Alors que Katherine Paroussis parle avec tendresse de son fils, Dante Johnson-Wells, elle souligne une chose qui ressort particulièrement chez ce soldat de 26 ans aujourd’hui décédé.
«Il avait à cœur de réparer les torts et de trouver tous les moyens possibles pour faire une différence», a-t-elle dit à CTV News Toronto lors d’une récente entrevue.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Ces ambitions ont conduit cet ancien réserviste des Forces armées canadiennes (FAC) en Ukraine plus tôt cette année, où il a combattu et est mort aux côtés de membres de l’armée ukrainienne à la suite de l’invasion russe de 2022.
Originaire de Markham, en Ontario, la passion de Dante Johnson-Wells pour le service militaire a commencé dès l’âge de 12 ans, quand il s’est joint aux cadets de l’Armée de Port Perry. Par la suite, il a suivi le programme de formation de pompier au Collège Seneca avant de se joindre à la réserve, où il a servi pendant sept ans.
Mme Paroussis a expliqué que, pendant cette période, son fils avait participé à plusieurs déploiements avec les Forces armées canadiennes (FAC), dont certains comprenaient des missions de l’OTAN visant à soutenir des exercices d’entraînement en vue de la guerre en Ukraine. Elle ne pouvait pas révéler les détails de ces missions pour des raisons de confidentialité, mais ce sont ces expériences qui ont façonné l’engagement de son fils dans l’effort de guerre ukrainien, bien au-delà de son rôle au sein des FAC.

«Il disait qu’il y avait une crise humanitaire (en Ukraine), que ces gens se battaient pour leur simple survie, et il avait l’impression qu’ici (au Canada), on ne pouvait pas faire grand-chose pour les aider, et qu’il voulait participer à l’effort humanitaire sur le terrain», a-t-elle expliqué, ajoutant que son fils était profondément motivé par cette cause, même s’il n’avait lui-même aucune ascendance ukrainienne.
Pendant des années, Dante Johnson-Wells a noué et entretenu des liens avec ses contacts militaires en Ukraine, dans le but de devenir un jour infirmier de peloton d’infanterie grâce à son expérience de pompier, s’est souvenu sa mère.
Après un déploiement en décembre 2025, il a décidé de quitter volontairement les FAC. Deux mois plus tard, il était dans un avion à destination de la Pologne, d’où il allait se rendre en train en Ukraine, jusqu’aux lignes de front.
«C’était vraiment un gros risque. Mais c’était un soldat tellement déterminé, intelligent et bien entraîné qu’il a réussi certains tests et, malgré ce qu’on lui avait dit, il a pu commencer la formation de secouriste au sein de la brigade étrangère de l’armée ukrainienne», a raconté Mme Paroussis.
13 juin
Au début du mois de juin, Dante Johnson-Wells et son peloton ont été chargés de nettoyer des lisières de forêt quelque part dans la zone de guerre. Selon sa mère, le groupe avait déjà perdu certains de ses membres à ce moment-là.
Bien qu’on sache peu de choses sur les circonstances qui ont mené à sa mort, Mme Paroussis a expliqué que son fils avait été touché par balle à un moment donné et qu’il était décédé 36 heures plus tard, le 13 juin. Avant qu’il ne meure, ses camarades de section l’ont porté sur plus de 5 kilomètres à la recherche d’une aide médicale.
«Il n’était pas seul. Et ses camarades ne l’ont pas laissé tomber.»
— Katherine Paroussis, mère de Dante Johnson-Wells
Mme Paroussis n’avait pas eu de nouvelles de son fils depuis plusieurs jours avant d’apprendre son décès le 24 juin.
Selon elle, les contacts sporadiques étaient devenus la norme en raison de la nature de son travail militaire et on lui avait demandé de ne pas le joindre à moins qu’il ne prenne contact en premier. Alors, quand elle a vu un appel entrant provenant d’un numéro ukrainien, elle a été soulagée.
«J’ai cru que c’était lui qui m’appelait pour me dire qu’il était de retour et qu’il allait bien. Mais dès que j’ai entendu que c’était la voix de quelqu’un d’autre, j’ai tout de suite compris, et j’ai tout laissé tomber», a-t-elle dit, en ajoutant qu’elle était avec Michael, le demi-frère de Dante Johnson-Wells âgé de 5 ans, au moment où elle a reçu la nouvelle.
L’appel ne venait pas d’un responsable canadien ou ukrainien, mais plutôt de quelqu’un décrit comme «une personne» qui connaissait des «détails personnels» sur son fils que seul un camarade de régiment pouvait connaître, a révélé la mère.
