Plus les parents sont devant leur cellulaire ou autre écran, plus cela affecte le développement global de leur enfant, et ce, dès un jeune âge. C’est l’un des nombreux éléments qui ressort d’un nouveau rapport qui s’appuie sur les données de la deuxième édition de l’étude longitudinale Grandir au Québec.
Le rapport publié mercredi par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) s’intitule «Jouer pour grandir: comprendre les liens entre les activités et le développement des enfants à 2 ans et demi».
On mentionne plusieurs activités qui sont bénéfiques pour le développement de l’enfant. Par exemple, les enfants qui jouent avec du matériel artistique et qui font des jeux d’imitation au moins une fois par semaine sont moins susceptibles d’être vulnérables sur le plan du développement global à environ 2 ans et demi .
Il en va de même pour les enfants qui vont jouer dehors de cinq à sept jours par semaine et ceux qui pratiquent un sport ou une activité physique avec un instructeur. Les mêmes bienfaits s’appliquent lorsque les parents font la lecture, chantent des chansons ou jouent avec l’enfant à des jeux portant sur les nombres.
«Les enfants qui se font faire la lecture par un adulte de la maison plus d’une fois par semaine à environ 2 ans et demi sont moins susceptibles d’être vulnérables sur le plan du développement global que ceux qui bénéficient moins souvent de ce type d’activité. De plus, les enfants qui ont accès à au moins 11 livres pour enfants à la maison sont moins enclins à être vulnérables sur le plan du développement global que ceux qui ont accès à un moins grand nombre de livres», précise le rapport.
Les répercussions de l’écran chez les parents
Les effets du temps d’écran chez les jeunes sont bien documentés, mais même en bas âge cela a un impact. L’utilisation intensive des écrans, c’est-à-dire pendant plus de quatre heures par jour durant la petite enfance, est associée à des risques de retard de développement dans les domaines cognitifs, moteurs, sociaux et langagiers.
De plus, les habitudes d’utilisation des écrans des parents peuvent aussi être liées au développement de l’enfant. Une recherche publiée en 2024 dans la revue Frontiers in Psychology montre que chaque heure d’utilisation quotidienne des écrans par les parents est associée à une diminution du score global de développement chez leur enfant.
La technoférence est également associée à de moins bonnes compétences socioémotionnelles. «Lorsque les parents utilisent un écran en présence de leur enfant, ils peuvent accorder moins d’attention à ses questions et réponses, adopter un ton moins chaleureux et être moins attentifs à ses signaux, ce qui peut nuire à son développement.»
On met par ailleurs en garde contre un cercle vicieux qui peut s’installer lorsqu’on a recours aux écrans pour aider un enfant qui a du mal à gérer ses émotions. Cela freine ses capacités d’autorégulation et il aura besoin de l’écran pour se calmer, ce qui contribue à renforcer ce type d’usage des écrans par le parent.
On nuance toutefois que les écrans offrent des possibilités intéressantes, notamment les jeux et les applications éducatives. De plus, l’utilisation conjointe des écrans entre le parent et l’enfant est liée à «un enrichissement du vocabulaire», un effet encore plus marqué pour les familles où les pratiques de littératies, comme la lecture, sont moins présentes.
Pour déterminer la vulnérabilité de l’enfant sur le plan de son développement, les parents de l’étude Grandir au Québec ont répondu à un questionnaire sur les étapes de leur enfant dans cinq domaines: motricité fine, motricité globale, communication, résolution de problèmes et aptitudes sociales et individuelles. Les enfants considérés comme étant vulnérables sur le plan du développement global sont ceux dont le score total au questionnaire se situe au 15e percentile ou moins.
Les enfants visés dans l’étude Grandir au Québec sont nés en 2020-2021 de mères résidant au Québec. L’échantillon initial admissible au suivi longitudinal comptait 4703 enfants.

