Société

Pompier pendant plus de 30 ans, il meurt d’un cancer en seulement sept mois

Selon le gouvernement fédéral, les pompiers ont un risque de 9 % plus élevé de recevoir un diagnostic de cancer et un risque de 14 % plus élevé de mourir d’un cancer que la population générale.

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Ken Jenkins died on March 13, after battling a glioblastoma for seven months. (Fredericton Fire Fighters' Association) Ken Jenkins est décédé le 13 mars, après avoir lutté contre un glioblastome pendant sept mois. (Fredericton Fire Fighters' Association)

C’était le genre de personne qui ne pouvait pas passer sans s’arrêter devant quelqu’un dans le besoin sur le trottoir.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

Au contraire, Ken Jenkins leur demandait ce qu’ils aimeraient manger et allait le leur chercher.

Sa femme était souvent témoin de cette gentillesse.

«Parfois un peu trop gentil, au détriment de lui-même. Mais en ce moment, je pense que le monde a besoin d’un peu plus de ça», a indiqué Joanie Jenkins.

Ken Jenkins est décédé d’un glioblastome en mars, sept mois après qu’on lui ait diagnostiqué cette tumeur au cerveau. Son décès a immédiatement été reconnu comme survenu dans l’exercice de ses fonctions. Jenkins avait passé plus de 30 ans comme pompier à Fredericton.

Selon le gouvernement fédéral, les pompiers ont un risque de 9 % plus élevé de recevoir un diagnostic de cancer et un risque de 14 % plus élevé de mourir d’un cancer que la population générale.

Ken Jenkins spent over three decades working as a firefighter. (Joanie Jenkins) Ken Jenkins a exercé le métier de pompier pendant plus de trente ans. (Joanie Jenkins)

Sur les 31 décès de pompiers survenus au Nouveau-Brunswick au cours de la dernière décennie, 29 étaient dus au cancer, selon WorksafeNB.

«Il était dans le déni. En toute honnêteté, je ne savais même pas ce qu’était un glioblastome, et pourtant j’exerce la profession d’infirmière depuis 30 ans», a expliqué Mme Jenkins.

«Ce n’est qu’après nous être penchés en profondeur sur la question que nous avons réalisé à quel monstre nous étions confrontés.»

—  Joanie Jenkins

Elle a expliqué que Ken faisait de l’exercice et soulevait des poids en août. À la fin de septembre, il lui fallait toute son énergie pour aller se promener. La tumeur était rare et extrêmement agressive, a-t-elle précisé.

M. Jenkins a suivi un traitement pendant trois mois, qu’il a terminé juste avant Noël. Moins d’une semaine plus tard, il était de retour aux urgences.

«Cette fois, c’était encore plus agressif. La tumeur se trouvait à l’origine dans son lobe temporal antérieur droit. Elle avait à peu près la taille d’une balle de golf. Elle a grossi jusqu’à atteindre la taille d’une petite clémentine. Et puis il avait deux autres tumeurs plus en profondeur dans la région thalamique du cerveau. À ce moment-là, j’ai compris à quoi nous avions affaire», a-t-elle indiqué.

Le 13 mars, à 63 ans, Ken a perdu son dernier combat.

Bien que Mme Jenkins n’en veuille pas à la carrière qui a apporté tant de joie à son mari, elle aurait aimé en savoir davantage sur les risques de cancer et de glioblastome liés au métier de pompier.

«J’ai dit une fois : “La carrière que Ken aimait va le tuer.” Mais Ken ne voyait pas les choses ainsi», a-t-elle dit.

Lorsque le chef des pompiers a appelé Ken pour lui dire qu’il devait déposer une demande d’indemnisation professionnelle en raison de son cancer, Ken a d’abord refusé.

Il a accepté après qu’on lui ait clairement expliqué que le fait de reconnaître son cancer comme une maladie professionnelle présumée pourrait mettre en lumière les dangers du métier de pompier.

Ken Jenkins spent over three decades working as a firefighter. (Joanie Jenkins) Ken Jenkins a exercé le métier de pompier pendant plus de trente ans. (Joanie Jenkins)

D’autres changements nécessaires

Selon WorksafeNB, la province reconnaît dix cancers comme des maladies professionnelles présumées en vertu de la Loi sur l’indemnisation des pompiers:

  • Cancer du cerveau de site primaire
  • Cancer de la vessie de site primaire
  • Cancer colorectal de site primaire
  • Cancer de l’œsophage de site primaire
  • Leucémie de site primaire
  • Cancer du poumon de site primaire (chez une personne n’ayant pas fumé de cigarettes pendant au moins 10 ans avant le diagnostic initial)
  • Cancer du rein de siège primaire
  • Lymphome non hodgkinien de siège primaire Cancer des testicules de siège primaire
  • Cancer de l’uretère de siège primaire

En Nouvelle-Écosse, 20 cancers sont reconnus. La Colombie-Britannique en reconnaît 24. Le Québec en reconnaît quant à lui 16.

