Melina Tsagaropoulos avait 37 ans lorsqu’elle est décédée d’un cancer de l’ovaire le mois dernier, une maladie souvent qualifiée de «tueur silencieux» car elle ne provoque que rarement des symptômes avant d’avoir atteint un stade avancé.
Elle avait 29 ans lorsqu’on lui a diagnostiqué un carcinome séreux de haut grade (HGSC) de stade 3, un type de cancer agressif qui prend naissance dans les trompes de Fallope.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
«Elle était comme une lumière. Elle était une source de joie. Pour moi, elle était tout», a confié Marco Makrymanolakis, l’époux de Melina depuis près de 11 ans, à CTV News.
Melina aimait écrire, peindre, voyager et profiter du plein air.
Lorsque les feuilles changeaient de couleur à l’automne, Melina tenait absolument à faire le tour de son quartier à Île-Perrot, dans l’Ouest-de-l’Île de Montréal, puis plus tard à Laval, pour admirer les paysages automnaux.

Lorsque le temps commençait à se rafraîchir un peu, Melina adorait s’asseoir dehors avec une couverture le matin, en buvant le café qu’elle aimait toujours préparer elle-même.
À l’arrivée de l’été, Melina avait toujours envie de se rendre à la plage pour profiter de la chaleur du soleil.
«Les choses que certaines personnes tiennent peut-être pour acquises, elle les attendait toujours avec impatience», a expliqué Marco. «Elle disait toujours qu’elle n’avait jamais l’impression d’être en train de mourir.»
Melina adorait les enfants
Mais par-dessus tout, Melina adorait les enfants. Elle était éducatrice en garderie et avait toujours rêvé d’avoir ses propres enfants.
Melina et Marco ont commencé à essayer de fonder une famille en 2017, deux ans après leur mariage.
Melina a appris qu’elle avait un cancer de l’ovaire après plusieurs mois d’essais pour tomber enceinte.
Au départ, les médecins pensaient que Melina souffrait d’endométriose, ce qui rendait la grossesse difficile. Cependant, une chirurgie de huit heures à la fin de cette année-là a confirmé qu’elle avait un cancer et que celui-ci s’était déjà propagé au-delà de ses organes reproducteurs.

Au cours de cette intervention, elle a subi une hystérectomie totale accompagnée d’une salpingo-ovariectomie bilatérale, ce qui a entraîné l’ablation de tous ses organes reproducteurs, de son nombril et d’une partie du cancer qui s’était propagé au-delà de son siège d’origine.
Les médecins n’ont pas pu prélever ses ovules pendant l’intervention, ce qui signifie qu’elle ne pourrait plus concevoir un enfant naturellement.
«Tout ce à quoi je pensais, c’était: “Combien de temps me reste-t-il avec elle?”», a raconté Marco à CTV News. «Nous étions de jeunes mariés; nous voulions fonder une famille.»
«Mais c’était une personne qui ne reculait jamais devant rien. Tout ce qu’elle voulait, elle l’obtenait. Elle parvenait toujours à réaliser ses rêves. Elle voulait un enfant, et elle l’a fait entrer dans notre vie», a-t-il ajouté.
La communauté est venue en aide à Melina et Marco
Melina a subi plusieurs cycles de chimiothérapie à partir de 2018, à la suite de sa chirurgie, et elle a été déclarée en rémission quelques mois plus tard, après son traitement.
La même année, Melina a lancé une campagne GoFundMe pour aider à couvrir les coûts liés à la constitution d’une famille par adoption ou par maternité de substitution.
La campagne a permis de recueillir près de 20 000 $. Finalement, une amie de Melina a fait don de ses ovules, tandis qu’une collègue s’est portée volontaire pour agir à titre de mère porteuse pour le couple. La mère porteuse est tombée enceinte en 2019, mais à peu près au même moment, des tests ont confirmé que son cancer était revenu. Leur fils est né en 2020.

«Elle l’a élevé ces six dernières années et lui a transmis tout ce qu’elle avait; il est pour moi un rappel constant de la joie et de la lumière qu’elle représentait», a mentionné Marco.
Melina a continué à subir de multiples chirurgies et divers types de traitements. Bien que le cancer et son traitement aient eu un impact sur sa qualité de vie en raison d’effets secondaires persistants, elle a continué à voyager et à profiter pleinement de chaque instant.
«J’ai l’impression que chaque fois qu’elle faisait quelque chose, elle en revenait guérie. Cela la guérissait à tel point qu’elle avait l’impression que le cancer ne l’emporterait jamais; nous avions tous le sentiment que le cancer ne l’emporterait jamais», a souligné Marco.
Le cancer de l’ovaire
Bien que le taux d’incidence du cancer de l’ovaire soit relativement faible, il s’agit de la cinquième cause de décès par cancer chez les femmes au Canada, selon la Société canadienne du cancer.
On estime qu’environ 3 000 femmes recevront un diagnostic de cancer de l’ovaire au Canada en 2026, et qu’environ 1 950 en mourront.
Au Québec, on s’attend à ce qu’environ 680 femmes reçoivent un diagnostic de cancer de l’ovaire en 2026, et on estime que 490 en mourront.
Le risque qu’une femme développe cette maladie au cours de sa vie est d’environ 1 sur 70.
Selon la Société canadienne d’oncologie gynécologique, le cancer de l’ovaire est difficile à détecter, car ses symptômes sont souvent vagues et peuvent ne pas se manifester ou ne pas être suffisamment graves pour inciter à consulter un médecin avant que la maladie n’ait atteint un stade avancé.
Les symptômes peuvent également être confondus avec des troubles gastro-intestinaux, notamment des ballonnements, des douleurs abdominales ou pelviennes, des difficultés à s’alimenter ou une sensation de satiété rapide, des changements au niveau de la miction et des selles, ainsi que de la fatigue.
Il n’existe par ailleurs aucun test de dépistage pour le cancer de l’ovaire.
«Très peu de femmes sont diagnostiquées à un stade précoce, et la détermination du stade est assurément associée à la survie», a indiqué le Dr Jacob McGee, président de la Société canadienne d’oncologie gynécologique.

