Il aurait eu 35 ans cette semaine.
Ce texte est une traduction d’un contenu de CTV News.
Mais Brody LeBlanc n’a vécu que jusqu’à 33 ans – et son père s’efforce aujourd’hui de faire en sorte que davantage de familles aient la chance de voir leurs enfants vieillir.
Il y a 16 mois, Brody a fait une surdose et est décédé sur le réseau de sentiers de Fredericton, à moins de 200 mètres de la maison de son père, Rick LeBlanc. Un mélange de drogues a été retrouvé dans son organisme, notamment du carfentanil, l’un des opioïdes les plus puissants et les plus dangereux.
M. LeBlanc explique que son fils luttait contre la toxicomanie depuis des années, mais que derrière la drogue se cachait une âme brillante, créative et bienveillante, qui avait le don de voir les gens et les lieux d’un œil différent.
«Les gens du Nouveau-Brunswick ont tendance à simplement rejeter les toxicomanes et à les traiter comme s’ils appartenaient à une classe inférieure. Et, vous savez, en tant que père d’un toxicomane qui a grandi dans une famille de classe moyenne et a eu une éducation normale, je trouve cela tout à fait injuste.»
— Rick LeBlanc

Il s’exprime après que la police de Fredericton a publié des statistiques montrant que le nombre de surdoses – et de décès – a considérablement augmenté au cours des dernières années.
En 2023, les forces de l’ordre sont intervenues dans 54 cas de surdose, dont trois ont entraîné la mort.
En 2024, le nombre de surdoses a presque doublé, avec 97 appels et huit décès.
En 2025, la police de Fredericton est intervenue dans 162 cas, et neuf personnes sont décédées.
Jusqu’à présent en 2026, elle a répondu à 61 appels.
Si les surdoses et les décès apparaissent sous forme de chiffres, M. LeBlanc affirme que ces chiffres représentent de vraies personnes. Il connaît certains d’entre eux personnellement depuis qu’il a créé un groupe appelé «Friends Understanding Addictions», où les proches et les personnes dépendantes ont trouvé du soutien en parlant de leurs difficultés.
«Brody était un bon garçon et nous l’avons perdu. D’autres familles perdent leurs bons garçons. Et c’est ça le message : ce sont de bons garçons. Ce sont de bonnes personnes. Ils vivent des situations difficiles que nous devons mieux comprendre avant d’en perdre d’autres», a-t-il dit.
Neuf surdoses en 48 heures
La police de Fredericton a lancé un avertissement la semaine dernière après que des agents sont intervenus pour neuf surdoses en 48 heures.
Bien que la police n’ait pas pu confirmer la drogue exacte à l’origine de cette flambée, le chef des enquêtes criminelles a déclaré lundi aux journalistes que le marché des drogues illicites était devenu extrêmement dangereux.
«Nous constatons la présence de substances très puissantes et très toxiques dans l’offre. Et il s’agit d’un approvisionnement illicite. C’est un marché non réglementé», a expliqué le sergent d’état-major Rick Mooney.

