Société

Rencontre avec sa femme: Guillaume Dulude provoque des malaises, des inquiétudes et s’attire des commentaires «violents»

«Je vais être honnête avec vous: ce texte n’est pas fait pour tout le monde», avait prévenu l’auteur et conférencier avant de décrire comment il a connu Ines Tajuelo lorsqu’elle avait 16 ans dans une publication sur les réseaux sociaux.

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Publication sur sa rencontre avec sa femme: les commentaires de Guillaume Dulude Extrait d'une diffusion en direct de Guillaume Dulude pour le compte de son entreprise Psycom.

Un long message publié sur les réseaux sociaux par Guillaume Dulude fait réagir depuis quelques jours. La description de sa première rencontre avec sa conjointe du temps où elle avait 16 ans lui a valu de la validation par certains, mais aussi des commentaires «violents», selon ses dires.

Dans sa narration de 8247 mots, Dulude explique qu’il a rencontré Ines Tajuelo – aujourd’hui sa femme – alors qu’il donnait une conférence dans son école secondaire il y a plusieurs années.

Le conférencier et auteur avait 28 ans à l’époque. Il décrit dans le détail ce qu’il a ressenti envers Tajuelo, mineure à ce moment – ce qui est au coeur du malaise de plusieurs.

«Aujourd’hui, je sais qu’à la seconde où j’ai posé les yeux sur elle, j’étais damné», écrit Dulude. «Mais je l’ignorais à ce moment-là.»

Guillaume Dulude continue ensuite de préciser ses pensées face à la jeune fille lors de cette brève rencontre. «Je ne pouvais pas la laisser partir comme ça», dit-il. «Je voulais voir non seulement son visage, mais je voulais comprendre qui elle était. Et, comprenez-moi bien, pas dans une perspective amoureuse du tout. C’était simplement une sorte de curiosité irrépressible. De la pure fascination à savoir: qui est cette personne?»

«Sa peau. Sa couleur, sa texture. Ses yeux. Son visage. Je n’ai jamais vu ça. J’hallucine et je ne comprends toujours pas. [...] Aussi, en regardant cette fille de face, c’était… comme… un peu trop. Comme si ce moment n’était pas vrai. [...] Elle est douce, calme. Quelle présence. Elle n’a rien à faire pour générer cet effet. Facile, naturellement charismatique. À cette seconde même, le mot “beauté” venait de prendre une toute nouvelle signification.»

—  Extrait d'un message de Guillaume Dulude publié sur les réseaux sociaux

Plus loin, sans parler d’attirance sexuelle, il semble plus évident que Dulude a ressenti de l’attirance envers Ines quand elle était mineure.

Comme il y a une différence d’âge importante entre lui et la jeune fille et qu’il se trouvait dans un contexte scolaire, il a «cru bon de ne pas trop s’attarder».

«Elle disparaît en poussant le chariot. Mes pieds sont cloués au sol. Je me force pour “débuzzer”. J’expire pour chasser chaque particule de son odeur hors de mes poumons. Une sorte de drogue qu’il faut savoir arrêter au bon moment avant d’avoir le bras dans le tordeur de l’addiction.»

Au moment d’écrire ces lignes, l’histoire racontée par Guillaume Dulude avait suscité plus de 2300 réactions sur Facebook et plus de 1100 commentaires.

«Fantasmer sur une adolescente de 16 ans»: des internautes réagissent

Si une bonne part des commentaires sont positifs, félicitant Guillaume Dulude pour son «courageux et inspirant texte», d’autres commentaires font état d’un malaise important.

«Je vais être honnête: j’ai eu un profond malaise en lisant ce texte», écrit une internaute. «Pas à cause de l’histoire d’amour en soi, mais à cause de la manière dont la première rencontre est racontée: un adulte invité dans une école secondaire qui décrit une élève de 16 ans avec une fascination très romantisée (son corps, son odeur, le “destin”, etc.», a écrit une internaute.

Commentaire Dulude Commentaire d'un internaute qui accompagne une publication de Guillaume Dulude datant du 26 avril 2026 sur sa rencontre avec sa conjointe.

