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Au-delà des polémiques, les JO de Montréal ont laissé un important legs

Les Jeux de Montréal ont aussi lancé toute l’infrastructure sportive au pays, qui était embryonnaire avant l’obtention des JO de 1976.

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(CPT 16 juillet) – ANNIVERSAIRE OLYMPIQUE – Le Stade olympique et le Vélodrome olympique de Montréal apparaissent sur cette photo prise en juin 1976. (PHOTO CP) 1996 (stf/1976) (CPT 16 juillet) – ANNIVERSAIRE OLYMPIQUE – Le Stade olympique et le Vélodrome olympique de Montréal apparaissent sur cette photo prise en juin 1976. Crédit image | PHOTO CP (STF)

Quand on repense aux Jeux olympiques d’été de 1976 de Montréal, c’est inévitable; on se souvient des délais de construction du Stade olympique et des coûts impliqués. Cinquante ans plus tard, certains des acteurs clés du Mouvement olympique assurent que le legs de ces premiers Jeux au Canada est bien plus important que le souvenir que certains peuvent en conserver.

«Ces Jeux ont laissé un grand héritage», assure le président honoraire du Comité international olympique (CIO) et médaillé d’or au fleuret par équipe des JO de 1976, Thomas Bach, rencontré par visioconférence de Lausanne en juin dernier.

«Je me souviens des polémiques qu’il y avait à l’époque, comme avec tous les Jeux suivants d’ailleurs, poursuit-il. Pour avoir visité Montréal après, en voyant le Parc olympique, le Village olympique et le Stade, en constatant que Montréal et le Canada sont depuis devenus des hôtes prioritaires pour des événements sportifs internationaux — comme le Championnat du monde de cyclisme sur route que vous accueillerez cette année — tout cela, c’est à cause de ces premiers Jeux (au pays). Le Canada s’est alors mis sur la carte mondiale des grands organisateurs sportifs.»

«Souvent, les gens parlent du Stade olympique et disent que c’est malheureux. Ce qui est malheureux du Stade olympique, c’est la corruption (qui a entouré sa construction), a pour sa part indiqué Éric Myles, chef des sports au Comité olympique canadien, rencontré dans les bureaux du COC plus tôt cette année. Ce n’était même pas en lien avec les Jeux. Ces Jeux ont été les premiers à faire un bénéfice, à être rentables. C’est fou, quand tu dis ça; les gens te regardent et ne te croient pas. Ils ont été super bien organisés.»

Claude Mailhot, directeur des sports à CKAC730 en 1976 et qui a oeuvré lors de 21 Jeux olympiques, notamment comme chef d’antenne aux Jeux de Vancouver en 2010, abonde dans le même sens.

«Les Jeux olympiques de Montréal ont tellement bien fonctionné, malgré les coûts pour le Stade, puis les critiques que (le maire Jean) Drapeau a reçues, que si Montréal n’avait pas fait une bonne ‘job’ (sic), Calgary et Vancouver n’auraient jamais eu les Jeux olympiques», a relaté Mailhot.

«Il y a eu une certaine polémique autour de ces Jeux pendant plusieurs années, poursuit Bach. Maintenant, avec un peu de recul, les gens peuvent réaliser que ce n’étaient pas des dettes, mais le Canada a plutôt fait un très bon investissement. Le Canada reçoit depuis quelques années le retour sur son investissement. Ça offre une perspective plus historique sur le grand succès de ces Jeux de Montréal.»

Les Jeux de Montréal ont aussi lancé toute l’infrastructure sportive au pays, qui était embryonnaire avant l’obtention des JO de 1976.

«Les Jeux de 1976, ç’a lancé le pays, affirme Myles. Toute la structure du système sportif, au Canada, mais particulièrement au Québec, découle de ces Jeux. (...) Ç’a fait lever plein de choses. Oui, les infrastructures — le Centre Claude-Robillard, le Bassin olympique, le Stade olympique, ‘name it!’ —. Il y a plein de choses qui sont encore là et qui ont vraiment servi les communautés montréalaise, québécoise et canadienne. Ç’a vraiment été un plus.»

