Alors que les derniers grains de sable quittaient la partie supérieure du sablier et que la prolongation de la finale du Championnat canadien tirait à sa fin, la confusion a gagné le banc du CF Montréal.
Une poignée de partisans scandaient en intermittence depuis quelques minutes le nom d’Alexis Sanchez quand, avec trois minutes à jouer avant une éventuelle séance de tirs de barrage, le joueur désigné est rentré au banc, bien emmitouflé dans son manteau. Son échauffement était terminé et rien ne laissait croire à son entrée imminente.
Peu de temps après, les caméras de RDS ont capté un échange entre l’entraîneur Philippe Eullaffroy et le doyen de son effectif. Les deux hommes semblaient discuter d’une substitution possible sans que chacun ne comprenne réellement les intentions de l’autre.
Quand Sanchez a finalement enlevé quelques couches pour dévoiler son maillot, le sifflet de l’arbitre s’est fait entendre. Le temps pour intégrer de nouveaux joueurs sur le terrain en vue du bris d’égalité final était écoulé.
Que venait-il de se passer? Au terme de la défaite de son équipe aux mains du Forge de Hamilton, Eullaffroy a passé une bonne partie de son point de presse à donner sa version des faits.
«J’ai essayé d’être créatif et de voir comment je pouvais le faire entrer. Pas simplement pour le faire entrer, mais le faire entrer pour que ça puisse faire la différence», a d’abord plaidé le stratège montréalais.
Eullaffroy a expliqué que la réduction des forces à sa disposition à la suite du carton rouge décerné à Brayan Vera au début de la deuxième demie l’avait forcé à revoir son plan pour l’intégration de Sanchez. Réduit à 10, il sentait que sa seule option était d’envoyer son numéro 10 à la place de Prince Owusu.
«Quand t’as ton meilleur buteur et ton meilleur passeur qui est sur le terrain et qu’il y a encore de l’énergie pour continuer, c’est difficile de faire ce changement», a justifié le tacticien.
«Est-ce que j’aurais dû [prendre cette décision]? Peut-être. Est-ce que ça aurait marché? On ne le saura jamais. Mais quand on est à 10 contre 11, on a quand même besoin d’un point d’appui un peu plus haut sur le terrain et je pensais que c’était sans doute la meilleure disposition en gardant Prince jusqu’au bout. Toute la réflexion était là-dessus.»
Sanchez avait joué 90 minutes quelques jours plus tôt à Seattle. Il avait disputé l’un de ses bons matchs avec le CF Montréal. Eullaffroy s’est fait demander s’il avait envisagé de ramener le vétéran de 37 ans dans son onze partant.
«Notre plan était de commencer avec [Daniel] Rios et Prince parce que les deux s’entendent bien devant et mettent beaucoup de poids sur la défense adverse. Je pense qu’on a pu le voir dans le dernier match. Après, c’était de mettre Alexis sur le côté gauche où on lui aurait demandé de faire beaucoup d’efforts de replacement.»
«Tu avais cette première réflexion. Ensuite on voulait aussi des joueurs qui ont montré toute leur mentalité pour arriver jusqu’à la finale. Et Dany Rios était un de ceux qui nous avaient vraiment aidés à aller jusqu’au bout. Le mettre sur le banc pour une finale alors qu’il a grandement contribué à nous y amener, c’était aussi difficile pour moi de prendre cette décision-là.»
Ce choix d’Eullaffroy est facile à comprendre. Rios lui a d’ailleurs donné raison en marquant le but égalisateur au début de la deuxième demie. Mais son incapacité à ajouter Sanchez à ses options à tout le moins pour les tirs au but est plus difficile à défendre.
Eullaffroy a exprimé sa surprise du fait que les officiels n’aient ajouté aucun temps supplémentaire à la prolongation. Des raisons sous-jacentes nous échappent sans doute, mais il n’aurait probablement pas dû se laisser une marge de manœuvre aussi mince pour statuer sur l’implication de son joueur le plus polarisant.
Il s’agit de l’onglet le plus récent dans le dossier documentant l’utilisation de Sanchez depuis son arrivée au CF Montréal. Depuis le tout début de ce mariage improbable, des divergences de point de vue transparaissent entre la vision des dirigeants qui ont attiré le joueur vedette et ceux qui doivent le gérer sur le plancher des vaches.
Ajoutons à l’équation la production inexistante et l’attitude parfois questionnable du Chilien et sa signature sortie du champ gauche ne s’explique pas mieux avec les jours qui passent.
Une recrue pour remplacer Breza
Une autre observation surprenante a émergé de ce petit chaos qui s’est installé au banc du CF Montréal. Avant même que Sanchez ne s’active pour entrer, le gardien Samsy Keita était en pleine préparation pour aller se placer entre les poteaux.
Keita est un ancien académicien de 17 ans qui a commencé la saison comme troisième gardien de l’équipe première et qui a été appelé à seconder Sebastian Breza quand Thomas Gillier est tombé au combat.
Vous avez bien lu. Dans le match le plus important de son intérim à la tête de l’équipe, Eullaffroy s’apprêtait à faire entrer un jeune sans aucune expérience dans le soccer professionnel, à froid, pour une séance de tirs au but.
«Parce qu’il est plutôt performant sur les tirs au but, a-t-il justifié. [On voulait qu’il entre] pour peut-être avoir un peu plus de performance sur cette situation de jeu particulière. Mais de la manière dont Forge les a tirés, je ne pense pas que Samsy aurait fait mieux que Breza.»






