Dans un recul que certains économistes qualifient d’«inquiétant», le marché du travail canadien a perdu 84 000 emplois en février, l’une des baisses mensuelles les plus marquées observées en dehors de la pandémie de COVID-19.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Pour Zahra Bakhsh, une résidente de Toronto, ces chiffres ne font que refléter une réalité qu’elle vit depuis longtemps. Après six ans passés à chercher un emploi à temps plein, ce dernier rapport sur l’emploi est un nouveau coup dur.
«J’ai l’impression d’être dans un gouffre de désespoir», a-t-elle déclaré.
Zahra Bakhsh travaillait auparavant comme assistante administrative pour un agent immobilier dans l’est de Toronto. Elle explique avoir passé des années à postuler à des postes administratifs dans des cliniques dentaires et médicales, des emplois qui, selon elle, correspondent à ses compétences. Mais elle n’a pas réussi à trouver de travail.
Elle décrit la recherche d’emploi comme «déshumanisante».
«Le plus regrettable dans ce processus, c’est que postuler à des emplois m’a donné l’impression de ne pas postuler du tout», a-t-elle expliqué.
«J’envoie des CV. Je ne reçois pas de réponses, et je finis par être prise dans un flot d’arnaques pendant au moins deux à trois semaines après chaque candidature.»
— Zahra Bakhsh
Mme Bakhsh affirme qu’elle reçoit fréquemment des courriels provenant de grands sites d’emploi qui la redirigent vers ce qui semble être des offres supplémentaires, pour finalement aboutir sur des sites web douteux proposant des services de rédaction de CV. Des SMS frauduleux suivent souvent.
«Je ne sais même plus si les emplois auxquels je postule sont réels à ce stade.»
Parallèlement à sa recherche d’emploi, Mme Bakhsh gère une entreprise de célébration de mariages à Toronto. Même si elle affirme que cette activité est florissante, elle ne couvre pas le coût de la vie dans la ville. Elle n’a jamais eu l’intention d’en faire sa principale source de revenus et a toujours eu besoin d’un emploi à temps plein pour joindre les deux bouts.
Elle explique que ces derniers temps, elle a été contrainte de dormir sur le canapé d’une amie et se décrit comme sans domicile fixe.

«C’est le cauchemar que j’avais imaginé il y a six ans», a-t-elle soutenu.
Malgré tout, elle garde une lueur d’optimisme.
«Je garde espoir, je ne sais pas pourquoi», a-t-elle dit en riant. «Une partie de moi pense qu’avec mes compétences, quelqu’un va me remarquer, quelqu’un va essayer de me rappeler.»
Les économistes préviennent que ces pertes d’emploi inattendues à l’échelle nationale soulignent un ralentissement potentiellement inquiétant.
Doug Porter, économiste en chef chez BMO, a qualifié le rapport de «clairement faible», soulignant qu’en dehors de la pandémie, il figure parmi les plus fortes baisses mensuelles de l’emploi jamais enregistrées au Canada.
Il a indiqué que cette perte de 84 000 emplois est le genre de chiffre que l’on ne voit généralement qu’au plus fort d’une récession.
«Je ne pense pas que nous soyons en récession», a souligné M. Porter, «mais il est clair que l’économie peine à démarrer en 2026.»
Les pertes ont été largement réparties dans le secteur privé et se sont concentrées sur les emplois à temps plein. Le taux de chômage est désormais revenu à peu près au niveau où il se situait il y a un an.
«Nous n’avons pratiquement pas connu de croissance de l’emploi au cours des 12 derniers mois», a affirmé M. Porter. «Je pense que c’est vraiment… le point le plus important à retenir ici.»
Quant à Mme Bakhsh, elle compte persévérer dans l’espoir de décrocher un poste à temps plein.
«J’essaie d’être aussi créative que possible dans ma recherche d’emploi», a-t-elle indiqué.

