Lisa Taron s’est retrouvée à dépendre financièrement de sa mère âgée de 91 ans après que des fraudeurs, se faisant passer pour des employés de sa banque, l’aient laissée sans argent.
Le 12 février, Mme Taron, âgée de 62 ans, a déclaré avoir reçu un appel d’une personne prétendant travailler pour la Banque TD, qui lui a indiqué avoir repéré un débit potentiellement frauduleux à Montréal.
«Je ne suis pas à Montréal, et j’ai dit que ce n’était pas moi», a-t-elle raconté.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Mme Taron a expliqué que son interlocuteur l’avait mise en attente à plusieurs reprises, en diffusant ce qui semblait être la musique d’attente officielle de la TD, et qu’il semblait disposer d’informations détaillées sur son compte.
Mme Taron a indiqué qu’on lui avait demandé de confirmer un message texte, puis qu’on lui avait signalé un deuxième débit concernant un billet international Air Canada.
«J’ai paniqué. J’ai dit que ce n’était pas moi. On m’a mise en attente et on ne m’a jamais rappelée.»
— Lisa Taron
Mme Taron a immédiatement contacté sa banque, qui l’a informée que son compte avait été piraté. On lui a dit qu’une nouvelle carte de débit lui serait délivrée.
Mais lorsqu’elle a vérifié son compte le lendemain, elle n’en croyait pas ses yeux.
Environ 2500$ avaient été prélevés de son compte par le biais de retraits répétés de 93$.
De plus, les fraudeurs ont retiré 2100$ supplémentaires en exploitant l’application mobile de la banque, en déposant 21 fois sur son compte le même chèque de 100 dollars, libellé au nom d’un certain Roy Scott.
Au total, Lisa Taron a perdu 4650$ et s’est retrouvée avec un solde négatif.
«J’étais perplexe car à aucun moment je n’ai donné mon numéro de compte ni mon code PIN», a-t-elle dit. «Ce sont deux éléments essentiels pour accéder à un compte bancaire.»
Elle se demande désormais comment les fraudeurs ont pu paraître si convaincants.
«Si quelqu’un connaît mon nom, mon numéro de téléphone, dispose d’informations sur mon compte, a la même musique d’attente TD, le même affichage d’appel TD, comment est-il possible qu’il puisse faire cela?», a-t-elle demande.
«Dérangeant» d’être victime de fraude
Mick Ramos, cadre supérieur du Groupe Banque TD, a expliqué à CTV News qu’il ne pouvait pas s’exprimer sur les détails de l’affaire pour des raisons de confidentialité, mais précise que chaque cas est évalué individuellement.
«N’oubliez pas: si vous recevez un appel ou un message texte suspect de la part d’une personne prétendant être votre banque, vérifiez en appelant le numéro figurant au dos de votre carte. L’identifiant de l’appelant peut être falsifié», a-t-il soutenu.
«Votre banque ne vous contactera jamais pour vous demander un code à usage unique envoyé sur votre téléphone portable ou votre adresse e-mail. Ne communiquez ce code à personne», a-t-il ajouté.
Selon Mme Taron, ses demandes de remboursement avaient été rejetées à deux reprises, ce qui l’a frustrée.
Vivant dans un logement social, elle s’est retrouvée sans aucune épargne et a été contrainte de dépendre de sa mère âgée pour payer son loyer, acheter de la nourriture et se procurer des médicaments.
«C’est terrible quand on n’a pas d’argent sur son compte et qu’on se bat contre une banque. C’est terrible», a-t-elle avoué. «Les systèmes deviennent très sophistiqués, extrêmement sophistiqués, et maintenant, avec l’IA, ils pourraient même le devenir encore plus, mais nous allons tous être vulnérables face à cela.»
Lisa Taron affirme que si elle n’avait pas eu sa mère, «j’aurais dû lancer une campagne GoFundMe car je n’ai rien à vendre».
Elle espère que son histoire servira d’avertissement aux autres.
La fraude, un crime en forte croissance
Les données publiées en mars par le Centre antifraude du Canada montrent que la fraude augmente rapidement dans tout le pays.
Les Canadiens ont perdu plus de 704 millions de dollars à cause de la fraude en 2025, contre 638 millions en 2024.
Les pertes liées à la fraude depuis 2022 ont dépassé les 2,4 milliards de dollars.
«Nous constatons que les fraudeurs disposent désormais de plus d’informations personnelles lorsqu’ils appellent leurs victimes, ce qui rend leurs appels plus crédibles», a rapporté Jeff Horncastle, responsable de la relation client et de la communication au Centre antifraude du Canada. «La technologie est utilisée comme une arme.»
«Nous recevons de nombreux signalements indiquant que les fraudeurs disposent de certaines informations personnelles de la victime avant même de passer leur appel», a-t-il ajouté. «Nous devons garder à l’esprit que même si la personne qui nous appelle dispose d’informations personnelles, celles-ci ne sont pas forcément légitimes, et il faut toujours prendre le temps nécessaire pour vérifier.»
David Gerhard affirme que les fraudes, comme celle dont Lisa Taron a été victime, deviennent de plus en plus courantes.
«Les puissants outils de l’intelligence artificielle permettent aux escrocs de construire des récits qui semblent plus convaincants afin de pouvoir utiliser les canaux de communication», a prévenu celui qui occupe le poste de chef du département d’informatique à l’Université du Manitoba. «Cela facilite la mise en œuvre de ces activités frauduleuses.»
«Une épidémie»
L’analyste technologique Carmi Levy affirme que les fraudes sont plus sophistiquées que jamais, trompant non seulement les personnes âgées, mais aussi les jeunes.
«Pendant des années, il était toujours facile de repérer une arnaque car leur anglais n’était pas très bon ; peut-être que les graphismes laissaient un peu à désirer ; on voyait clairement que c’était du travail d’amateur», a-t-il dit. «Aujourd’hui, les fraudeurs ont accès à des outils qui leur permettent de créer des supports de très haute qualité, de sorte qu’ils peuvent légitimement se faire passer pour une banque, nous convaincre qu’ils viennent d’une banque, nous convaincre qu’ils sont quelqu’un qu’ils ne sont clairement pas.»
«Cessez de croire les gens quand le téléphone sonne,»
— Carmi Levy, analyste technologique
M. Levy a indiqué qu’il existe des signes auxquels les Canadiens doivent prêter attention pour repérer les fraudes en ligne ou par téléphone.
«La plupart des banques, des organismes gouvernementaux et des compagnies d’assurance ne vous enverront pas spontanément de message à ce sujet, et cela devrait donc être votre premier indice», a-t-il conseillé. «Vérifiez les noms des personnes qu’ils prétendent être. Ont-ils un profil LinkedIn? Pouvez-vous les trouver sur Google? Sont-ils légitimes ? S’ils n’existent pas, c’est un autre indice.»
Si vous avez été victime d’une fraude, signalez-la immédiatement à votre institution financière, à la police ou au CAFC.

