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Son chandail fait partie de l’histoire du baseball canadien

Karla Courtney a tricoté un chandail pendant les séries éliminatoires des Blue Jays.

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Karla Courtney a tricoté un chandail pendant les matchs des Blue Jays. Il est ensuite entré dans l'histoire de l'équipe au Canada. (Via CTV News) Karla Courtney a tricoté un chandail pendant les matchs des Blue Jays. Il est ensuite entré dans l'histoire de l'équipe au Canada. (Via CTV News)

Karla Courtney était submergée par l’émotion en entrant au Musée canadien de l’histoire, où elle a découvert pour la première fois son chandail tricoté à la main, fièrement exposé sur un mannequin.

Ce projet passionné, dédié à ses chers Blue Jays, est devenu un objet de collection sportive ancré dans l’histoire du Canada.

«Je ne sais pas pourquoi ça me fait pleurer», a confié Karla Courtney en s’approchant du vêtement qu’elle avait créé l’automne dernier, alors que les Blue Jays se battaient en séries éliminatoires.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

«Est-ce que je peux le serrer dans mes bras? Ai-je le droit de le toucher maintenant qu’il est dans un musée ?», a-t-elle demandé, en tendant la main vers cet objet qui avait autrefois captivé l’attention du monde entier et qui est désormais préservé pour les générations futures.

«Même si j’avais rêvé d’une telle coïncidence entre ma passion pour le tricot et celle pour le baseball, je n’aurais jamais imaginé, même dans mes rêves les plus fous, que quelque chose que j’avais créé se retrouverait dans ce genre d’institution», a-t-elle ajouté.

Son chandail fait désormais partie de la plus grande collection sportive du pays.

«Nous pensons que le sport peut raconter de belles histoires sur le Canada et l’identité canadienne», a expliqué Sarah Barnes, conservatrice du musée chargée du sport et des loisirs. Elle a ajouté : «Cela nous a semblé être un moyen d’aller au-delà des simples livres des records ou des statistiques et de vraiment parler de la façon dont le sport est vécu dans le pays.»

Mme Courtney a commencé à tricoter ce chandail des séries éliminatoires lorsque les Blue Jays de Toronto se sont qualifiés pour les séries éliminatoires l’année dernière. En tricotant uniquement les jours de match, le vêtement et une histoire remarquable sur le pouvoir du sport à rassembler ont pris forme.

«C’est une merveilleuse façon de se souvenir de l’esprit, de la passion et de l’enthousiasme qui animaient cette équipe pendant cette incroyable série éliminatoire», a indiqué Mme Barnes.

Mme Courtney est une fan de longue date des Blue Jays qui vit désormais à Brighton, au Royaume-Uni, où elle a commencé à tricoter ce chandail. Elle explique que cela l’a aidée à tenir le coup pendant les matchs tardifs qu’elle regardait seule.

«Tout d’abord, pour me calmer les nerfs, mais aussi pour me dire: “Les Blue Jays vont aller jusqu’en finale de la Série mondiale parce que je dois finir ce chandail”, alors je ne tricotais que les jours de match», a-t-elle dit. Et tandis qu’elle continuait à tricoter, les Blue Jays continuaient à gagner.

Elle est finalement rentrée chez elle à Toronto l’automne dernier pour voir son équipe en personne, réalisant ainsi le rêve de toute une vie: regarder l’équipe disputer les séries éliminatoires tout en tricotant à l’intérieur du Rogers Centre.

Un baiser et une tache de moutarde

Le chandail a commencé à prendre vie, les fans reconnaissant Courtney au stade ou lors de soirées de visionnage où elle continuait à tricoter.

Le chandail a même été embrassé par le manager des Blue Jays, John Schneider, à l’extérieur du Rogers Centre.

C’est le fruit de 15 matchs de baseball, dont les couleurs sont imprégnées de souvenirs marquants : il y a de la moutarde provenant d’un hot-dog de 30 cm, et une tache brune sur le devant, là où Courtney a laissé tomber sa laine dans l’excitation du grand chelem d’Addison Barger contre les Dodgers de Los Angeles. Elle regardait le match depuis Nathan Phillips Square à ce moment-là.

«Ce qui me touche le plus, c’est le fil que j’ai laissé pendre au niveau du poignet lors du septième match», a soutenu Mme Courtney, qui a admis ne pas avoir terminé le chandail en raison de la façon dont la Série mondiale s’est terminée.

