Après la mort de trois policiers au Canada au cours des deux dernières semaines, un expert en criminologie affirme que le nombre de décès de policiers en service cette année reste dans la moyenne historique, les données montrant que le métier de policier est globalement plus sûr aujourd’hui qu’au cours des décennies précédentes.
Mohamed Lamine Benredouane, 34 ans, agent de police de Montréal, a été abattu lundi après avoir répondu à un appel au 911 signalant la présence d’un tireur dans un hôtel du quartier de Côte-des-Neiges. Un civil a également été tué, tout comme le suspect. Un deuxième agent de police a été blessé.
Cet incident fait suite au décès de deux agents en Ontario, survenus à deux jours d’intervalle plus tôt dans le mois.
L’agent Tarun Bali, 29 ans, de la Police provinciale de l’Ontario, a été tué à Hearst, en Ontario, le 9 juin alors qu’il tentait d’intercepter un véhicule en fuite. L’agent Marc Pinizzotto, 43 ans, de la police de Toronto, a été abattu le 11 juin alors que des agents effectuaient une perquisition dans le cadre d’une opération liée à des enquêtes sur plusieurs fusillades, dont celle survenue au consulat américain en mars. Dans chaque affaire, un suspect a été inculpé de meurtre au premier degré.
Justin Piché, professeur de criminologie à l’Université d’Ottawa, estime que ces décès de policiers survenus en peu de temps ne témoignent pas nécessairement d’une nouvelle tendance.
M. Piché, qui a recueilli et analysé des données sur les décès de policiers canadiens au cours des 64 dernières années, a déclaré que les chiffres actuels s’inscrivent dans la fourchette historique, compte tenu du fait que le nombre de policiers a considérablement augmenté depuis 1962.
«Le nombre de décès ainsi que le taux de mortalité des policiers en service étaient, d’une manière générale, bien plus élevés dans les années 1960, 1970 et au début des années 1980», a-t-il déclaré mardi lors d’un entretien téléphonique.
Selon un rapport récent de M. Piché, 416 policiers sont décédés en service à travers le Canada au cours de la période étudiée, soit une moyenne d’environ 6,5 décès par an.
Les années les plus meurtrières pour les policiers au cours de cette période de 64 ans ont été 1962 et 1968, qui ont chacune enregistré 16 décès de policiers en service, indique le rapport. Vient ensuite l’année 1964, avec 15 décès de ce type.
M. Piché a souligné que les policiers sont plus susceptibles de mourir dans un accident que d’être tués intentionnellement, 58 % du total des décès en service étant dus à des accidents.
Le rapport a également noté que, bien qu’il y ait eu un pic en 2023 après le décès de huit policiers en service cette année-là — dont six à la suite d’actes de violence intentionnelle —, aucun décès de policier en service n’a été enregistré en 2024 et 2025.
Les accidents de la route constituent la principale cause de décès des policiers en service au Canada, avec 160 décès sur un total de 416. Les coups de feu intentionnels arrivent en deuxième position, avec 149 décès, selon le rapport.
«Je pense que, même si le métier de policier revêt une forte dimension symbolique, il existe d’autres catégories de travailleurs au Canada qui meurent dans l’exercice de leur métier à un taux plus élevé que les policiers », a-t-il déclaré, ajoutant que des secteurs tels que la pêche, l’exploitation minière, la sylviculture et le bâtiment présentent généralement des taux de décès au travail plus élevés que ceux de la police.
«Cela ne vise pas à minimiser les décès de quiconque ni d’aucun groupe de travailleurs, mais le fait est que le métier de policier, en termes de risques de décès liés au travail, est moins dangereux que celui pratiqué dans un certain nombre d’autres secteurs.»
