Les partis d’opposition, les groupes d’entreprises et les défenseurs de l’immigration ont vivement réagi après que le gouvernement du Québec a aboli le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) en novembre dernier.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Les récentes manifestations et le revirement de Christine Fréchette, candidate à la chefferie de la CAQ, qui promet de relancer le programme d’immigration accélérée, ont conduit le gouvernement à revenir sur sa décision de ne pas maintenir le programme.
Mercredi, le ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge, a déclaré que son ministère allait évaluer différents scénarios afin de permettre une période de transition entre le PEQ et le nouveau Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ), basé sur un système de points.
Mais qu’est-ce que le PEQ exactement, et qui sont les personnes qui vivent aujourd’hui dans l’incertitude et risquent de devoir quitter le Québec?
C’est quoi le PEQ?
Lancé en 2010 et devant prendre fin en novembre 2025, ce programme offrait aux étudiants étrangers et aux travailleurs étrangers temporaires une voie rapide vers la résidence permanente. Pour être admissibles et demander un certificat de sélection au Québec, certains critères devaient être remplis.
Les travailleurs étrangers temporaires, y compris ceux occupant des emplois manuels hautement qualifiés, spécialisés et intermédiaires, devaient avoir travaillé à temps plein dans un emploi admissible au Québec pendant deux ans pour être admissibles. Ils devaient également satisfaire aux exigences linguistiques du programme.
Les étudiants étrangers qui avaient terminé leurs études dans des programmes très demandés dans des établissements reconnus du Québec et qui satisfaisaient aux exigences linguistiques étaient également admissibles au PEQ.
Les conjoints et conjoints de fait des candidats admissibles devaient également démontrer un niveau minimum de français parlé.
Au cours de ses 15 années d’existence, le PEQ a fait l’objet de plusieurs restructurations et réformes.
Pourquoi le gouvernement a-t-il mis fin au programme?
Dans une récente entrevue, l’avocat spécialisé en immigration économique Jorge Alejandro Torres a expliqué que le gouvernement avait mis fin au PEQ afin de contrôler le nombre de candidats acceptés.
«Leur argument était le suivant : “Nous allons recevoir bien plus de 45 000 demandes par an si nous ne mettons pas un frein à cela.” Ils voulaient contrôler qui était sélectionné comme résident permanent au Québec», a noté Me Torres.
«À l’époque, cela s’ajoutait au problème du logement et du coût de la vie. Ils pensaient que cet afflux important de personnes allait aggraver ces problèmes, en particulier sur l’île de Montréal», a-t-il précisé.
Impacts sur les entreprises
Me Torres a affirmé que la fin du PEQ a eu des effets négatifs importants sur les entreprises de tout le Québec qui ont connu et continuent de connaître des pénuries de main-d’œuvre. Il a ajouté que de nombreux employeurs dépendent fortement des travailleurs étrangers temporaires, qui ne sont pas faciles à remplacer.
«Après l’annonce, les employeurs se sont manifestés en disant: “Écoutez, nous allons essentiellement faire faillite, ou notre entreprise va devenir impossible à gérer.” Nous parlons ici d’infirmières, d’enseignants, de mécaniciens automobiles», a-t-il avancé.
Impact humain
Et puis, bien sûr, il y a l’impact humain considérable. Me Torres a soutenu que de nombreuses personnes sont venues au Québec avec l’intention de postuler au PEQ pour obtenir la résidence permanente, et a souligné que les agences de recrutement, y compris la province, en ont même fait la promotion pour attirer des travailleurs étrangers.
Mais pour ceux qui n’avaient pas encore demandé de certificat de sélection au Québec lorsque le programme a été supprimé, ils restent dans l’incertitude et risquent de devoir quitter la province qu’ils considèrent comme leur foyer.
«Ce sont des personnes qui sont venues avec leur famille, leur conjoint, leurs enfants, dont certains sont nés ici alors qu’ils étaient travailleurs étrangers temporaires. En fermant la porte, vous créez essentiellement une tragédie humaine», a-t-il dit.
Selon l’avocat, certaines personnes envisagent également de déménager dans d’autres provinces, accélérant ce qu’il a qualifié de «fuite des cerveaux» potentielle du Québec.
Critères de sélection pour le PSTQ
Dans le cadre du PSTQ, le gouvernement donnera la priorité aux personnes qui ont obtenu un diplôme au Québec, à celles qui travaillent dans un secteur stratégique tel que la santé, l’éducation, la construction et l’ingénierie, ainsi qu’aux personnes qui ont un «profil diversifié».
M. Roberge a précédemment indiqué que les demandes des personnes vivant en dehors de la région métropolitaine de Montréal seraient traitées en priorité. Le gouvernement a confirmé que 2549 invitations avaient été envoyées à la fin du mois de janvier.
Le gouvernement du Québec prévoit d’accueillir près de 29 000 immigrants économiques cette année.
«Ce n’est plus un programme objectif. C’est un programme subjectif, ce qui signifie que votre nom sera désormais inscrit dans un bassin, puis il y aura des tirages au sort, et vous croiserez les doigts en espérant être sélectionné, en gros, c’est là la différence essentielle», a expliqué Me Torres. «En réalité, vous allez vous retrouver avec ce qu’ils appellent aussi un système de loterie. Ce n’est plus purement le hasard. C’est le ministre qui décidera à chaque fois quels seront les critères pour chaque tirage.»
