Société

Une défenseure des animaux tuée alors qu’elle tentait de sauver des chiots

«C’est tout simplement la pire chose qui pouvait arriver qui s’est produite.»

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Amanda Nobiss Amanda Nobiss, que l'on voit sur cette photo non datée en compagnie d'un chien, a été retrouvée morte le 17 juillet dans une propriété résidentielle de la Première Nation Ojibway de Sandy Bay. Selon la police, ses blessures correspondent à celles causées par l'attaque d'un chien. (K9 Advocacy Manitoba/Facebook)

Chelsea Kork a encore du mal à accepter ce qui est arrivé à son amie de longue date, Amanda Nobiss, décédée lors d’une tragique opération de sauvetage d’animaux alors qu’elle faisait du bénévolat.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

Cette femme de 37 ans, qui faisait du bénévolat pour l’organisme K9 Advocacy Manitoba, se trouvait dans la Première Nation ojibwée de Sandy Bay, à environ 180 kilomètres au nord-ouest de Winnipeg, où elle se rendait souvent pour sauver des animaux.

Lors de cette visite en particulier, Mme Kork a expliqué que Mme Nobiss tentait de sauver une chienne et ses chiots nouveau-nés au sein de la communauté, mais que l’intervention s’est soldée par une tragédie.

«D’après ce que nous pensons, un chien sauvage et féroce l’aurait attaquée, ce qui a entraîné son décès», a indiqué Mme Kork, directrice de K9 Advocacy Manitoba.

Le Service de police des Premières Nations du Manitoba (MFPS) a fait le point mardi sur l’enquête concernant le décès de Mme Nobiss.

«Elle avait prévu d’aller chercher plusieurs chiots chez un résident local. On croit qu’Amanda s’est rendue seule à la résidence alors que le propriétaire n’était pas à la maison et qu’elle est entrée en contact avec les chiens de ce dernier, qui se sont montrés protecteurs et agressifs», peut-on lire dans un extrait d’un communiqué publié sur la page Facebook du service de police.

«Les résultats de l’autopsie ont indiqué que les blessures d’Amanda correspondaient à celles causées par une attaque de chien.»

—  Service de police des Premières Nations du Manitoba

Le service de police indique que des dispositions ont été prises avec la bande pour «euthanasier deux chiens mâles». Une chienne et plusieurs chiots ont été secourus par K9 Advocacy Manitoba.

«On se rend tout le temps dans ces collectivités, ce n’est pas nouveau», a raconté Mme Kork. «Je fais ce travail depuis 19 ans et il m’arrive souvent d’y aller seul sans y prêter attention, et elle non plus n’y prêtait pas attention.»

«C’est tout simplement la pire chose qui pouvait arriver qui s’est produite.»

Tirer la sonnette d’alarme

Depuis des années, les organismes de sauvetage d’animaux de tout le Manitoba soulèvent des préoccupations concernant la surpopulation animale, la sécurité publique et le manque persistant de soins vétérinaires et de soutien accessibles dans les communautés rurales et éloignées des Premières Nations.

Selon l’organisme de défense Save a Dog Network, environ 1000 morsures de chiens sont signalées chaque mois dans les 63 communautés des Premières Nations du Manitoba, mais selon Mme Kork, il ne s’agit là que des cas signalés.

Elle estime que le nombre réel est bien plus élevé.

«Le Manitoba est confronté à une crise de surpopulation canine, et je pense que la situation est sans équivalent ailleurs au Canada», a-t-elle affirmé.

Elle soutient que la mort d’Amanda Nobiss aurait pu être évitée et que des solutions immédiates s’imposent pour empêcher qu’une telle tragédie ne se reproduise.

«Si seulement nous avions davantage de stérilisations, si nous disposions de règlements municipaux et d’agents de contrôle des animaux dans chaque communauté, ce genre de situation ne se produirait pas.»

—  Chelsea Kork, directrice de K9 Advocacy Manitoba

«Mais il faut un effort collectif pour mettre cela en place, faire adopter les règlements, les faire respecter et sauver les animaux. Nous ne pouvons pas y arriver seuls, c’est tout simplement impossible. Nous sommes un peu à bout de ressources.»