«Pensez à toutes les fédérations provinciales qui sont nées de ces Jeux ou des années menant aux Jeux, a ajouté la présidente du COC, Tricia Smith, en entrevue téléphonique. Plusieurs de ces infrastructures sont encore là de nos jours.»

L’objectif qu’un fort pourcentage (40 %) des athlètes de la délégation canadienne pour ces JO proviennent du Québec a aussi laissé des traces.

«Comme athlète, on pouvait constater l’appui du Québec envers ses athlètes, note Smith, membre de l’équipe d’aviron et médaillée d’argent en compagnie de Betty Craig aux JO de 1984. Cet engouement s’est perpétué jusqu’à aujourd’hui. Le Québec a une fantastique culture d’appui envers ses sportifs, que ce soient les spectateurs qui se déplacent ou la couverture faite par ses médias.»

«Sur plein d’aspects — les structures, le gouvernement, Sports Québec, la Fondation Aléo, comment l’entreprise privée est derrière les athlètes, vous les médias, qui donnez une coche de plus au niveau de la couverture francophone au Québec — on ne retrouve pas ailleurs au pays la fierté que les Québécois ont envers le sport amateur, renchérit Myles. Tout système est toujours à améliorer, mais il est vraiment fort au Québec.

«Au niveau du gouvernement, le Secrétariat au loisir et aux sports, c’est l’une des structures provinciales parmi les plus fortes au pays. Ils ont développé une expertise (…) qui fait que le Québec est toujours avant-gardiste. Oui, ça existe ailleurs au Canada, mais c’est beaucoup plus fragmenté. En quelque part, beaucoup de tout ça vient des Jeux de 1976. Même les programmes sports-étude, qui sont beaucoup décriés mais dont je suis très en faveur, viennent de là. Il ne faut pas avoir peur de l’excellence. Certains extrémistes souhaitent qu’on ne parle que de développement, mais on ne peut pas laisser tomber l’excellence. C’est l’équilibre des deux qui est nécessaire. Quand c’est bien fait, il y a une belle place pour ça. Je trouve que les Jeux ont vraiment aidé à amener ça, d’avoir le goût d’être les meilleurs.»

Les retombées des Jeux de Montréal se sont même fait ressentir en Estrie et à Sherbrooke en particulier, affirme le journaliste Jean Arel.

«(Les Jeux de Montréal) ont eu un impact incroyable sur la confiance des bénévoles sportifs (à Sherbrooke) qui dès l’année suivante se sont jetés dans l’organisation des Jeux du Québec pour la première fois. Il s’en est suivi d’autres implications au niveau des Jeux du Québec, de toutes sortes de championnats provinciaux dans tous les sports. Tout ça nous a amené jusqu’au Jeux mondiaux jeunesse d’athlétisme en 2003 et aux Jeux du Canada en 2013. (…) Bref ça a changé le monde sportif à Sherbrooke du tout au tout.»

Ces Jeux d’été de 1976 auront donc été en quelque sorte un bouillon de culture sportive, dont les bénéfices sont encore ressentis 50 ans plus tard.

«Ç’a ouvert les esprits des gens à Montréal, et probablement à toute la province de Québec, qu’il y avait d’autres choses que juste des sports professionnels, note Mailhot. (…) Et sûrement que Montréal a été l’élément déclencheur de bien des carrières dans le sport amateur. Peut-être que des jeunes ont vu ça et se sont dit: ‘Moi, le demi-fond, peut-être que ça m’intéresse. Je cours déjà, mais là, je pourrais peut-être courir pour aller chercher des médailles’. Je suis sûr que ç’a été un élément déclencheur et un élément positif.»

Le journaliste de La Presse Canadienne Michel Lamarche a contribué à cet article.

Frédéric Daigle

Frédéric Daigle

Journaliste