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Un Canadien s’efforce de faire rapatrier le corps de son fils tué au combat en Ukraine

«Si j’avais su quel était son véritable plan, j’aurais déchiré son passeport sur-le-champ.»

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Ukraine war news: Canadian's remains Patrick Mazerolle a quitté le Canada pour aller se battre en Ukraine à l'âge de 23 ans. (Courtoisie: Famille Mazerolle)

Le Canadien Marc Mazerolle affirme vouloir contribuer à «apporter la paix aux familles» dont les proches sont morts au combat en tant que combattants étrangers aux côtés de l’Ukraine. Lui-même père de famille, M. Mazerolle souhaite aider ces familles à traverser le processus déchirant que constituent le rapatriement des dépouilles de leurs proches et leur inhumation près de chez eux.

Ce texte est une traduction d’un contenu de CTV News.

La paix est quelque chose que l’homme lui-même cherche encore. On pense que la dépouille de son fils, Patrick Mazerolle, se trouve toujours sur le champ de bataille en Ukraine, neuf mois après qu’il a été tué lors d’une attaque de drone russe.

Il Mazerolle estime que d’autres familles canadiennes, ainsi que des centaines, voire des milliers d’autres à travers le monde, ont dû faire face à la même réalité tragique : leur fils ou leur fille a été tué sur le champ de bataille ; leur dépouille n’a pas encore été récupérée.

Le 15 février 2025, Patrick Mazerolle, alors âgé de 23 ans et originaire d’Inkerman, au Nouveau-Brunswick, est parti pour l’Europe. Patrick avait dit à ses parents qu’il partait pour deux semaines de vacances au Royaume-Uni. Une tempête de neige a empêché Patrick de prendre son premier vol pour le Royaume-Uni. Les larmes aux yeux, son père raconte à CTV News qu’il avait en fait acheté le billet d’avion pour son fils, pensant lui rendre un service paternel.

«Si j’avais su quel était son véritable plan, j’aurais déchiré son passeport sur-le-champ.»

—  Marc Mazerolle

En localisant le cellulaire de son fils à l’étranger, le père de famille s’est rapidement rendu compte que Patrick n’était pas au Royaume-Uni.

«Une fois que j’ai réussi à le joindre, il n’y avait aucun moyen de le faire changer d’avis. Il était là-bas, dans son esprit, pour la bonne raison. Ces gens (en Ukraine) avaient besoin d’aide, et il allait les aider.»

Patrick n’est pas ukrainien et n’avait aucun lien familial ou personnel avec l’Ukraine. Il se sentait simplement poussé à aider et à se joindre au combat. Patrick s’était auparavant enrôlé dans l’armée canadienne, mais il avait fini par abandonner, estimant que cela ne lui convenait pas.

Ukraine war news: Canadian's remains Patrick Mazerolle est parti se battre pour l'Ukraine à l'âge de 23 ans. (Courtoisie: Famille Mazerolle)

CTV News a appris que Patrick s’était enrôlé pour combattre au sein de la troisième brigade d’assaut ukrainienne, au sein du premier bataillon international de fusiliers. Pendant 94 jours, il a combattu près de la ligne de front dans l’est de l’Ukraine. Le 1er septembre 2025, Patrick a été tué lorsqu’un éclat d’obus provenant d’une attaque de drone l’a atteint à la tête.

CTV News a interviewé deux combattants étrangers qui étaient avec Patrick le jour où il a été tué. Ils nous ont demandé de ne pas divulguer leurs noms complets et de n’utiliser que leurs indicatifs d’appel dans le cadre de cet article.

Tarzan est originaire d’Afrique du Sud. Odin, qui s’était auparavant enrôlé dans la Marine des États-Unis, a grandi en Floride.

Peu après avoir été envoyés tous les deux au front, ont-ils raconté, ils ont rencontré Patrick. Ils attribuent tous deux à Patrick le mérite de leur avoir sauvé la vie pendant leurs premiers jours d’angoisse sur le front. Patrick leur a montré comment se déplacer d’une position à l’autre sous le feu incessant de l’artillerie russe.

Ils racontent qu’à plusieurs reprises, ils ont vu Patrick courir sous le feu ennemi pour récupérer un soldat tombé au combat, sauvant ainsi de nombreuses vies.

«Il a couru dans un champ à découvert pour aller chercher un soldat. Il y avait des drones au-dessus de nos têtes. Couvert de sang, il a simplement couru là-bas et a attrapé ce soldat, sans aucune couverture pour le protéger.»

—  Odin

«Il était là pour sauver son camarade ce jour-là, et ce n’était pas la première fois. Une autre fois, un gars s’est évanoui, et un soldat ukrainien l’a laissé derrière, mais Patrick est retourné le chercher. Voilà le genre de personne qu’était Patrick. Il voulait toujours aider sans craindre de perdre la vie», explique Tarzan.

Patrick a passé des semaines sur la ligne de front avec Odin et Tarzan, alors qu’ils travaillaient ensemble pour échapper à la mort et défendre le front.

«Lentement, mais sûrement, tout le monde autour de nous a commencé à mourir ou à être gravement blessé.»

«Finalement, il ne restait plus qu’Odin, Pat et moi pour protéger une vaste zone le long du front», raconte Tarzan.

