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Un musée américain restitue les restes de 12 soldats canadiens

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Milo Tivy, 16, et Shari Tivy, 75, regardent des crânes humains au Mütter Museum, le 21 août 2025, à Philadelphie. Photo AP/Mingson Lau Milo Tivy, 16, et Shari Tivy, 75, regardent des crânes humains au Mütter Museum, le 21 août 2025, à Philadelphie. Photo AP (Mingson Lau)

OTTAWA — Après plus de 100 ans, un musée médical américain a restitué les restes humains partiels de 12 soldats canadiens de la Première Guerre mondiale.

Le ministère de la Défense nationale n'a pas précisé la nature exacte de ces restes, indiquant seulement que du personnel médical américain les avait recueillis après la guerre dans un hôpital militaire du Tréport, en France.

Ces restes avaient été transférés au Mütter Museum et à la Bibliothèque historique de médecine de Philadelphie après y avoir été envoyés en 1919 pour une étude.

Le ministère de la Défense nationale a déclaré que les restes recueillis seraient inhumés dans les tombes individuelles des soldats, la plupart situées dans un cimetière du Tréport, ville portuaire de Normandie.

Le ministère a ajouté que le musée procédait actuellement au démantèlement de la collection à laquelle appartenaient les soldats canadiens, après un examen plus approfondi.

Le Mütter Museum est réputé pour ses curiosités médicales et macabres, telles que des fragments du cerveau d'Albert Einstein et le corps d'une femme momifiée naturellement. Il présente notamment une collection de crânes humains.

En 2017, le journal The Guardian a rapporté que le musée avait retiré de son exposition et qu'il restituerait à l'Australie le crâne d'un soldat de la Première Guerre mondiale tué d'une balle dans la tête.

Un long examen éthique interne, qui s'est achevé en 2025, a conduit le musée à revoir ses politiques concernant la gestion des restes humains. Le musée continue d'exposer des restes humains, mais affirme qu'il les rapatriera au cas par cas.

Le ministère de la Défense nationale a expliqué que les Forces armées canadiennes participent à un effort international de récupération des restes de soldats, mené par la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth.

Cette commission entretient les tombes des soldats morts au combat lors des deux guerres mondiales pour le compte des gouvernements du Canada, du Royaume-Uni et d'autres pays.

Le ministère a refusé toute demande d'entrevue, indiquant que le Canada ne gère pas le rapatriement des restes humains, qui ont été envoyés directement des États-Unis en France.

«La Commonwealth War Graves Commission est l'organisme chef de file chargé de récupérer ces restes et a entrepris des recherches approfondies sur leur provenance et leurs archives, en collaboration avec le Mütter Museum, afin de coordonner leur transfert et leur inhumation digne», a déclaré le porte-parole Kened Sadiku dans un courriel.

«Afin de respecter la vie privée des défunts et de leurs descendants, nous ne divulguons pas d'autres détails sur ce qui a été récupéré», a-t-il ajouté.

Un procédé courant à l'époque de la Première Guerre mondiale

Andrew Burtch, historien militaire au Musée canadien de la guerre — qui n'est pas impliqué dans ce projet, mais qui a travaillé par le passé sur une exposition consacrée à la médecine militaire — a indiqué que le rapatriement et la réinhumation de restes de militaires canadiens recueillis comme échantillons médicaux sont rares et inhabituels.

«Je ne peux pas affirmer avec certitude que cela se soit déjà produit. C'est fort possible, mais c'est la première fois que j'en entends parler», a-t-il souligné.

M. Burtch a expliqué que pendant la Première Guerre mondiale, il était courant, des deux côtés du conflit, de recueillir des spécimens pathologiques à des fins pédagogiques. Dans le cas de l'Allemagne, les restes ont également servi à la propagande pour mettre en valeur ses progrès en médecine militaire, a-t-il ajouté.

M. Burtch et le regretté historien Tim Cook ont étudié la collection de centaines d'échantillons de ce type conservés dans les hôpitaux de campagne canadiens, dont certains ont été exposés à Montréal en 1921.

M. Cook, auteur d'un ouvrage sur le sujet intitulé «Life Savers and Body Snatchers», a déclaré lors d'une entrevue accordée en 2022 à l'émission The Current de CBC que les restes devaient être transférés dans un nouveau musée médical après leur retour au Canada, mais que ce musée n'a jamais vu le jour. Il a ajouté que les restes pourraient avoir été détruits après avoir servi de matériel pédagogique à l'Université McGill.

«La médecine militaire impliquait notamment l'analyse d'échantillons pathologiques. Je n'ai jamais pu savoir ce qu'il est advenu de tous ces échantillons de soldats canadiens», a énoncé M. Burtch.

Le ministère de la Défense nationale a annoncé être en train de contacter les familles des personnes décédées identifiées par le musée américain et les a encouragées à communiquer avec sa direction de l'histoire et du patrimoine.

Il a fourni une liste des noms de huit soldats de première classe, deux caporaux et deux sergents de partout au Canada dont les restes ont été identifiés dans la collection du musée.

Parmi les dépouilles figurent le soldat Edward Lea de Vancouver, du Corps expéditionnaire canadien, le caporal John Kincaid de Kingston, artilleur de campagne, et le sergent Martin Murphy d'Edmonton, membre du Corps canadien de mitrailleurs.

La commission des sépultures de guerre a refusé toute demande d'entrevue, mais a transmis une déclaration expliquant comment elle a appris la présence de ces restes au musée l'automne dernier.

«Le Mütter Museum a transféré en toute sécurité la collection de dépouilles à l'unité de récupération (de la commission) dans le nord de la France, où elles sont gérées conformément à notre politique en vigueur et inhumées dans les tombes existantes», indique la déclaration.

«Des techniciens spécialisés procéderont à toutes les inhumations, en veillant à ce qu'elles soient effectuées avec dignité et respect», peut-on y lire.

Un rapatriement rendu possible par des audits

Le musée, qui fait partie du Collège des médecins de Philadelphie, a été fondé grâce à un don du chirurgien Thomas Mutter au XIXe siècle, destiné à promouvoir l'enseignement médical.

Le collège n'a pas répondu à une demande d'entrevue mardi, mais a transmis une déclaration expliquant que le rapatriement des dépouilles survient à la suite d'audits menés au cours des cinq dernières années.

Le collège a indiqué que ces audits ont été rendus possibles grâce à des subventions qui ont permis au personnel du musée de se doter des outils nécessaires pour concilier les archives électroniques avec près de 175 ans d'archives papier et pour faire correspondre ses dossiers aux données de la commission sur les victimes.

Le collège a précisé avoir contacté la commission à l'automne 2025 afin de solliciter son avis concernant sa collection de 113 dépouilles de victimes alliées, identifiées dans les collections de l'hôpital de base n° 10 du Tréport.

«Conformément à la pratique courante de l'époque et avec l'approbation des gouvernements alliés, cette collection a été constituée pour faire progresser la recherche médicale sur le traitement des nouvelles blessures de guerre», a énoncé le collège dans un communiqué transmis par courriel.

Il a été noté que l'hôpital était principalement composé de personnel médical de l'hôpital de Pennsylvanie et que la plupart des soldats qui y ont été soignés appartenaient à l'armée britannique.

«Après la guerre, cette collection a été transférée au musée, où elle a été préservée et stockée en toute sécurité au sein de la collection du musée et de la bibliothèque, qui compte plus de 450 000 objets, dont environ 6500 restes humains partiels», indiquait le courriel.

Kyle Duggan, La Presse Canadienne

Kyle Duggan

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Journaliste