«J’étais vraiment sous le choc. Je ne me souviens même pas de ce que j’ai dit. C’était probablement quelque chose comme: “T’es sûr?” Parce que Dante m’avait mise en garde contre le fait que certaines familles se faisaient exploiter, et on avait parlé de certains mots de passe (pour vérifier l’authenticité de la correspondance)», a-t-elle mentionné en entrevue.

«Mais cette personne connaissait des détails personnels. Une partie de moi voulait croire que c’était juste un canular, mais une autre partie de moi, en entendant certains détails, a compris que seul quelqu’un qui était sur place aurait pu les connaître», a-t-elle avoué. «Il m’a dit que mon fils était le meilleur soldat, guerrier et infirmier avec qui il avait eu le privilège de travailler.»
Elle a appelé l’ambassade du Canada en Ukraine le lendemain pour confirmer la nouvelle. D’après ce que comprend Mme Paroussis, la personne qui l’a appelée pour lui annoncer la mort de son fils a été tuée le lendemain alors qu’on cherchait à le «venger».
Affaires mondiales Canada n’a pas pu fournir de détails, invoquant des raisons de confidentialité, mais a confirmé être au courant du décès d’un citoyen canadien en Ukraine lorsqu’on lui a posé des questions au sujet de Dante Johnson-Wells. «On présente nos plus sincères condoléances à la famille et aux proches», a-t-on ajouté.
Les demandes de commentaires adressées aux Forces armées ukrainiennes sur le décès de Dante Johnson-Wells sont restées sans réponse.
«Je ne voulais absolument pas qu’il parte»
Trois jours après le début de l’invasion russe de l’Ukraine, le président Volodymyr Zelenskyy a annoncé que son pays avait besoin de combattants et que les étrangers étaient les bienvenus sur les lignes de front.
Même si rien n’empêche des citoyens canadiens de se battre pour l’Ukraine, Ottawa leur conseille d’éviter tout voyage dans la région en raison du conflit en cours.
Affaires mondiales avait précédemment déclaré à CTV News qu’il ne tenait pas de registre des Canadiens servant dans des unités de volontaires en Ukraine, ni du nombre de ceux qui ont été tués ou blessés au combat.
Quand Dante Johnson-Wells a parlé pour la première fois à sa mère de son intention de se battre à l’étranger, elle a dit sans hésitation: «Je ne voulais absolument pas qu’il parte, et jusqu’au dernier jour, j’espérais encore qu’il changerait d’avis.»
«Il était déterminé à aller là-bas, et rien ne pouvait l’arrêter une fois qu’il avait pris sa décision.»
— Katherine Paroussis, mère de Dante Johnson-Wells
Depuis le début de la guerre en 2022, le Canada a fourni 8,5 milliards de dollars d’aide militaire à l’Ukraine. La semaine dernière, le premier ministre Mark Carney et le président ukrainien Volodymyr Zelensky ont signé une déclaration de partenariat de 100 ans et une entente de collaboration sur les drones.
Plus d’un demi-million de soldats russes ont été tués en Ukraine depuis le début de la guerre, a déclaré vendredi un haut responsable britannique de la défense. Du côté de l’Ukraine, on estime que les pertes se situent entre 125 000 et 150 000 morts.
Des funérailles suivies par des centaines de personnes
Les funérailles de Dante Johnson-Wells ont eu lieu à Port Perry le 26 juillet et des centaines de personnes, dont beaucoup de militaires, y ont assisté. La mère a décrit la scène comme «magnifique et déchirante».
Elle a reçu des nouvelles de nombreux camarades et supérieurs de son fils depuis son décès, dont certains lui ont confié qu’ils n’en seraient pas là aujourd’hui sans lui.
Alors que l’entrevue de CTV News avec Mme Paroussis touchait à sa fin, elle a révélé que le jour où son fils est mort — près de deux semaines avant qu’on l’informe de son décès —, quelque chose d’«étrange» s’est produit.
«J’étais à l’épicerie, et j’ai soudain eu ce sentiment irrésistible, puis j’ai commencé à pleurer», a-t-elle raconté. «Je ne sais pas si Dante m’envoyait un message. Je ne sais pas. Mais c’était vraiment ce jour-là.»
Même si elle dit que le deuil a été «dévastateur» pour elle et sa famille, surtout pour le jeune Michael, les souvenirs de la gentillesse et de l’héroïsme de son fils l’aident à apaiser sa douleur.
«J’ai souvent ce sentiment très fort qu’il me dit qu’il va bien, qu’on doit aller de l’avant en tant que famille, et qu’il va bien», a-t-elle dit.

