Une famille pourrait se retrouver sans toit après avoir été expulsée de son logement à Rawdon, au Québec, pour non-paiement de loyer.
Patrick Peterson et sa compagne Rachel Rajotte ont reçu un avis d’expulsion le 20 janvier, leur indiquant qu’ils devaient quitter leur logement avec leurs trois enfants et leur chien avant 7 heures du matin le 28 janvier.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Selon les documents du Tribunal administratif du logement (TAL), les locataires ont admis avoir des arriérés de paiement et avoir manqué trois mois de loyer.
Originaire de Laval, la famille avait emménagé dans cet appartement récemment construit pendant l’été, car le loyer était plus abordable qu’en ville, à 1600$ par mois.
M. Peterson dit qu’il espérait trouver une solution avec le propriétaire.

La juge Manon Talbot a approuvé l’expulsion le 5 janvier, donnant à la famille 11 jours pour quitter son logement et lui ordonnant de payer 4200$ au propriétaire.
Mais M. Peterson a affirmé à CTV News qu’il pensait que les locataires ne pouvaient pas être expulsés en hiver et que le gestionnaire de son immeuble avait dit à M. Rajotte qu’ils ne mettraient pas une famille à la rue par temps froid.
«On ne devrait pas pouvoir mettre des enfants à la rue en plein hiver. Quand il s’agit d’enfants, il faut avoir un peu de cœur», a-t-il dit, ajoutant que le Québec a connu une vague de froid ces derniers jours.
«Je comprends que les gens ont besoin d’argent et qu’ils doivent payer leur loyer et leur hypothèque, je comprends cela à 100%, mais en expulsant quelqu’un de son logement, on est sûr de ne plus recevoir d’argent», a-t-il ajouté.
«Essayer de se remettre sur pied»
M. Peterson a expliqué que sa conjointe et lui ont été informés qu’ils pouvaient payer la moitié de leur dette immédiatement et qu’ils auraient jusqu’au mois de mars pour payer le reste. Si cela avait été le cas, il est convaincu que la situation aurait été résolue, car il attendait un financement qui devait arriver en février.
«Je pense que tout se serait bien passé», a-t-il soutenu. «Quand les huissiers se sont présentés à la porte avec le document indiquant qu’ils viendraient dans quatre jours pour nous expulser, nous avons complètement paniqué.»
M. Peterson a ajouté que lui et sa conjointe n’ont pas pu payer leur loyer en septembre, car ils devaient acheter des fournitures scolaires pour leurs enfants âgés de 6, 15 et 16 ans et n’arrivaient pas à joindre les deux bouts.
Il touche une pension d’invalidité depuis un accident de voiture et trois hernies discales, tandis que sa compagne a vu ses heures de travail réduites dans son emploi dans le secteur des services.

«Les choses commençaient à s’améliorer. Tout allait bien. Nous avons dépensé 12 000$ pour l’appartement, acheté de nouveaux meubles, payé deux mois de loyer à l’avance. Je veux dire, nous essayons de nous remettre sur pied», a poursuivi M. Peterson.
Lorsqu’ils ont payé le loyer d’octobre, le propriétaire l’a compté comme le paiement de septembre. Il dit que la même chose s’est produite en novembre, et quand décembre est arrivé, il a fallu «choisir entre le loyer, la nourriture et les cadeaux de Noël pour les enfants».
«Je n’ai pas acheté un seul cadeau pour mes enfants», a-t-il lâché, ajoutant qu’il se sent très mal face à cette situation. «Nous n’avons les moyens de rien faire. Le coût de la vie est tellement élevé, c’est ridicule.»
«Et moi, je suis l’homme de la maison. Comment pensez-vous que je me sens ? Je veux dire, je ne peux pas subvenir aux besoins de ma famille», a-t-il confié.
CTV News a contacté le propriétaire pour obtenir ses commentaires, mais n’avait pas reçu de réponse au moment de la publication.
Quelques jours de préavis
Selon le couple, la famille passe la fin de semaine dans un appartement exigu de trois chambres avec le frère de M. Peterson et sa famille, mais ne peut pas y rester longtemps. Ils n’ont nulle part où mettre leurs meubles.
Ils craignent de tout perdre, y compris leurs enfants, qui pourraient être placés sous la protection des services sociaux.
Margaret van Nooten, de Project Genesis, affirme que l’expulsion par le propriétaire a été effectuée dans les règles, mais ajoute qu’elle a été surprise que le juge n’ait accordé à la famille que 11 jours pour quitter son logement, étant donné qu’elle a des enfants, une maison pleine de meubles et qu’elle a connu des difficultés.
Au moment où l’huissier se présente, le préavis est plutôt de cinq jours, selon elle.
«La loi est brutale», a mentionné Margaret van Nooten. «C’est très regrettable dans ce cas... Le juge avait le pouvoir discrétionnaire d’accorder 10 ou 30 jours. C’est une énorme différence, d’avoir au moins un mois pour trouver où aller, quoi faire.»

Beaucoup ont du mal à payer leur loyer
M. Peterson est loin d’être le seul dans cette situation: un rapport publié lundi par Vivre en Ville et Léger montre qu’un Québécois sur cinq a eu du mal à payer son loyer en 2025.
Avec l’augmentation annuelle des loyers, l’inflation et le coût élevé de la vie, de plus en plus de familles ont du mal à joindre les deux bouts. Huit pour cent des personnes qui ont participé à l’enquête Léger ont connu une période d’itinérance.
«Nous voyons tellement de gens dont le loyer absorbe la quasi-totalité de leurs revenus», a expliqué Margaret van Nooten. «Les logements abordables sont en train de disparaître du marché. Alors, une famille comme celle-ci, où va-t-elle déménager?»
M. Peterson dit qu’il a contacté les autorités pour essayer de trouver un logement d’urgence dans un HLM afin de garder sa famille ensemble et à l’abri de la rue jusqu’à ce qu’ils puissent emménager dans une maison en juillet.
En voyant les huissiers vider son appartement mercredi matin et jeter ses meubles, il n’a pu s’empêcher d’avoir le cœur brisé. Sa conjointe pleure depuis des jours, selon lui.
«Mais c’est comme ça», a-t-il conclu. «J’essaie de rester positif.»
