Il ne restait cette fin de semaine qu’une vague trace des mots «Action anti-tech» sur le mur de briques à l’extérieur d’une boulangerie de Montréal, après que quelqu’un a brisé les vitrines du magasin dans la nuit de mercredi.
C’était la deuxième fois en moins de trois mois que l’établissement de la chaîne de boulangeries Mamie Clafoutis, située sur la rue Saint-Denis, était pris pour cible.
«J’étais chez moi, je dormais, lorsque la police m’a appelé 45 minutes après minuit pour m’annoncer que mes vitrines avaient été brisées», a raconté Nicolas Delourmel, cofondateur et propriétaire de la chaîne de boulangeries. «J’étais sur place une demi-heure plus tard.»
La succursale de la rue Saint-Denis est l’une des deux succursales de Mamie Clafoutis à être passées, il y a deux ans, à un modèle de «libre-service», où les clients se servent eux-mêmes. Le 1er mai, un groupe d’individus masqués est entré dans le magasin pendant les heures d’ouverture, a pris du pain et a peint des graffitis anticapitalistes à la bombe avant de s’enfuir.
Plus tard, un groupe anonyme a revendiqué le vol, affirmant qu’il s’agissait d’une protestation contre l’utilisation présumée de la technologie de reconnaissance faciale dans les succursales en libre-service de Mamie Clafoutis. Les propriétaires du magasin ont nié utiliser cette technologie.
Cette semaine, rien n’a été volé. Les images des caméras de sécurité à l’intérieur du magasin montrent un objet frappant la vitre jusqu’à ce qu’elle vole en éclats, puis quelqu’un qui s’enfuit en courant.
«C’était vraiment juste pour causer du tort, pour casser — quelqu’un qui n’est pas satisfait du système», a dit M. Delourmel. «Mais si on commence à saccager des magasins chaque fois qu’on n’est pas d’accord… Je ne sais plus où on va, mais on n’est pas sur la bonne voie.»
Cet incident fait suite à d’autres attaques récentes visant des commerces alimentaires à Montréal.
Plus tôt cette année, le groupe militant Robin des Ruelles a revendiqué deux vols organisés dans des épiceries montréalaises, affirmant que la nourriture volée serait distribuée par l’entremise de frigos communautaires et aux résidents à faible revenu.
Le groupe a déclaré que ses actions visaient à protester contre la hausse des prix des aliments et les profits des grandes chaînes d’épiceries. La police a enquêté sur ces deux incidents, mais aucune arrestation n’avait été annoncée au début de cette année.
M. Delourmel a cofondé la première boulangerie Mamie Clafoutis en 2008, dans le quartier montréalais d’Outremont. Au cours des années suivantes, ils ont ouvert d’autres succursales, et la chaîne compte désormais six emplacements à Montréal et un à Ottawa.
En 2024, deux des succursales montréalaises ont été rénovées pour devenir des boulangeries en libre-service. Ces succursales sont désormais ouvertes 24 heures sur 24, les clients pouvant s’enregistrer après les heures d’ouverture à l’aide d’un formulaire en ligne.
Sur la rue Saint-Denis, le comptoir et les présentoirs à pâtisseries ont été remplacés par une série de comptoirs où les clients peuvent se servir eux-mêmes. Un comptoir à café est équipé de deux robinets d’où s’écoule la combinaison souhaitée de caféine et de lait.
Le passage aux succursales en libre-service a été motivé en partie par la pénurie de main-d’œuvre post-pandémique, a expliqué M. Delourmel. Il a toutefois précisé que cette conversion n’avait entraîné aucune perte d’emploi et que les succursales en libre-service disposaient toujours de caissiers pour aider les clients.
Récemment, M. Delourmel a également eu recours à l’IA pour produire des vidéos et des photos promotionnelles, tant pour les médias sociaux qu’à l’intérieur des magasins.
Alors que la plupart des réactions en ligne à la suite de l’acte de vandalisme étaient des messages de soutien à l’égard de la chaîne de boulangeries, certains ont profité de l’occasion pour exprimer leur mécontentement face au nouveau modèle d’affaires de l’entreprise et à sa transition technologique.
M. Delourmel a déclaré qu’il avait l’habitude de recevoir ce genre de messages. Il a expliqué que l’instabilité économique de ces dernières années l’avait poussé à réduire les coûts partout où il le pouvait. Bien qu’il ait précisé que personne n’avait été mis à pied lors de l’introduction du modèle libre-service, de nombreux postes dans les divisions de la comptabilité, des communications et du marketing de la boulangerie ont été supprimés après la pandémie.
«Pourquoi? Parce que l’économie s’est effondrée — c’est aussi simple que ça», a-t-il expliqué.
M. Delourmel a ajouté que les actes de vandalisme répétés et les effractions fréquentes risquaient d’augmenter les coûts d’assurance, des dépenses qui, selon lui, finiront par être répercutées sur les clients.
«Nous sommes une petite entreprise», a-t-il affirmé. «Nous faisons ce que nous pouvons avec ce que nous avons.»
Un porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a indiqué que des enquêtes étaient en cours concernant les actes de vandalisme de cette semaine et le vol survenu en mai. Aucune arrestation n’a été effectuée.
Par Marieke Glorieux-Stryckman et Charlotte Glorieux, La Presse canadienne