Le Nouveau-Brunswick doit rattraper son retard, soutient Barry Durling, président de l’Association des pompiers de Fredericton. Plus précisément, il note qu’il y a de plus en plus de femmes pompiers qui se joignent aux services d’incendie partout au Canada, et que les cancers de l’appareil reproducteur ne sont pas toujours reconnus.

«Je voudrais simplement que les pompiers du Nouveau-Brunswick soient traités exactement de la même manière que les pompiers de la Nouvelle-Écosse, de la Colombie-Britannique et de l’Ontario», a-t-il dit.

«Le cancer tue nos pompiers, et nous devons faire tout ce qui est possible pour éviter de perdre d’autres membres.»

—  Barry Durling, président de l’Association des pompiers de Fredericton

Durling a servi la ville en tant que pompier pendant 25 ans.

Il connaissait très bien Ken. Il connaissait également deux autres pompiers de Fredericton décédés d’un cancer au cours des dernières années.

Ken’s helmet seen on the day of his funeral, March 18, 2026. (Fredericton Fire Fighters' Association) Le casque de Ken, photographié le jour de ses funérailles, le 18 mars 2026. (Fredericton Fire Fighters' Association)

M. Durling raconte qu’il vient d’assister aux funérailles d’un ami et collègue pompier à St. John’s, à Terre-Neuve-et-Labrador, décédé d’un cancer.

Il estime que ce n’est qu’une question de temps avant qu’il ne reçoive lui aussi un diagnostic, soulignant que trois membres de Fredericton ont reçu un diagnostic de cancer des testicules en l’espace d’un mois. L’équipe compte 120 membres.

Bien que les risques liés à l’intervention dans des bâtiments en feu soient bien connus, M. Durling a indiqué que les changements avaient été lents pour équiper les pompiers du matériel le plus sûr possible.

«On a découvert que notre tenue d’intervention est imprégnée de produits chimiques persistants, appelés PFA. Et ils sont absorbés par notre peau lorsque nous transpirons et pénètrent dans notre circulation sanguine, provoquant des cancers à un rythme alarmant», a-t-il indiqué.

Ken a porté cette tenue pendant toute sa carrière, a soutenu M. Durling.

L’année prochaine, tous les pompiers de Fredericton recevront un nouvel équipement, considéré comme exempt de produits chimiques, au coût de plusieurs milliers de dollars par tenue.

«Très peu de services d’incendie sont passés à l’équipement sans PFA», a-t-il souligné en faisant référence aux services à travers le Canada. «Nous avons tous choisi ce métier pour aider les gens. Cela ne changera jamais. Quelles que soient les circonstances, nous nous mettons en dernier et les autres en premier.»

Ken and Joanie Jenkins on their wedding day. (Joanie Jenkins) Ken et Joanie Jenkins le jour de leur mariage. (Joanie Jenkins)

Sa meilleure amie

Joanie Jenkins aimerait que ces changements soient mis en œuvre afin que davantage de familles puissent voir leurs proches vivre longtemps après leur retraite.

Cette survivante du cancer du sein aimerait également voir davantage de sensibilisation et de recherche sur les glioblastomes.

«Je pense que les gens doivent réaliser qu’il y a 45 ans, le cancer du sein était une maladie en phase terminale, et qu’aujourd’hui nous disposons de très bons traitements et d’excellents dépistages, mais nous ne savons pas ce qui cause le cancer du cerveau», a-t-elle déclaré. «Nous connaissons certes certains facteurs de risque, et Ken présentait l’un d’entre eux.»

Le couple était marié depuis 35 ans. C’est le métier de pompier qui les a réunis au départ.

C’était il y a près de quatre décennies, lorsque les pompiers de la ville ont été chargés d’escorter les participantes au concours de Miss Fredericton. Une amie avait convaincu Joanie de se présenter au concours.

Ken lui avait été attribué comme partenaire.

«Peu de temps après, nous savions tous les deux que nous voulions rester ensemble», a-t-elle affirmé.

Mme Jenkins a expliqué que Ken avait quatre amours dans sa vie : elle, leurs deux garçons et le métier de pompier.

Elle espère que les gens tireront des leçons de son héritage de dévouement et de gentillesse.

«Je pense que parfois, dans la société, on n’encourage pas vraiment cela ou ce n’est pas quelque chose qui est applaudi, mais c’était vraiment lui», a-t-elle exprimé.