Virginia Hicks a été nommée mère nationale de la Croix d’argent 2026 par la Légion royale canadienne.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
À l’occasion du Jour du Souvenir, elle déposera une couronne au Monument commémoratif de guerre du Canada, à Ottawa, au nom de toutes les mères canadiennes qui ont perdu un enfant au service des forces armées. Mme Hicks a perdu sa propre fille, la sapeuse Mariebeth Short, âgée de 22 ans, lors d’un accident survenu pendant un entraînement en 2002.
«Je suis très honorée d’être la mère de la Croix d’argent», a dit Mme Hicks.
«Surprise, très honorée.»
— Virginia Hicks, mère de la Croix d'argent 2026
Lorsqu’elle déposera la couronne, elle sait à quoi iront ses pensées.
«Je penserai certainement à Mariebeth, ainsi qu’à tous les parents qui ont perdu leurs enfants, et à ce qu’ils ressentent ce jour-là», a-t-elle expliqué. «On ne peut qu’espérer… qu’il n’y ait plus jamais d’autre mère de la Croix d’argent.»
Mme Hicks est elle-même une ancienne militaire, ayant servi au sein de l’Aviation royale canadienne pendant près de 30 ans dans les domaines de la logistique et de l’approvisionnement. «Je voulais faire quelque chose qui ferait une différence», a-t-elle indiqué.
Sa fille avait ses propres raisons de s’enrôler. «Rencontrer de nouvelles personnes et vivre de nouvelles aventures, je pense que c’était l’une de ses principales raisons de s’engager dans l’armée», a expliqué Mme Hicks.

Le sens du devoir est une tradition familiale. Le père de Mme Hicks était pompier militaire et son grand-père, aviateur. Les trois oncles de sa mère ont servi pendant la Deuxième Guerre mondiale. Le mari de Mme Hicks, Brian, a lui aussi passé trois décennies dans l’armée en tant qu’ingénieur en construction.
Mme Short a suivi leurs traces. Née à Comox, en Colombie-Britannique, elle espérait au départ devenir navigatrice dans la marine, mais ses compétences en mathématiques n’étaient pas suffisantes. Les recruteurs lui ont proposé d’autres options, notamment le génie de combat. Elle venait tout juste d’avoir 20 ans.
Ses parents étaient un peu sceptiques. «Elle mesurait quatre pieds 11 et pesait 95 livres, même trempée», a raconté Mme Hicks.
«Nous étions peut-être un peu hésitants, mais nous savions aussi qu’elle avait cette attitude qui disait: “Donnez-moi un poste, et je vais vous prouver que vous avez tort.”»
C’est ce qu’elle a fait, en transportant des broches pesant plus de 16 kilogrammes, deux à la fois, et en les installant sous les ponts. Ses collègues l’ont surnommée «Shorty», a affirmé Mme Hicks, «mais cela n’avait rien à voir avec son ambition, sa force ou sa volonté d’accomplir n’importe quelle tâche qu’on lui confiait.»
«Elle inspirait beaucoup de respect à tous ceux avec qui elle travaillait.»

En septembre 2002, Mariebeth Short attendait avec impatience son premier déploiement, soit en Bosnie, soit en Afghanistan. Son unité participait à un exercice d’entraînement impliquant des véhicules blindés légers, ou VBL. Le vendredi précédent, elle avait appelé ses parents, toute excitée. Son beau-père lui avait rappelé de faire attention: le VBL était un engin imposant et dangereux. Le matin de l’exercice, elle avait dit à sa mère qu’elle serait la première à conduire.
Plus tard cette journée-là, Mme Short se tenait dans la trappe du tireur lorsque le véhicule a fait deux tonneaux et s’est retrouvé couché sur le flanc. «Mariebeth s’est retrouvée deux fois coincée sous le véhicule lorsqu’il a fait des tonneaux», a indiqué Mme Hicks.
Une enquête militaire a révélé par la suite qu’il y avait eu un défaut au niveau du groupe de roues dès la fabrication du véhicule.
Lorsqu’un aumônier militaire s’est présenté à la porte de Mme Hicks pour lui annoncer que Mariebeth avait été tuée, elle ne l’a pas cru.
«Vous mentez; ce n’est pas possible», se souvient-elle lui avoir dit. «On ne s’attend jamais à cela quand on parle à son enfant le matin, alors qu’il est tout excité, et qu’une telle chose va se produire à la fin de la journée.»
Mariebeth Short a eu droit à des funérailles militaires en grande pompe à Trenton, en présence de centaines de soldats. Elle a été enterrée dans son uniforme.

Le seul objet que sa mère conserve encore est le béret de Short. Mme Hicks l’a gardé toutes ces années et l’a montré à CTV News lors d’une entrevue à son domicile.
Mme Hicks a reçu la Croix du Souvenir — communément appelée la Croix d’argent — en 2009, ce qui l’a surprise. Elle croyait en effet que cette distinction n’était décernée qu’aux familles des soldats tués à l’étranger.
«Je ne savais pas à l’époque qu’elle était en fait remise aux soldats qui ont péri au service de leur pays. Que ce soit lors d’un accident d’entraînement, d’un accident de travail ou à l’étranger», a-t-elle déclaré.
Au moment du décès de Mme Short, la Croix du Souvenir était réservée aux décès survenus lors de missions à l’étranger. Des modifications apportées aux règlements en 2007 et 2008 ont étendu son octroi à tous les décès liés au service depuis octobre 2001, y compris ceux survenus lors d’entraînements au pays.
C’est le message que Mme Hicks souhaite faire passer cette année.
«Les gens pensent qu’une personne qui meurt sur le théâtre des opérations est plus importante que celle qui meurt à l’entraînement, et c’est tout à fait faux», a-t-elle soutenu.
«Vous vous entraînez si durement pour que, lorsque vous vous rendez sur le théâtre des opérations, cela ne se produise pas.»

Le choc a de nouveau été ressenti en octobre, lorsque quatre soldats ont trouvé la mort dans un incendie survenu lors d’un entraînement à la BFC Wainwright, en Alberta.
« a a été comme une douche froide. Oh mon Dieu! Pas encore», a dit Mme Hicks. «Et on ne peut s’empêcher de compatir avec les parents, les proches et les amis de ces jeunes soldats.»
Elle conseille à ces familles de faire preuve de patience pendant que les forces armées mènent leur enquête. «Cela deviendra plus facile. Je peux leur promettre cela, mais cette douleur ne disparaîtra jamais.»
Mme Hicks se rend toujours sur la tombe de Mariebeth Short plusieurs fois par mois et retourne chaque année sur le lieu de l’accident à Petawawa.
Quant à savoir ce que Short penserait du fait que sa mère ait été choisie comme mère nationale de la Croix d’argent:
«J’espère qu’elle serait fière», a déclaré Mme Hicks, «sachant que nous l’avons soutenue dans tout ce qu’elle s’est efforcée de faire, même lorsqu’elle m’a appelée ce lundi matin pour me dire: “Je vais conduire. Je vais être la première conductrice.” C’est comme si on lui disait: “Oui, vas-y, vas-y, ma fille!”»

