Michal Kwadrans raconte qu’il se réveille chaque matin en se demandant où se trouve son jeune fils et s’il est en sécurité.
Cela fait plus de 500 jours qu’il n’a pas parlé à son fils Fabian, âgé de quatre ans, ni à la mère de l’enfant, son ex-conjointe Barbara.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
La famille de Brampton s’était initialement rendue ensemble en Pologne en mars 2024. M. Kwadrans est rentré chez lui après deux semaines, tandis que sa femme et son fils devaient rester là-bas une semaine de plus. Cependant, plus de cinq mois plus tard, Barbara et Fabian n’étaient toujours pas de retour au Canada.
M. Kwadrans a appris par la suite que son épouse avait demandé le divorce et, bien que le contact ait été maintenu pendant un certain temps, il affirme ne plus avoir pu communiquer directement avec son fils depuis un appel sur WhatsApp le 8 mars 2025. La dernière fois qu’il a vu Fabian en personne, c’était en novembre 2024.
Il affirme que le téléphone de son ex-épouse a également été débranché. «Ce n’est pas juste que Fabian doive se retrouver pris au milieu de tout ça», a-t-il dit lors d’une récente entrevue avec CP24.
La mère recherchée au Canada
Un mandat de recherche valable dans tout le Canada a été lancé par la Police régionale de Peel (PRP) à l’encontre de Barbara Kwadrans. Elle est recherchée pour enlèvement d’une personne de moins de 14 ans.
L’enquête reste «ouverte et en cours», a déclaré un porte-parole à CP24.
Affaires mondiales Canada a également confirmé à CP24 qu’il était «au courant de l’enlèvement parental présumé d’un enfant canadien en Pologne» et qu’il fournissait une assistance consulaire.

«Les enlèvements d’enfants comptent parmi les situations consulaires les plus difficiles auxquelles le gouvernement du Canada doit faire face et constituent des expériences extrêmement pénibles et traumatisantes tant pour les enfants que pour leurs familles», a écrit la porte-parole Rachael Dolan dans un courriel adressé à CP24.
«Le gouvernement du Canada collabore avec des partenaires au Canada et des représentants d’autres pays pour s’assurer de la sécurité et du bien-être des enfants enlevés et faciliter leur retour au Canada», a-t-elle ajouté.
La famille se rendait fréquemment en Pologne
M. Kwadrans a rencontré son ex-conjointe, originaire de Pologne, il y a environ 13 ans. Ils se sont mariés en mai 2014 et se sont installés ensemble à Brampton. Fabian est né le 3 mai 2022.
Le couple possède tous deux la double citoyenneté et se rendait fréquemment en Pologne, plus récemment avec leur jeune fils. Selon le père, il avait été question de rester là-bas pour une période plus longue, mais qu’aucun plan concret n’avait été établi.
En mars 2024, la famille est partie pour un autre de ses voyages en Pologne.

M. Kwadrans s’attendait à ce que Fabian et Barbara reviennent à Brampton une semaine après son retour par avion.
Il ne s’était pas trop inquiété lorsqu’ils avaient manqué leur vol de retour, car il continuait à communiquer quotidiennement avec eux.
En août, cependant, il souhaitait que sa femme et son fils rentrent à la maison et est retourné en Pologne pendant une semaine dans l’intention de les ramener au Canada.
«Deux jours avant mon vol, j’ai appris que ma conjointe avait déposé une demande de divorce. J’ai été pris complètement au dépourvu», a-t-il confié.
Le tribunal a ordonné le retour de l’enfant au Canada en mars 2025
Le père a alors retenu les services d’un avocat pour l’aider à gérer le divorce en Pologne.
Il a également entamé la procédure visant à obtenir une ordonnance judiciaire pour le retour de son fils au Canada en vertu de la Convention de La Haye sur les aspects civils de l’enlèvement international d’enfants. La Pologne est signataire de cette convention, qui vise à garantir le retour rapide des enfants qui ont été illicitement emmenés hors de leur pays d’origine.
À l’issue d’un procès de huit semaines cet automne-là, le tribunal a donné raison à Michal Kwadrans, ce qui a conduit un tribunal de la ville de Rzeszów à rendre une ordonnance exigeant le retour de Fabian au Canada dans les 14 jours, a mentionné son avocate, Klaudia Stepniak, à CP24.
La mère de l’enfant a porté en appel cette ordonnance, mais sa requête a finalement été rejetée par une instance supérieure.
Fabian enlevé par sa mère une deuxième fois
Fabian et sa mère devaient être de retour au Canada le 13 mars 2025, mais ils ne se sont jamais présentés à l’aéroport en Pologne et on est sans nouvelles d’eux depuis.
Il convient de noter que la Pologne n’a actuellement aucun traité d’extradition avec le Canada.
«Un deuxième enlèvement a eu lieu: la mère a disparu avec l’enfant», a rapporté l’avocate du père.
M. Kwadrans a depuis finalisé son divorce avec son épouse au Canada et s’est vu accorder la garde exclusive de Fabian.

