Un couple de St-Henri-de-Lévis craint de devoir quitter le Québec pour retourner vivre en France en raison d’une décision administrative d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) jugée «injuste».
Cindy Larose, Cédric Payet et leurs deux filles ont immigré au Québec en juin 2023. Ils s’installent d’abord à Chicoutimi où Mme Larose étudie pour devenir infirmière auxiliaire.
Diplôme en main, aujourd’hui membre de l’Ordre des infirmières et des infirmiers auxiliaires du Québec (OIIAQ), Mme Larose et sa famille s’installent à St-Henri-de-Lévis.
Cindy occupe un poste dans un CHSLD, son mari travaille comme machiniste et leurs filles fréquentent l’école.
Avec son nouveau diplôme en main, Mme Larose fait une demande à l’IRCC en juillet dernier pour un permis de travail postdiplôme (PTPD).
La décision tombe le 23 janvier dernier : la demande est refusée tout comme celle visant le permis de travail ouvert de Cédric Payet et celles concernant les enfants du couple.
La raison: Mme Larose n’aurait pas fourni «aucun document attestant des compétences linguistiques minimales».

«Je me suis dit que j’avais peut-être eu un oubli. Je vais donc consulter à nouveau ma demande. Je refais mon suivi de demande et je vois qu’on ne m’a pas demandé ce document», a expliqué Mme Larose à Noovo Info.
Mme Larose possède d’ailleurs le document requis puisqu’elle a passé son test de français - qu’elle a très bien réussi - en janvier 2025.
Cindy Larose est d’ailleurs prête à prendre le blâme si jamais c’est elle qui a mal interprété les documents nécessaires à sa demande, elle déplore toutefois le manque de suivi de l’IRCC.
«À aucun moment, entre le 1er juillet 2025 et le 23 janvier 2026 je n’ai été contactée par IRCC pour me demander de fournir un document qui manquait», a-t-elle souligné.
«C’est une décision pour moi qui est un peu injuste, ça peut arriver à tout le monde d’oublier un papier, l’erreur est humaine», a pour sa part réagi M. Payet.
De lourdes répercussions
La décision d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada pèse lourd sur le couple alors qu’il est sans statut légal depuis le 23 janvier dernier.
«Nous ne pouvons plus travailler. On a plus aucun salaire pour subvenir à nos besoins. Oui, nous avons des économies, mais il faut que je paie mon loyer, il faut que je subvienne aux besoins de mes enfants», a confié Cédric Payet.
«C’est un manque d’humanité pour moi. Du jour au lendemain, on reçoit un courriel, c’est fini. Merci, au revoir.»
— Cédric Payet
L’avenir est donc incertain pour eux, ce qui pèse lourd également sur les enfants du couple.
«J’ai deux filles qui vont à l’école, qui se sont très bien intégré et qui ne veulent pas quitter le Québec. Ma plus grande veut passer son diplôme pour devenir infirmière auxiliaire, ça été un choc pour elle en lui annonçant qu’on devra peut-être repartir en France», a expliqué M. Payet.
Le couple est déçu par la tournure des événements et s’explique mal le refus d’IRCC.
«Depuis qu’on est arrivé ici, on respecte tout ce qui nous est demandé. On paye nos impôts, nos enfants vont à l’école, on a aucun problème avec la justice, tout se passe bien», a énuméré Cédric Payet.
Les employeurs de Mme Larose et M. Payet soutiennent par ailleurs le couple dans ses démarches et chacun pourra retrouver son emploi si la situation tourne en leur faveur.
Un départ forcé vers la France?
Si Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada a donné 90 jours à la famille Larose-Payet pour régulariser sa situation - sans un retour au travail permis-, le couple craint de ne pas pouvoir tenir plus de deux mois et estime qu’il sera dans l’obligation de retourner en France.
«On n’a pas le choix. On ne pourra pas subvenir aux besoins de nos enfants. On n’a pas le droit de demander de chômage. Nous n’avons plus de RAMQ. Nous étions sur l’assurance santé de ma femme, nous l’avons perdue. Nous n’avons aucun couverture maladie pour nos enfants», s’inquiète Cédric Payet.
Le couple a entamé des démarches auprès de l’IRCC pour refaire examiner leurs demandes. Des démarches ont aussi été entreprise auprès de leur députée fédéral, Dominique Vien, afin d’obtenir de l’aide.
Jointe par courriel par Noovo Info, Mme Vien n’a pas voulu faire de commentaire sur ce dossier - ni sur le travail de l’IRCC - «pour des raisons de confidentialité».
Demande de réexamen
Questionné sur le dossier de Cindy Larose par Noovo Info, l’IRCC a confirmé par courriel jeudi avoir reçu une demande de permis de travail postdiplôme (PTPD) en juillet 2025 et que cette demande a été refusée le 23 janvier 2026, «au motif que les résultats du test de langue requis n’ont pas été fournis».
Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada précise qu’une demande de réexamen a été reçue le 26 janvier 2026. «Cette demande est présentement en cours de traitement», explique-t-on.
L’IRCC n’a pas fourni d’explication en ce qui concerne le fait que Mme Larose n’a pas reçu d’avis concernant le document manquant ni sur ce qui attend la famille Larose-Payet.
«Nous comprenons la frustration liée au refus d’une demande et apprécions les commentaires des demandeurs», s’est contenté de commenter l’IRCC.
Dans l’échange courriel, on constate toutefois que c’est au début de décembre 2025 que le ministère de l’Immigration du Canada a commencé a exiger les résultats des tests de langue - bien après la demande déposée par Mme Larose en juillet 2025 - et que c’est à ce moment que l’IRCC aurait mis en évidence l’exigence d’admissibilité au permis de travail postdiplôme (PTPD) relative à la preuve de compétence linguistique sur l’ensemble de ses pages Web.
«Dans le cadre d’une refonte informatique plus vaste, IRCC travaille sur la mise en place d’un champ dédié permettant aux clients de téléverser directement leur preuve de compétence linguistique dans l’onglet correspondant au moment de la soumission de leur demande», conclut-on.

