Le chef du NPD, Avi Lewis, affirme que le gouvernement fédéral enfreint ses propres lois du travail après que le gouverneur de la Banque du Canada a admis avoir eu recours à des travailleurs de remplacement lors d’une grève impliquant des agents de sécurité.
En 2024, le Canada a adopté une loi interdisant aux lieux de travail relevant de la compétence fédérale de faire appel à des travailleurs de remplacement lors d’une grève légale, et ces nouvelles règles sont entrées en vigueur l’année dernière.
Lors d’un rassemblement organisé mercredi devant la Banque du Canada, M. Lewis a déclaré que cette grève constituait le premier test de cette loi.
«Ce gouvernement et cet employeur ont clairement fait savoir qu’ils étaient prêts à enfreindre la loi de ce pays», a-t-il affirmé.
Les agents de sécurité de la Banque du Canada se sont mis en grève en juin après l’échec des négociations visant à conclure une nouvelle convention collective entre la banque centrale et le syndicat.
Le Conseil canadien des relations industrielles (CCRI) a publié deux décisions indiquant que la banque centrale a enfreint le Code canadien du travail en recourant à des sous-traitants et aux services de membres syndiqués pendant la grève.
Tiff Macklem, gouverneur de la Banque du Canada, a indiqué en juillet que certaines exceptions aux règles autorisent le recours à des travailleurs de remplacement lorsque cela est nécessaire pour prévenir des menaces pour la vie, la santé ou la sécurité, ou pour éviter des dommages matériels graves.
«Avant la première décision du CCRI, la Banque avait présenté ses arguments concernant les dispositions minimales nécessaires pour assurer la sécurité de nos installations et de notre personnel dans le contexte de la grève», a-t-il déclaré.
«La Banque a jugé nécessaire de mettre en place des dispositions alternatives qui, selon elle, respectaient le Code du travail du Canada et la décision précédente du CCRI. Le CCRI s’est ensuite prononcé une deuxième fois. La Banque s’est également conformée à cette décision.»
Des dizaines de syndiqués se sont rassemblés mercredi dans le centre-ville d’Ottawa alors que la grève contre la Banque du Canada atteignait son 93e jour. Était également présent un rat gonflable géant portant un collier orné d’un billet de 20 dollars à l’effigie de M. Macklem.
Alex Silas, vice-président exécutif national de l’Alliance de la fonction publique du Canada, a indiqué lors du rassemblement que le syndicat demandait à la société d’État de revenir à la table des négociations et de retirer ses demandes de concessions.
«Il est inquiétant de constater à quel point ils manquent de respect envers leurs agents de sécurité, au point de préférer nous remplacer plutôt que de conclure un accord équitable, a-t-il avancé. Il est également inquiétant de constater qu’ils confient actuellement la sécurité de la Banque du Canada à des personnes totalement inexpérimentées et non qualifiées.»
Les dirigeants syndicaux dénoncent ce qu’ils qualifient d’attaque directe contre le droit de grève dans le projet de loi économique de grande envergure déposé lundi par le gouvernement libéral.
Les libéraux affirment que ce projet de loi instaurerait des «garde-fous» autour du pouvoir d’un ministre de mettre fin aux arrêts de travail dans les secteurs réglementés par le gouvernement fédéral. La ministre de l’Emploi, Patty Hajdu, soutient que les modifications proposées dans le projet de loi C-39 visent à améliorer les relations de travail et à réduire le nombre de situations où les négociations atteignent un point critique.
Selon le projet de loi intitulé «Loi visant à bâtir un Canada fort», un arrêt de travail doit porter atteinte à «l’intérêt national» avant que la ministre puisse invoquer l’article 107 du Code canadien du travail pour mettre fin à une grève ou à un lock-out.
Le gouvernement affirme qu’il doit trouver un équilibre entre les menaces pesant sur l’intérêt national — qui peuvent inclure des répercussions économiques ou des perturbations sociales — et la nécessité de protéger le droit à la libre association et à la grève.
Le mouvement syndical «en ébullition»
Le chef du NPD a déclaré mercredi que le mouvement syndical à travers le pays était «en ébullition face à ce qui est qualifié d’attaque directe contre le droit fondamental des travailleurs de refuser de travailler».
«Le droit de grève est menacé au Canada par le gouvernement, par le premier ministre, qui dirigeait autrefois cette petite boutique de la Banque du Canada, juste derrière nous», a-t-il clamé alors qu’il se tenait devant le siège de la banque centrale.
«Les 49 travailleurs qui assurent la sécurité des personnes à l’intérieur de ce bâtiment exercent leur droit de grève et l’organisme gouvernemental fait appel à des travailleurs de remplacement. C’est un mauvais signe. C’est un message terrible.»
Dans une déclaration transmise mercredi, la Banque du Canada a assuré que la société d’État respectait le droit de grève des agents de sécurité et restait attachée au processus de négociation collective ainsi qu’à la collaboration avec le syndicat en vue de parvenir à un accord équitable.
Lorsque le Conseil canadien des relations industrielles a rendu ses ordonnances, la Banque a cessé de recourir au soutien de sécurité externe, conformément aux instructions, précise la déclaration, ajoutant que la Banque continue de se conformer à ces ordonnances et n’a pas eu recours à ce soutien depuis le 23 juillet.
La déclaration assure que la Banque du Canada reste déterminée à prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir la sécurité de la banque centrale du Canada.
La Banque a mis en place un plan temporaire solide, dirigé par ses responsables de la sécurité expérimentés, afin d’assurer le bon déroulement de ses activités au siège social, précise le document.