Karla Courtney a partagé ces photos d'elle-même en train de réaliser son rêve de baseball : tricoter à l'intérieur du Rogers Centre. Karla Courtney a partagé ces photos d'elle-même en train de réaliser son rêve de baseball : tricoter à l'intérieur du Rogers Centre. (Via CTV News)

«Ce n’est pas parce que je voulais laisser ce fil en suspens, (mais) parce qu’il restait encore deux retraits et que ça ne s’est pas tout à fait passé comme on le voulait», a-t-elle précisé.

Le chandail, qui se trouve désormais au Musée canadien de l’histoire, a été soumis à un processus de quarantaine, procédure standard pour tout nouvel objet acquis par le musée afin de s’assurer qu’aucun hôte indésirable, comme des mites, ne s’introduise dans la collection.

«Je suis heureuse que le chandail trouve sa place ici. C’est un chandail canadien, l’histoire du Canada. Et maintenant, je suppose qu’il se trouve en quelque sorte au cœur du Canada», a-t-elle lâché.

Lien familial

Son histoire avec les Blue Jays a commencé alors qu’elle n’avait que sept ans. Pendant les étés passés à Terre-Neuve, sa grand-mère lui a appris à tricoter tout en surveillant les garçons.

«Je tricotais et on regardait les matchs de baseball, je tricotais des chandails pour mes jouets», a-t-elle raconté, qui admet que sa grand-mère ne serait peut-être pas en mesure de comprendre tout ce qui s’est passé avec ce chandail et son pouvoir de rassemblement.

«Elle tricotait pour l’utilité, alors ma grand-mère élevait ses propres moutons, les tondait et transformait leur laine en fil. Elle tricotait presque tout ce que ma famille portait», a mentionné Mme Courtney, qui est émue rien qu’en parlant de la femme qui l’a inspirée.

Sa grand-mère envoyait sa laine à Briggs and Little Woolen Mills Ltd. au Nouveau-Brunswick. Cette même filature a désormais créé une «couleur Blue Jays» spéciale pour la laine en l’honneur de cette histoire et pour aider d’autres fans à réaliser leurs propres créations.

La société Briggs and Little Woolen Mills Ltd., située au Nouveau-Brunswick, a créé un fil bleu spécial inspiré des Blue Jays. La société Briggs and Little Woolen Mills Ltd., située au Nouveau-Brunswick, a créé un fil bleu spécial inspiré des Blue Jays.

«Cette histoire revêt une signification particulière pour nous, car la grand-mère de Karla envoyait sa propre toison à Briggs & Little pour qu’elle soit filée — une tradition partagée par de nombreuses familles de Terre-Neuve», a souligné Leah Little, s’exprimant au nom de la filature.

«Voir ce lien boucler la boucle, des générations passées à un chandail tricoté avec notre fil par des centaines de personnes, est vraiment spécial», a-t-elle précisé.

Karla Courtney a tricoté un autre chandail, qu’elle porte fièrement, ayant remplacé l’original désormais acquis par le musée.

«Le fait que je puisse aujourd’hui, même si ce n’est pas l’original, porter un chandail fabriqué avec de la laine provenant de la toison que ma grand-mère envoyait autrefois est tellement spécial», a-t-elle dit.

Les tricoteurs et les fans des Jays s’unissent

Face à l’engouement suscité par le chandail et son histoire, Mme Courtney a rédigé un patron pour aider les autres à créer le leur. Une partie des recettes est reversée à la Jays Care Foundation, l’organisme caritatif des Blue Jays de Toronto.

Le patron ne comprend pas le logo des Jays, pour des raisons de droits de propriété, mais Courtney explique qu’elle donne des conseils pour que chacun puisse créer le sien, encourageant ainsi d’autres tricoteurs à s’essayer à la confection d’un chandail.

«Ce n’est pas le mien, c’est celui de tout le monde. Je veux dire, c’est Internet qui l’a rendu populaire, c’est vous qui l’avez rendu populaire», a-t-elle dit en faisant un geste vers les caméras de CTV News. «Je pense que tout le monde devrait y participer.»

Cette saison, Karla Courtney prévoit de confectionner une «écharpe de saison» et encourage tous les tricoteurs – débutants comme expérimentés – à se joindre à elle. À chaque match, elle tricote une rayure bleue pour une victoire et une rayure blanche pour une défaite.

«Il y a un peu plus de laine blanche que je ne le souhaiterais pour l’instant, mais nous ne sommes qu’en avril et je pense que les Blue Jays savent que les espaces blancs sont à la mode, donc ça ne me dérange pas d’avoir un peu d’espace blanc», a-t-elle dit en riant.