Une fillette canadienne de 7 ans atteinte d’autisme et sa mère sont détenues depuis samedi dans un centre de détention américain controversé, selon un proche qui dénonce une détention illégale.
Edward Warner explique que lui, Tania Warner et leur fille, Ayla Lucas, rentraient chez eux après une fête prénatale à Raymondville, au Texas, samedi. La famille réside à Kingsville, à quelques heures seulement de la frontière américano-mexicaine. Il raconte qu’il y avait un poste de contrôle de la police des frontières sur le chemin du retour, à Sarita, où on leur a demandé de présenter leurs papiers d’identité.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
«J’ai présenté les miens et elle a présenté son permis de conduire texan, son visa de travail et son visa de séjour», a-t-dit celui qui est américain à CTV News. «Après cela, ils l’ont emmenée, prétextant qu’ils devaient prendre ses empreintes digitales pour obtenir plus d’informations, et elle n’est jamais ressortie.»
Tania est une citoyenne canadienne originaire de Colombie-Britannique qui s’est installée aux États-Unis il y a environ 5 ans. Selon sa famille, elle a entrepris les démarches pour obtenir sa carte verte et d’autres documents d’immigration, ainsi que ceux d’Ayla.
Edward Warner a fourni à CTV News un document relatif à la carte de sécurité sociale de Tania, qui indique que son statut de citoyenneté est «étrangère en situation régulière autorisée à travailler».

Il raconte qu’environ 10 à 20 minutes après que Tania a été emmenée, des agents sont ressortis et ont affirmé qu’Ayla devait également se soumettre à la prise d’empreintes digitales.
«Elle n’est jamais ressortie», a-t-il dit à propos de sa belle-fille.
Il ne sait pas exactement pourquoi les deux femmes ont été placées en détention, mais il pense que cela a un rapport avec un problème que les agents ont constaté concernant les papiers de Tania et son numéro d’EAD (Employment Authorization Document ou permis de travail).
«C’est inquiétant, c’est vraiment frustrant, surtout quand elles ont des papiers en règle, mais que le système ne les reconnaît pas comme valides. Le système n’indiquait même pas qu’elles avaient des papiers», a-t-il précisé, bien qu’il ne sache pas exactement quel était le problème.
Il explique qu’on lui a dit que le centre local devait envoyer leurs empreintes digitales à Washington, D.C., pour validation, mais que Washington a ensuite décidé que le duo ne pouvait pas partir.
«Pas un endroit pour une enfant»
La mère et sa fille sont détenues au Rio Grande Valley Central Processing Center à McAllen, au Texas. Communément appelé Ursula, en raison de son adresse sur Ursula Avenue, ce centre a été critiqué sous la première administration Trump pour avoir hébergé des enfants dans des enclos grillagés ressemblant à des cages. Il a rouvert en 2022 après des travaux de rénovation qui ont notamment consisté à retirer les grillages.
«Ce n’est pas un endroit pour une fillette de 7 ans», a lancé Edward Warner.
«Ils utilisent des couvertures de survie pour se couvrir. Elle doit utiliser le tapis de sol pour se couvrir correctement et rester au chaud. La nourriture est horrible… c’est surpeuplé, très bruyant, et elles sont tout simplement très stressées en ce moment», a-t-il rapporté en ajoutant qu’ils n’ont pu passer que deux brefs appels téléphoniques par jour.
Il qualifie toute cette situation d’«horrible».