«On parle ici d’un homme qui banalise le fait de fantasmer sur une adolescente de 16 ans», partage un autre internaute. «Et oui, fantasmer, car les descriptions qu’il fait sont loin de simplement la trouver objectivement et platoniquement belle.»

Que dit la loi?

Est-ce que le fait de décrire sur la place publique sa «fascination» envers une adolescente de 16 ans pourrait mettre Guillaume Dulude dans l’embarras?

«Pas au point de vue juridique», explique Me Valérie Black, directrice des opérations chez JuriGo.

«Le fait d’émettre des propos, de faire état de processus mentaux qui relèvent du fait qu’il avait une attirance envers une personne de 16 ans, ce n’est pas criminel, ce n’est pas illégal non plus, mais ça peut être discutable moralement», a commenté l’avocate dans un entretien avec Noovo Info.

Le Code criminel du Canada est bien clair sur un point: l’âge de consentement aux activités sexuelles est de 16 ans au Canada et les relations entre adultes et des personnes d’âge mineures [de moins de 16 ans] ne sont pas tolérées; elles sont criminelles - sauf exception strictes de proximité d’âge.

Dans le cas d’ados de 16 ou 17 ans, le consentement n’est pas valide si le partenaire sexuel est en situation de confiance ou d’autorité vis-à-vis d’elle, si la jeune personne est dépendante de son partenaire sexuel et/ou si la relation qu’elle entretient avec son partenaire sexuel relève de l’exploitation.

Les réactions à l’histoire de Guillaume Dulude relèvent donc beaucoup plus d’une question de moralité - ce qu’on accepte ou non en tant que société - que d’une question juridique.

«Normaliser ou romantiser une attirance» avec une ado: inquiétudes

À l’instar de d’autres lecteurs et lectrices, Karine Baril, psychoéducatrice et professeure au département de psychoéducation de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), s’est dit préoccupée par le contenu de la publication de Guillaume Dulude.

«Comme beaucoup de gens qui ont réagi à cette publication, je pense que ce qui ressort davantage, c’est ce partage - qui est présenté comme quelque chose de très authentique - très explicite de cette fascination, voire de cette obsession pour une adolescente, une personne mineure», a commenté Mme Baril en entrevue avec Noovo Info.

Mme Baril croit que même si les propos de Guillaume Dulude ne sont pas dans un registre de comportements criminels, ils ont de quoi soulever des inquiétudes.

«Je me réjouis d’ailleurs qu’on réagisse à cette exposition publique qui apparaît normaliser ou romantiser une attirance que l’on peut avoir envers une adolescente comme adulte», a-t-elle exprimé.

Mme Baril croit que le vocabulaire utilisé dans la publication de Guillaume Dulude pour parler d’une adolescente de 16 ans peut heurter plusieurs personnes.

«Il décrit beaucoup son physique et sa silhouette, sa démarche “royale”, il parle d’une expérience “céleste”, de son odeur, de sa voix comme du “miel”, etc.», énumère-t-elle.

«Je pense que si on se met tous et toutes dans la peau d’un parent qui envoie son adolescent ou son adolescente à l’école et qui se dit “Est-ce que quelqu’un à l’école, un adulte, pourrait avoir ce regard sur mon enfant?”, ça nous met tous et toutes mal à l’aise, c’est évident.»

—  Karine Baril, psychoéducatrice et professeure au département de psychoéducation de l’UQO

En parallèle, la professeure de l’UQO croit aussi que l’écart d’âge dans une relation ou un couple, «quoique ce ne soit pas quelque chose d’exceptionnel», peut devenir préoccupant.

«On va trouver ça préoccupant quand on sent qu’il y a peut-être un certain déséquilibre de pouvoir», souligne Mme Baril. «Quand on est en présence d’une personne mineure, ce niveau d’acception, selon moi, ne devrait pas s’appliquer.»

Autrement, le statut public de Guillaume Dulude, une personnalité très suivie qui se présente comme un expert en psychologie et en communication, «vient avec une certaine responsabilité» par rapport aux messages véhiculés.

«Si lui peut, si lui vit ça, ça vient peut-être normaliser chez d’autres personnes une attirance envers les adolescentes, ça va normaliser quelque chose qui est plus pathologique c’est d’autres personnes – je trouve ça inquiétant», avoue Mme Baril.

