Un locataire québécois sur cinq a eu de la difficulté à payer son loyer au moins une fois au cours de la dernière année, selon un sondage web effectué par Léger.
À l’échelle du Québec, cela représenterait environ 720 000 personnes, indique l’organisme Vivre en ville, qui a commandé cette étude dévoilée lundi matin.
Ce sont des gens «qui ont eu besoin de retarder leur paiement de loyer, d’emprunter de l’argent à la banque ou d’emprunter de l’argent à des amis», expose son directeur de l’habitation, Adam Mongrain, en conférence de presse.
Selon le sondage mené l’été dernier auprès de milliers de personnes, plus de 10 % des locataires répondants ont eu du mal à plusieurs reprises à payer leur propriétaire en 2025.
Vivre en ville réalise cette étude annuelle sur le marché locatif résidentiel depuis trois ans, mais elle a interrogé pour la première fois les répondants sur leur difficulté à payer leur loyer.
Sans surprise, la hausse des loyers serait la principale cause derrière cette situation. L’étude constate une hausse du loyer moyen d’environ 150 $ par mois depuis 2023, selon les montants déclarés par les répondants. Cela représente un bond de 1800 $ sur une année.
«On sait qu’il y a des gains au niveau des revenus des ménages, mais il y a très peu de ménages qui peuvent avoir déclaré complètement essuyer cette hausse, ce fardeau-là, au cours des dernières années», soutient M. Mongrain.
La proportion de personnes affirmant avoir eu du mal à payer leur loyer au moins une fois durant la dernière année est plus élevée chez les 35 à 54 ans, à 31 %, que dans la population en général.
«Une donnée très étonnante», selon M. Mongrain, alors que ce groupe d’âge est plus susceptible d’être à l’emploi et d’occuper possiblement un travail «un peu plus payant».
«Ce qui est une énorme surprise pour nous et qui nous indique que les victimes traditionnelles de la crise de logement qu’on peut imaginer, par exemple les personnes aînées ou les étudiants, ne sont pas les plus représentées dans le cadre de cette question-ci», analyse M. Mongrain.
«Pas le choix» d’accepter la hausse
De nombreux locataires ont répondu au sondage ne pas avoir d’autre choix que d’accepter une hausse de loyer si celle-ci était «au-delà de la recommandation du Tribunal administratif du logement» (TAL). En fait, près de 30 % des personnes interrogées ont dit qu’elles accepteraient, «car je n’ai pas le choix».
En revanche, 40 % des répondants ont déclaré qu’ils refuseraient une telle augmentation, mais qu’ils resteraient dans leur logement. Le droit de pouvoir refuser une hausse de loyers qu’on juge déraisonnable ou injustifiée constitue «la base du fonctionnement de notre système de stabilisation des loyers», souligne M. Mongrain.
Il avance que si plusieurs disent devoir accepter une hausse de leur loyer actuel, peu importe son ampleur, c’est qu’ils craignent de se retrouver avec un autre logement dont le prix risque d’être encore plus important.
«Même si le plafond des loyers demandés (vacants) est en train de descendre, souvent les gens sont logés pour beaucoup moins cher que ça. Ils savent que s’ils perdent leur maintien sur les lieux, ils rentrent dans un marché où, en dépit de l’accalmie, ça va être une hausse de loyer significative», indique M. Mongrain.
«L’objectif pour nous, la condition de succès, ce serait que l’on voit les gens être de plus en plus en moyens de payer les loyers dans lesquels ils sont déjà. Et on est très loin de ce genre de progrès en ce moment», ajoute-t-il.
Par ailleurs, le sondage révèle que seulement autour de 20 % des propriétaires auraient rempli la section G du bail. Cette obligation vise à faire connaître à un nouveau locataire le prix le plus bas payé au cours des 12 mois par l’ancien occupant.
«En dépit d’une obligation légale, qui n’est pas une nouvelle obligation, en dépit du fait que ç’a été très médiatisé, en dépit du fait que l’on compte sur la clause G pour stabiliser les loyers entre les locataires, ce qu’on voit c’est une défaillance ou une délinquance systématique», déplore M. Mongrain.
La possibilité de devenir propriétaire semble inatteignable pour de nombreux locataires, du moins à moyen terme. Seuls 22 % des répondants pensent pouvoir accéder à la propriété au cours des cinq prochaines années. Un résultat stable par rapport à l’année précédente, mais en baisse de cinq points comparativement à 2023.
L’étude a été menée auprès de plus de 5500 locataires au Québec du 27 août au 18 septembre dernier. Elle est publiée une semaine après que le TAL a dévoilé les pourcentages applicables pour la hausse des loyers en 2026.
Le taux de base s’élève à 3,1 % pour le renouvellement d’un bail débutant entre le 2 avril prochain et le 1er avril 2027, et dont l’avis de modification a été remis à compter du 1er janvier dernier.