CTV News a contacté à la fois l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) et le Department of Homeland Security (DHS). Le gouvernement a pris acte de la demande mais n’a répondu à aucune question avant la date limite.
La mère de Tania, Heather Fleck, s’est entretenue par téléphone avec CTV News depuis Naramata, en Colombie-Britannique. Elle trouve «choquant» que l’ICE place une enfant de 7 ans en détention.
«Elle est autiste», a souligné Mme Fleck à propos de sa petite-fille, Ayla. «Cela va être dévastateur.»
Mme Fleck affirme que sa fille est une «bonne personne» qui n’a jamais eu de démêlés avec la justice.
«Elle est adorable. Elle veut juste être chez elle avec son mari, élever son enfant et être heureuse», a-t-elle dit.
Mme Fleck ajoute qu’elle se sent loin, frustrée et «impuissante».
«C’est assez stressant, à cause des récits qui nous parviennent des États-Unis concernant la situation avec l’ICE», a-t-elle soutenu. «Ce n’est pas beau à voir. Je ne souhaiterais à personne d’avoir à vivre cela.»
Un avocat spécialisé en droit de l’immigration basé en Colombie-Britannique explique qu’un syndrome de stress post-traumatique peut survenir après un séjour dans un centre de détention, surtout lorsque celui-ci dure longtemps.
«Ces centres de détention ne sont pas des hôtels cinq étoiles, et celui-ci se situe bien en dessous de la catégorie une étoile», a indiqué Me Richard Kurland à CTV News. «C’est pourquoi nous devons les faire sortir, et les faire sortir maintenant.»
Me Kurland explique qu’il n’est pas rare que l’ICE détienne des familles entières pendant qu’elle examine leur situation en matière d’immigration – un processus qui peut prendre des jours, des semaines, voire des mois.
Il ajoute que même un Canadien en règle avec les autorités américaines est «en danger».
«Vous êtes un étranger dans un pays étranger.»
— Me Richard Kurland, avocat spécialisé en droit de l’immigration basé en Colombie-Britannique
Pendant ce temps, Edward Warner a tout mis en œuvre pour faire avancer l’affaire. Il a fait appel à un avocat, lancé une campagne GoFundMe et contacté Affaires mondiales Canada.
L’agence fédérale n’a pas souhaité commenter ce cas précis, invoquant la confidentialité.
Un porte-parole a déclaré à CTV News qu’Affaires mondiales Canada est «au courant de plusieurs cas de Canadiens actuellement ou précédemment placés en détention pour des raisons liées à l’immigration aux États-Unis et a reçu des demandes d’informations et d’aide de la part de ces personnes et de leurs proches».
Edward Warner et Heather Fleck ont tous deux mentionné à CTV News que le personnel du consulat canadien au Texas leur avait indiqué qu’il ne pourrait les aider que s’ils souhaitaient rentrer au Canada.
Les responsables d’Affaires mondiales Canada à Ottawa n’ont pas confirmé ni infirmé cette information de manière spécifique, mais ont précisé dans un communiqué que «les agents consulaires fournissent une assistance à tous les Canadiens détenus à l’étranger, y compris ceux détenus par l’ICE aux États-Unis, conformément à la Charte des services consulaires du Canada».

Un porte-parole d’Affaires mondiales Canada a précisé que, de manière générale, l’aide peut consister à tenter de contacter les détenus et à leur offrir des services consulaires, ainsi qu’à les aider à rentrer au Canada si cela s’avère approprié.
«Les agents consulaires défendent les citoyens canadiens à l’étranger et font part aux autorités locales de leurs préoccupations concernant les plaintes justifiées et graves de mauvais traitements ou de discrimination, mais ils ne peuvent pas soustraire les Canadiens aux procédures judiciaires locales», a écrit le porte-parole.
L’avocat en droit de l’immigration craint qu’Ayla, âgée de 7 ans, ne soit un «pion» dans le contexte plus large des tensions commerciales et migratoires entre Washington et Ottawa.
«Notre relation privilégiée est remise en cause, et nous devons rester sur nos gardes», a-t-il dit, avertissant tout Canadien souhaitant se rendre aux États-Unis de prendre des précautions.
Edward Warner souhaite simplement que sa femme et sa belle-fille rentrent chez elles à Kingsville, où elles vivent depuis 5 ans. «C’est très frustrant. Je me sens seul, c’est calme. Je n’aime pas ça», a-t-il conclu.
Avec des informations fournies par les productrices de CTV News, Kristen Yu et Rachel Hanes