Remous dans le milieu de la psychologie

«Ce type de publication n’aurait pas été possible s’il avait été membres de l’Ordre des psychologues du Québec», estime d’ailleurs la psychoéducatrice Karine Baril.

Mais effectivement, Dulude n’a pas exactement à se soumettre à cette responsabilité morale sur ce plan: il est docteur en neuropsychologie, mais choisit de ne pas être membre de l’Ordre.

Guillaume Dulude Guillaume Dulude. Photo publiée à partir de son compte public le 20 mars 2026. (Guillaume Dulude Psycom | Facebook)

C’est pour cette raison d’ailleurs que l’Ordre des psychologues a refusé de commenter ce dossier auprès de Noovo Info.

Toutefois, Noovo Info a pu apprendre que dans le milieu, des professionnels se questionnent sur le message passé dans cette publication.

Dulude «étudie, pratique et enseigne la psychologie de la communication et de l’influence interpersonnelle depuis 2005», tel que présenté sur son profil des Éditions de l’homme, bannière sous laquelle il a publié deux livres sur le développement personnel.

Or, «nul ne peut de quelque façon [...] utiliser le titre de psychologue” ni un titre ou une abréviation pouvant laisser croire qu’il l’est [...] s’il n’est pas inscrit au tableau de l’Ordre professionnel des psychologues du Québec» – ce serait de l’usurpation, écrit clairement l’Ordre.

Mais le fondateur de Psycom, qui fut l’animateur d’un documentaire intitulé Tribal diffusée sur TV5 au Québec il y a quelques années, prodigue quand même des cours de psychologie des relations humaines, de communication interpersonnelle et de développement du leadership.

«Je n’ai jamais vu des choses plus violentes que ça» - Dulude

Quelques jours après la publication dont il est question dans cet article, Noovo Info a regardé une diffusion en direct de Dulude pour le compte de son entreprise Psycom – une présentation en compagnie d’Ines Tajuelo et de deux autres collaborateurs.

Noovo Info n’a pas reçu de réponse à une demande écrite de réaction de Dulude auprès de son équipe, mais ce dernier est revenu sur sa publication dans cette présentation.

Dulude n’a pas émis de commentaire sur d’éventuels enjeux moraux que pourraient soulever son témoignage, validé par sa conjointe elle-même, mais adressé les commentaires «violents» qu’il a reçus.

«Quand j’ai écrit cette histoire, c’est Ines qui a autorisé la publication, qui l’a révisée au complet», a déclaré l’homme qui est désormais dans la trentaine. «On était hyper enthousiastes de ce texte-là. Je n’ai jamais vu qu’il pouvait y avoir un problème. Je pensais que là où ça pouvait accrocher, c’est où je dévoile des insécurités, je vous dis que je ne suis pas parfait, que j’ai des choses à travailler.»

«Ines et moi, jamais on n’a pensé que le petit passage de la rencontre – 20 secondes d’échanges – allait faire ça. Jamais.»

—  Guillaume Dulude

Dulude affirme que la situation le «perturbe énormément» – lui, mais aussi sa conjointe Ines Tajuelo. «Les choses qui sont dites à notre sujet, moi, je n’ai jamais vu des choses plus violentes que ça dans ma carrière», avance-t-il.

Attiré sexuellement? «C’est faux», dit sa conjointe

Ines Tajuelo tranche d’ailleurs elle-même: «Certains semblent comprendre que Guillaume était attiré sexuellement par moi lors de notre première rencontre, quand j’avais 16 ans», a-t-elle écrit dans un commentaire en réponse à des réactions d’internautes. «C’est faux. Son intérêt relevait de la fascination. Il le décrit d’ailleurs très clairement dans le texte.»

Tajuelo corrobore d’ailleurs les propos de son conjoint qui affirme que leur premier rancard a eu lieu des années plus tard, quand elle est devenue majeure. «C’est moi qui ai initié notre première date», rappelle-t-elle.

«Au cas où ce ne soit pas assez clair: il ne s’est rien passé d’indécent entre lui et moi, ni lorsque j’avais 16 ans, ni lorsque j’en avais 26. Je répète: il ne s’est jamais rien passé de déplacé entre lui et moi. Jamais.»