K9 Advocacy Manitoba, en collaboration avec Partners in Prevention, la Winnipeg Humane Society et 15 autres refuges et organismes de protection des animaux de la province, demandent aux gouvernements fédéral, provincial et municipaux de prendre des mesures immédiates et d’accorder un financement. Ils affirment que «les solutions de fortune ne suffisent plus» pour combler « les lacunes systémiques qui ont mené à une crise de santé publique à l’échelle provinciale ».

Ces groupes réclament la tenue immédiate d’une table ronde réunissant tous les paliers de gouvernement, les organismes de sauvetage du Manitoba et les dirigeants des Premières Nations afin d’élaborer une stratégie à long terme.

Ils souhaitent un investissement gouvernemental soutenu dans les soins vétérinaires, les programmes de stérilisation, l’aide alimentaire, l’éducation et d’autres ressources afin d’améliorer le bien-être animal, la sécurité publique et le bien-être de la collectivité.

Un porte-parole du ministre de l’Agriculture, Ron Kostyshyn, qui est également responsable de la santé et du bien-être des animaux, a indiqué que le ministre s’engageait à collaborer avec les groupes de défense des animaux à l’avenir.

«Le cabinet du ministre a rencontré la Société protectrice des animaux de Winnipeg lundi et a eu une conversation productive à ce sujet», a écrit le porte-parole dans un déclaration.

«Pour l’instant, nous attendons les résultats de l’enquête policière pour bien comprendre ce qui s’est passé.»

Agir

Christina Von Schindler, directrice générale de la Société protectrice des animaux de Winnipeg, affirme que tous les paliers de gouvernement doivent travailler ensemble pour régler ce problème.

«Nous avons tendance à considérer que les services de santé communautaire ne concernent que les humains, et même dans ce domaine, je dirais que nous ne sommes pas à la hauteur; mais le fait est qu’une communauté n’est en bonne santé que dans la mesure où le sont tous ses membres, y compris ses membres animaux», a affirmé Mme Von Schindler.

Des groupes de défense juridique, dont Animal Justice, collaborent également avec des organismes de sauvetage pour faire pression en faveur de mesures concrètes.

L’avocate Kaitlyn Mitchell affirme que les gouvernements doivent aller au-delà des engagements «ponctuels».

«Ce que j’aimerais vraiment voir, c’est la création d’un comité chargé de veiller à ce que le travail nécessaire soit réellement accompli pour prévenir ce genre d’incidents à l’avenir», a exprimé Mme Mitchell.

«Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas davantage de financement pour un projet ponctuel ici ou là, bien que cela soit important, mais nous avons vraiment besoin d’une action globale menée par la collectivité et d’un leadership de la part des gouvernements provinciaux et fédéraux.»

«La situation peut devenir dangereuse»

Le grand chef Garrison Settee affirme que les communautés des Premières Nations de tout le Manitoba ont besoin de ressources pour réduire la surpopulation canine, un problème qui, selon lui, ne cesse de s’aggraver depuis des années.

Il a souligné que la sécurité des membres de ces communautés est primordiale.

«La situation peut devenir dangereuse et coûter la vie à des gens, ce qui ne devrait jamais arriver», a soutenu M. Settee, chef du Manitoba Keewatinowi Okimakanak (MKO).

«Nous constatons de nombreux problèmes liés à la sécurité de notre population. Cela dure depuis longtemps, le problème n’a pas été traité adéquatement et cela coûte la vie à des gens; je pense donc qu’il est temps d’agir avant que d’autres ne soient blessés.»

M. Settee affirme qu’il appuierait un processus dans le cadre duquel les groupes de défense des droits, tous les paliers de gouvernement et les dirigeants des Premières Nations travailleraient ensemble pour régler ces problèmes persistants.

«Se contenter d’en parler et de s’en plaindre ne servira à rien; nous devons plutôt planifier ensemble et mettre en œuvre ce plan pour assurer la sécurité de notre population», a-t-il dit.