La police met en œuvre des mesures de répression pour lutter contre le trafic de drogue et l’approvisionnement en drogues illicites.
Cependant, la Loi du bon samaritain offre une protection juridique à toute personne – y compris la personne en surdose, ou toute personne en probation, en liberté conditionnelle ou sous caution pour des infractions liées à la possession – qui appelle les secours en cas de surdose. Le sergent Mooney a soutenu que lorsque les agents répondent à ces appels, c’est pour sauver des vies, pas pour procéder à des arrestations.
«Ce sont des personnes qui font du trafic et qui approvisionnent la communauté, et c’est pour l’argent. Ce n’est pas une question de se soucier de la pureté du produit», a dit M. Mooney.
«C’est donc là notre principale préoccupation. La principale préoccupation est que les gens ne savent peut-être pas ce qu’ils prennent et que cela provoque ces surdoses.»
— Sergent Rick Mooney, chef des enquêtes criminelles de la police de Fredericton
Dans une déclaration envoyée par courriel, un porte-parole de la GRC du Nouveau-Brunswick a indiqué qu’il n’était pas en mesure de fournir des statistiques sur le nombre de surdoses auxquelles les agents ont répondu, car ces chiffres ne sont pas «nécessairement suivis, étant donné que nous ne sommes pas toujours appelés à intervenir lors d’urgences médicales liées à une surdose.»
«Il est important de comprendre qu’un appel pour surdose est, par nature, une urgence médicale et pas nécessairement une affaire criminelle. Nous n’avons peut-être pas été appelés pour intervenir dans chaque incident s’il n’y avait pas de crime à enquêter», a écrit le caporal Hans J. Ouellette.
Le caporal Ouellette a toutefois précisé qu’il y avait «des drogues extrêmement dangereuses, voire mortelles, en circulation».
Trouver des solutions, faire preuve de compassion
M. LeBlanc a indiqué que Brody avait tenté d’obtenir de l’aide une douzaine de fois, mais que pour intégrer un programme de réadaptation, il devait être sobre. De plus, pour devenir sobre, il devait suivre une cure de désintoxication.
«Il n’y arrivait pas. Le système dans son ensemble doit donc se mobiliser et dire qu’il faut changer les choses, car si nous pensons que le problème va disparaître, nous nous trompons lourdement», a-t-il indiqué. «Et la preuve en est ici, à Fredericton.»
M. LeBlanc suggère que le problème sous-jacent pour de nombreuses personnes aux prises avec une dépendance est leur bien-être mental. Il estime que le système doit d’abord s’attaquer à la maladie mentale de l’individu pour qu’une sobriété à long terme puisse être atteinte.
«Ce que je constate ici, dans ma province natale, c’est que nous ne nous en occupons pas dans les cabinets médicaux, car beaucoup de gens n’ont pas de médecin. Si vous allez à l’hôpital, les psychiatres ne sont pas spécialisés dans les dépendances, alors ils renvoient la personne chez elle, alors que ce dont elle a besoin, c’est de quelqu’un qui lui dise: “Je peux t’aider”», a-t-il déclaré.
Warren Maddox en est le témoin direct.
Le directeur des refuges pour sans-abri de Fredericton estime qu’entre 10 et 15 % des personnes que son organisme à but non lucratif tente d’aider ont besoin d’un cadre institutionnel plus spécialisé pour les aider à gérer leur dépendance et leur traitement en santé mentale.

Il a expliqué avoir tenté de discuter avec le gouvernement provincial afin de renforcer le processus permettant de déclarer une personne inapte, pour qu’elle puisse bénéficier d’un traitement. M. Maddox a suggéré qu’au lieu d’un processus juridique impersonnel, il pourrait envisager un comité composé d’un psychiatre, d’un avocat, d’un ergothérapeute, d’un travailleur social et d’un fournisseur de logement.
«Ensuite, vous vous réunissez à cinq ou six et vous discutez des besoins de Billy. Où en est-il? Eh bien, Billy a un vrai problème avec la méthamphétamine en ce moment, mais il y a quelque chose de sous-jacent. Comment gérons-nous cela? Eh bien, envoyons-le à l’hôpital Restigouche pour 30 ou 60 jours, pour voir si on peut dissiper le brouillard, clarifier la situation et déterminer quel est ce problème sous-jacent», a-t-il affirmé.
D’autres provinces travaillent sur ce type de législation.
Au début du mois, la Saskatchewan a déposé le Compassionate Intervention Act, qui permettrait à un comité de professionnels de décider si une personne a besoin d’un traitement en établissement.
M. LeBlanc n’est pas certain du calendrier exact ni du processus, mais il convient que le système de réadaptation doit être amélioré.
«Nous avons besoin d’un système qui offre un peu plus de garde-fous pour nous tous, afin que nous puissions aider la personne lorsqu’elle est en réadaptation», a-t-il exprimé. «Et nous devons la traiter avec de l’amour et de l’empathie.»
Avec des informations de Rory MacLean pour CTV News