Le jour où Patrick a été tué, ils se mettaient à l’abri d’un «bombardement très, très intense», selon Tarzan. Odin et Patrick étaient serrés l’un contre l’autre sous un arbre tombé. Tarzan se trouvait derrière un autre arbre, à l’abri. Une fois le barrage terminé, Odin a crié: «Tout le monde va bien?»

Tarzan a répondu. Patrick est resté silencieux.

Les deux soldats ont indiqué à CTV News qu’il semblait que les éclats d’obus aient tué Patrick sur le coup.

Deux jours plus tard, M. Mazerolle dit avoir été contacté par un soldat qui lui a annoncé que son fils avait été tué au combat. Deux semaines plus tard, il a reçu le même appel du gouvernement canadien. Il a fallu près de trois semaines à l’armée ukrainienne pour lui faire savoir que son fils avait été tué.

Depuis, il s’efforce de faire rapatrier la dépouille de son fils au Canada, avec une aide limitée de la part des gouvernements canadien ou ukrainien.

«Je sais exactement où se trouvent les restes de Patrick, à environ 20 mètres près, dans l’est de l’Ukraine. Il est près de Louhansk, près de la frontière russe sur le front est. Les bombardements y sont constants, nous ne pouvons pas l’atteindre», explique Marc Mazerolle.

Les combattants méritent d’être «enterrés dignement»

Constatant une lacune flagrante dans le système pour les familles du monde entier, Marc Mazerolle a maintenant lancé sa propre organisation, appelée la Ligue internationale des prisonniers de guerre et des disparus au combat pour les familles de la guerre en Ukraine. Des familles au Canada et partout dans le monde ont commencé à le contacter pour lui demander de l’aide afin de localiser les restes de leurs proches qui sont actuellement toujours portés disparus.

«Mon objectif, en tant qu’organisation, est de rassembler toutes les familles du monde entier, ainsi que d’autres organisations partageant les mêmes idées, et de créer une plaque tournante à Kyiv à partir de laquelle tout le monde pourra travailler ensemble», explique le père.

«Il y a 90 pays impliqués dans la guerre en Ukraine. Des combattants étrangers, tant du côté ukrainien que russe, sont morts sans que l’on sache ce qu’il leur est advenu. Nous voulons aider les familles, quel que soit le camp pour lequel leur proche a combattu. Ce sont des êtres humains, comme mon fils, ils méritent d’être retrouvés et enterrés dignement.»

—  Marc Mazerolle

«Ce que nous essayons de mettre en place, c’est une gamme complète de services, allant de la récupération des dépouilles à l’analyse ADN, en passant par l’accès aux voies légales appropriées en Ukraine, pour finalement ramener les dépouilles de leurs proches chez eux, auprès de leur famille», ajoute-t-il.

Un an jour pour jour après le départ de son fils pour l’Ukraine, Marc s’est rendu à son tour à Kyiv à la recherche de réponses, à la recherche de la dépouille de son fils, et dans le but d’obtenir du soutien pour aider son organisation à démarrer. Ce qu’il a découvert, c’est un système mal préparé pour aider des familles comme la sienne, et certaines organisations qui tentaient de tirer profit de la guerre et de la tragédie qui s’en est suivie.

Ukraine war news: Canadian's remains Patrick et Marc Mazerolle posent ensemble pour une photo. (Courtoisie: Famille Mazerolle)

CTV News a contacté l’armée ukrainienne pour lui demander ce qu’elle avait fait pour aider la famille Mazerolle à récupérer la dépouille de leur fils.

Un courriel indique notamment que «depuis la 3e brigade d’assaut indépendante, le commandement de la brigade maintient une communication constante avec la famille de Patrick Mazerolle. De plus, l’ambassade du Canada en Ukraine est au courant de la situation de Patrick Mazerolle.»

Cependant, depuis des mois, la famille Mazerolle affirme attendre la confirmation que l’ADN de Patrick, qu’elle a fourni ainsi que celui de son père Marc, a bien été enregistré dans la base de données ukrainienne.

Affaires mondiales Canada a refusé de commenter ce que le gouvernement canadien peut faire pour aider des familles comme celle des Mazerolle, dont les enfants sont partis se battre aux côtés de l’Ukraine et sont désormais portés disparus.

Pour M. Mazerolle, le rapatriement de la dépouille de son fils signifierait tout pour lui. Il se rend toutefois compte qu’il devra peut-être attendre la fin de la guerre pour pouvoir se rendre là où son fils a été tué, afin de le ramener chez lui pour qu’il soit enterré au Nouveau-Brunswick.

«Que Dieu bénisse son âme. Patrick ne mérite pas d’être laissé là, couché sur le sol, après le sacrifice qu’il a fait. Il n’est pas le seul. Il y a tant de familles qui cherchent encore leur proche disparu, enlevé par cette horrible guerre», dit M. Mazerolle, les larmes coulant sur son visage.

Pour lui, le temps n’a pas réussi à panser la blessure causée par la perte de son fils unique. Même si le ramener à la maison pourrait lui apporter un certain apaisement.

«Mon fils Patrick est parti en mission. Je ne vais pas là-bas pour prendre les armes, mais je vais mener cette mission à bien pour lui et le ramener au Canada, d’une manière ou d’une autre», souligne M. Mazerolle.