«Un peu plus de la moitié de nos patientes sont encore en vie au bout de cinq ans, (...) et la plupart d’entre elles connaîtront une récidive, ou en ont déjà connu une, principalement parce que nous ne disposons pas de test de dépistage», a-t-il ajouté.
Contrairement au cancer de l’ovaire, d’autres cancers de l’appareil reproducteur font l’objet de tests de dépistage ou présentent des symptômes qui se manifestent beaucoup plus tôt, selon le Dr McGee.
Le dépistage et la vaccination contre le VPH peuvent aider à détecter et à prévenir le cancer du col de l’utérus, réduisant ainsi la mortalité. De plus, les cancers de l’endomètre (utérus) — les cancers gynécologiques les plus courants chez les femmes — se manifestent souvent par des saignements vaginaux à leurs stades précoces.
«Nous utilisons souvent le mot “lutter” lorsqu’il est question de cancer, mais en tant que cliniciens, nous savons que ce n’est pas un combat équitable. Les outils dont nous disposons ne sont souvent pas suffisants pour faire face à ce à quoi nous sommes confrontés», a indiqué le Dr McGee.
C’est pourquoi un test de dépistage qui permettrait d’intervenir à des stades plus précoces du cancer de l’ovaire, avant l’apparition des symptômes, est essentiel, ajoute le médecin.
Dépistage du cancer de l’ovaire
La Dre Lucy Gilbert, directrice de la Division d’oncologie gynécologique et de l’Unité de recherche sur la santé des femmes du Centre de santé de l’Université McGill, est à l’origine de ce test unique en son genre, capable de détecter les cancers de l’ovaire ou de l’endomètre grâce à une analyse de l’ADN avant même l’apparition des symptômes.
Le test DOvEEgene est le fruit de 13 années de développement et en est à sa huitième version. Il a été testé dans le cadre d’essais cliniques menés auprès de plus de 5 000 femmes et est prêt à être mis à la disposition du grand public.
Mme Gilbert précise que le test doit obtenir l’approbation réglementaire de Santé Canada pour une utilisation commerciale. Elle cherche également à le faire approuver aux États-Unis.
«Lorsqu’on dispose d’un test de dépistage pour la détection précoce, les cancers sont découverts alors qu’ils sont encore confinés à l’endroit où ils ont pris naissance», a-t-elle expliqué.
Une fois que le test sera accessible au grand public, il sera offert aux femmes âgées de 45 à 75 ans. La prochaine étape consistera à demander le remboursement auprès de Santé Canada.
Mme Gilbert affirme que ce test changera la donne en matière de soins de santé pour les femmes dès qu’il sera accessible au public.
«Grâce au dépistage précoce, on économise des fonds pour la société et pour le système de santé, on sauve des vies et on atténue la souffrance, ce qui permet aux femmes – mères, sœurs, grands-mères et épouses – de rester parmi nous et de continuer à contribuer à la société», a-t-elle dit.
La fête des Pères sans Melina
Melina est décédée le 19 juin, deux jours avant la fête des Pères. C’était la première fois que Marco et leur fils de six ans la passaient sans elle.
Ce jour-là, Marco rangeait les médicaments de Melina dans la maison lorsqu’il a trouvé le cadeau de la fête des Pères qu’elle comptait offrir à Marco : un chumier sur lequel était inscrit «Papa de l’année».
«Je l’ai aimée chaque jour au cours des 14 dernières années, et ça va être difficile de ne plus l’avoir à mes côtés», a-t-il confié. «Ces années ont été les meilleures pour moi. Je n’ai pas l’impression que ça fait 14 ans. J’ai l’impression que ça ne fait qu’un jour. C’est fou à quel point le temps passe vite, et on ne s’en rend vraiment compte que lorsqu’il est déjà passé.»

Melina était membre de la fondation du Lyceum des femmes grecques de Montréal. En son nom, celle-ci a versé près de 600 000 $ à la recherche de Gilbert. Une salle de l’Hôpital Royal Victoria a été baptisée en l’honneur de Melina.
«J’ai un grand réseau de soutien, mais je ne me suis jamais senti aussi seul de ma vie», a dit son mari. «On avait l’habitude de s’envoyer des textos et de s’appeler à tout moment de la journée pour partager nos moments forts.»
«L’autre jour, j’ai emmené notre fils au parc; il jouait avec ses cousins, et je les ai pris en photo. Je me suis dit: “À qui vais-je envoyer ces photos maintenant? Avec qui vais-je partager ces souvenirs?” C’est comme s’il y avait un vide qui grandissait de jour en jour», a-t-il conclu.