Il a par la suite déposé une plainte en Pologne contre son ex-épouse pour enlèvement parental, mais cette affaire a été «suspendue sous prétexte de poursuivre l’enquête une fois que le lieu où se trouvait l’enfant a été déterminé, selon Me Stepniak.
M. Kwadrans est finalement retourné en Pologne en juillet 2025 et a engagé un détective privé, qui n’a pas réussi à localiser son fils. Il y est retourné à la fin de 2025 pour poursuivre ses recherches afin de retrouver Fabian.
«Personne ne sait où se trouve un enfant de quatre ans et personne ne fait rien pour y remédier», a-t-il dit.
Un tribunal régional ordonne à la police de retrouver le garçon
Le 11 août, l’affaire Fabian a connu une avancée lorsque le tribunal de Rzeszów a émis une ordonnance à l’intention du quartier général de la police du comté de Lezajsk afin de déterminer où se trouvait l’enfant, a expliqué Me Stepniak.
«Nous verrons si la police prendra des mesures et, le cas échéant, lesquelles», a-t-elle ajouté.
Michal Kwadrans a également tenté, il y a environ un mois, de déposer une déclaration de disparition pour Fabian auprès des autorités polonaises, mais qu’on lui avait répondu que la disparition du garçon n’était pas considérée comme un problème de sécurité et que, par conséquent, aucune mesure n’était prise pour le localiser.
De plus, son avocate a précisé qu’ils avaient soumis une demande d’intervention au médiateur des droits de l’enfant en Pologne, «mais jusqu’à présent, celle-ci est restée sans réponse».
«Cette affaire est ignorée par le bureau du procureur parce que l’auteur de l’enlèvement était la mère de l’enfant. Le fait que le tribunal ait ordonné à la mère de l’enfant de le ramener au Canada n’a aucune importance», a-t-elle dénoncé. «L’affaire décrite ci-dessus démontre clairement qu’il est tout à fait possible de disparaître purement et simplement des radars du système avec un enfant mineur, et que les autorités de l’État sont impuissantes à y remédier. En se cachant avec l’enfant, la mère a effectivement privé l’autre parent de la possibilité d’exercer son autorité parentale.»
CP24 a tenté à plusieurs reprises de joindre l’avocate de Barbara Kwadrans pour obtenir ses commentaires, mais nous n’avons reçu aucune réponse. Nous lui avons également envoyé des courriels, ainsi qu’à son frère, à plusieurs reprises pour obtenir leurs commentaires.
«Des cas très complexes»
Il y a environ deux ans, Michal Kwadrans a rencontré Layan Bishtawi au sein d’un groupe de soutien destiné aux parents dont les enfants ont été enlevés à l’étranger par l’un des parents.
Dans le cas de Mme Bishtawi, son ex-conjoint a illégalement emmené leurs trois enfants dans un pays du Moyen-Orient non signataire de la Convention de La Haye en 2017. Parajuriste de formation et étudiante en droit, elle s’est représentée elle-même devant les tribunaux de ce pays, ce qui a permis l’exécution d’un jugement canadien en matière de garde. Ses enfants ont été ramenés chez eux deux ans plus tard.
Cette résidente de Montréal dirige aujourd’hui un organisme sans but lucratif appelé Shine a Lite Network, qui vise à soutenir et à défendre les «parents laissés pour compte d’enfants victimes d’enlèvement international».
Depuis un an, Mme Bishtawi aide le père à faire face à cette situation. Elle se dit convaincue qu’il finira par retrouver son fils et le ramener à la maison.
«Ce sont des cas très complexes. La lutte est très rude. […] Le plus triste, c’est que le parent se retrouve seul. C’est trop lourd à porter pour un seul parent», a-t-elle avoué. «Ce n’est pas une question de maman ou de papa. C’est vraiment de l’enfant dont il est question. […] Un enfant qui est caché ne mène pas une vie normale.»
Mme Bishtawi a indiqué qu’il existait une «lacune dans le système», car les parents confrontés à l’enlèvement d’un enfant à l’étranger doivent composer avec les lois et les tribunaux locaux ainsi qu’avec les différences culturelles et les approches, même dans les pays signataires de la Convention de La Haye, et ce, la plupart du temps par leurs propres moyens, pour faire respecter les ordonnances judiciaires.
«Il y a un réel manque de coordination des efforts. […] Nous avons besoin d’une intervention diplomatique accrue de la part du Canada», a-t-elle indiqué.
Pour sa part, M. Kwadrans a déclaré à CP24 que l’un des aspects les plus difficiles de cette épreuve est le sentiment d’impuissance.
«Ça a été incroyable. Je ne souhaite ça à aucun parent. Ça a tout simplement été traumatisant», a-t-il confié. «Pour chaque pas en avant, on fait deux pas en arrière. … Je veux juste que mon fils revienne. Je n’ai aucune idée de l’endroit où il se trouve ni s’il va bien.»

