo a pris sa retraite en 1978 sans jamais avoir été mis au tapis chez les pros.

« J’imagine que j’ai eu de la chance, car je n’ai jamais eu à me relever, écrivait-il. Du moins, pas sur le ring.»

En dehors du ring, c’était une autre histoire. Chuvalo a perdu trois fils et sa première épouse, Lynne, en raison des drogues et du suicide.

« Si vous additionnez tous les coups que j’ai reçus et que vous multipliez le total par 10 000, ça ne suffirait même pas à égaler la douleur de perdre trois fils et une femme à cause de la drogue et du suicide », a-t-il écrit.

Ali rendait la plupart de ses adversaires lents et prévisibles, surtout un boxeur trapu qui aimait se rapprocher et travailler au corps. Mais il n’a pas réussi à rendre hors de combat Chuvalo, qui n’avait eu que 17 jours pour se préparer à affronter Ali lors de leur premier combat, après l’annulation du combat du champion contre Ernie Terrell.

Ali, après avoir disputé les 15 rounds pour la première fois, a été hospitalisé pour une hémorragie interne. Chuvalo avait d’autres projets.

« Je suis allé danser avec ma femme, a déclaré Chuvalo. C’est moi qui m’en est le mieux tiré. »

Toutefois, Chuvalo a déclaré n’avoir finalement reçu que 12 500 $, son gérant Irving. Ungerman empochant la part du lion des 49 000 $ de bourse, après les frais.

Six ans plus tard, Chuvalo a perdu sa revanche contre Ali aux points, après 12 rounds.

Malgré ces défaites, les combats contre Ali ont fait de Chuvalo une star au Canada et dans le monde de la boxe: coriace et implacable, mais toujours sous-estimé.

« Une légende. C’est le seul mot qui me vient à l’esprit pour décrire George Chuvalo », déclara Lennox Lewis, une star canadienne de la boxe d’une autre génération.

Ali avait 24 ans et avait remporté ses 21 combats, dont 18 par KO, lorsqu’il affronta Chuvalo pour la première fois.

Chuvalo avait quatre ans de plus et un palmarès de 30 victoires, 11 défaites et 2 nuls, dont 17 par KO.

Classé 10e parmi les poids lourds à l’époque, Chuvalo abordait le combat avec une cote de 6 contre 1 ou 7 contre 1.

L’arbitre Jackie Silvers et les deux juges ont établi commes scores 73-65, 74-63 et 74-62 pour Ali.

Chuvalo était le fils d’immigrants croates.

Sa mère travaillait à Toronto comme plumeuse de poulets chez Royce Poultry Packers, entreprise appartenant au père d’Ungerman, le futur gérant de Chuvalo. Son père était écorcheur de bétail chez Canada Packers.

George racontait avoir été attiré par la boxe dès son plus jeune âge après avoir vu un exemplaire du célèbre magazine The Ring.

Il a supplié sa mère de lui acheter des gants de boxe, ce qu’elle a finalement fait au grand magasin Eaton.

Il a trouvé une église locale qui proposait des entraînements de boxe et a disputé son premier combat officiel à 10 ans, un affrontement hors-concours soldé par un match nul. Il a rejoint un club de boxe et, à 15 ans, il était un poids lourd de 90 kg.

Il a disputé 19 combats amateurs, ne perdant qu’une seule fois. En mai 1995, il a mis K.-O. Peter Piper à Regina pour remporter le titre canadien amateur.

Chuvalo a été sélectionné pour représenter le Canada aux Jeux olympiques de 1956 à Melbourne, mais il est devenu boxeur professionnel.

« Ce n’était pas rentable », a-t-il déclaré à propos de l’idée de rester amateur et de participer aux Jeux.

Chuvalo est devenu quintuple champion canadien des poids lourds, à une époque où ce titre était encore officiel, et l’a conservé pendant la majeure partie de ses vingt ans de carrière professionnelle.

Il n’a jamais remporté de titre mondial, s’inclinant face à Terrell lors d’un combat de championnat en 1965, un combat qu’il estime avoir été truqué par des mafieux.

Son palmarès comprend toutefois des victoires contre certains des meilleurs boxeurs de son époque dont Jerry Quarry, en 1969.

Il a combattu neuf fois au Madison Square Garden, avec un bilan de trois victoires et six défaites, face à des boxeurs de renom tels que Frazier, Foreman, Floyd Patterson et Buster Mathis.

Son combat sanglant de 1965 contre Patterson a été élu combat de l’année par le magazine The Ring.

Chuvalo était un boxeur très actif. Il a disputé dix combats rien qu’en 1966.

Son dernier combat s’est soldé par une victoire par K.-O. technique contre George Jerome, un cuisinier de camp de bûcherons de Vancouver.

Le prétendant numéro un au Canada, en décembre 1978, au marché St. Lawrence de Toronto, affrontait Chuvalo pour tenter de lui ravir son titre canadien.

À 41 ans, il ne toucha que 7 500 $ pour ce combat.

En dehors du ring, Chuvalo était imposant et affable; il aimait raconter des histoires et faire des blagues.

Ses moments douloureux étaient presque inimaginables, par contre.

En 1985, son fils Jesse, devenu toxicomane après un accident et ayant commencé à prendre des analgésiques, se suicida.

En 1993, un autre fils, Georgie Lee, mourut d’une overdose. Quatre jours plus tard, sa femme fut retrouvée morte, une lettre d’adieu à la main.

Puis, en 1996, son fils Steven fut retrouvé mort dans une chambre d’hôtel, une seringue plantée dans le bras.

« Après la mort de Steven, j’étais à peine capable de fonctionner, écrivit Chuvalo dans Toronto Life en 2013. J’avais l’impression d’étouffer chaque fois que je m’endormais dans le noir.

« Je me sentais coupable de la mort de mes fils – de les avoir laissés décrocher du secondaire, de ne pas les avoir envoyés en cure de désintoxication plus tôt. Pendant des années, j’étais (complètement atterré). J’en suis encore marqué, mais je peux enfin profiter de la vie à nouveau. »

Il s’est remarié avec Joanne O’Hara et a commencé à visiter des écoles à travers le Canada pour sensibiliser aux dangers de la drogue. Il avait encore deux enfants et disait fondre en larmes à la vue de ses petits-enfants.

Chuvalo a été intronisé au Panthéon des sports canadiens en 1990 et au Temple de la renommée mondiale de la boxe en 1997.

Il a été nommé membre de l’Ordre du Canada en 1998 et son nom a été ajouté à l’Allée des célébrités canadiennes en 2005.