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Pause «artistique»: comment la créativité peut-elle nous aider à mieux comprendre l’esprit d’un enfant

«Les enfants conservent ce sentiment d’émerveillement et d’étonnement face à toutes les choses simples.»

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Des enfants qui font de l'art ensemble. (Vlada Karpovich /pexels.com) Des enfants qui font de l'art ensemble. (Vlada Karpovich /pexels.com)

Un enfant de 6 ans qui pique une crise de colère indescriptible? Un enfant de 10 ans qui se replie soudainement sur lui-même? Plutôt que de les bombarder de questions sans fin, proposez-leur de prendre un pinceau ou un crayon, suggère Sarah Brodie, art-thérapeute et professeure au Département des thérapies par les arts créatifs de l’Université Concordia.

Elle réinvente la «pause» traditionnelle en la transformant en «pause artistique».

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

«Ce n’est absolument pas une question d’esthétique ou du résultat final», a-t-elle expliqué à CTV News. «Il s’agit d’une forme de communication, et je pense que si un parent prend l’habitude de se rappeler à quel point c’est précieux… cela permet tout simplement à l’enfant de retrouver immédiatement ses repères.»

«L’art, c’est simplement la manière dont on extrait quelque chose du domaine des idées ou de l’imagination pour le concrétiser», a-t-elle poursuivi. «C’est ce qu’on appelle le processus créatif qui révèle au monde qui est une personne.»

Elle affirme que, d’après son expérience, les enfants de tous âges ont tendance à être plus disposés à exprimer leurs sentiments sur une feuille de papier, surtout lorsqu’ils ont du mal à trouver les mots.

«Si quelque chose s’exprime par le langage, c’est très gérable», a-t-elle dit. «Si cela s’exprime par le comportement, c’est indicible: l’enfant ne trouve pas le moyen de le dire ou ne souhaite même pas gratifier l’assemblée d’une telle articulation. Il veut simplement que tout le monde le ressente.»

Bien que le sens artistique puisse sembler plus inné chez les jeunes enfants, Mme Brodie souligne que les enfants plus âgés peuvent tout de même être encouragés à faire preuve de créativité, d’autant plus que leurs expériences de vie et leurs façons de communiquer évoluent à l’approche de l’adolescence.

«Le fait d’être témoin de différentes vies – et chaque vie est pour moi un autre monde», a-t-elle avancé. «La raison pour laquelle une personne franchit le pas vers l’art-thérapie est souvent une histoire triste ou difficile, et je pense donc que cette légèreté… de l’émerveillement de l’enfance est un antidote à la lourdeur qui accompagne le métier de thérapeute auprès des enfants.»

Mme Brodie admet que la plupart des enfants cessent naturellement d’utiliser l’art comme exutoire créatif vers l’âge de 9 ou 10 ans. Elle explique que, chez les tout-petits, «il y a cette frontière floue, au début de notre vie, entre le fantasme et la réalité».

À mesure que les enfants grandissent, «nous voulons être capables d’atteindre une forme de réalisme, un réalisme suffisamment satisfaisant, et sans un minimum de formation en dessin, nos dessins nous déçoivent trop», a-t-elle indiqué. «C’est pourquoi, je pense, certains d’entre nous perdent peu à peu cette envie vers cet âge-là.»

Un monde merveilleux

Selon Mme Brodie, il existe un monde merveilleux dans l’esprit d’un enfant, et il suffit parfois d’une occasion d’exercer sa liberté créative pour libérer ses soucis, ses angoisses – ou même son bonheur.

«Souvent, je ne donne pas de consigne, et c’est l’enfant qui choisit de dessiner quelque chose», a-t-elle dit en entrevue. «Il n’y a pas que le mouvement, mais aussi la cognition. On voit comment les gens pensent – n’importe qui d’entre nous, en fait – même dans les gribouillis… on peut observer la dynamique de notre esprit.»

La force d’un trait de crayon ou d’un coup de pinceau peut révéler la confiance ou l’insécurité; la couleur peut indiquer un bonheur pur ou un tumulte intérieur.

«La façon dont quelque chose est dessiné, un trait léger qui traduit un certain manque de confiance dans ce dessin en particulier, ou un dessin effacé un million de fois», a-t-elle précisé. «On peut intuitivement, en voyant le dessin, surtout en le voyant se réaliser, en apprendre beaucoup sur la personne.»

Mme Brodie qualifie l’art-thérapie d’une sorte de «pleine conscience» et encourage les parents à mettre ses compétences à profit à la maison en incitant leurs enfants à dessiner s’ils sont incapables de s’exprimer verbalement.

«Parfois, les parents m’apportent ces dessins, et cela m’aide vraiment à voir leur famille en pleine action, à voir ce qui se passe sur la page», a-t-elle lancé. «Parfois, il s’agit davantage d’un exercice d’ancrage. Cela n’a rien à voir avec le moment présent, mais simplement de s’asseoir et de faire autre chose.»

Mme Brodie souligne que l’art ne doit pas nécessairement être ancré dans la tristesse, la colère ou l’anxiété. «Il peut servir à communiquer, et cela se produit aussi spontanément», a-t-elle ajouté. « Avec des dessins pleins d’amour, tant d’amour se déverse sur la page.»

Laisser sa marque

Même hors contexte, Mme Brodie est capable de regarder un dessin et d’en déchiffrer le sentiment qui se cache derrière.

«Regardez cette joie, et ces deux couleurs», a-t-elle dit en observant un croquis réalisé par un enfant de deux ans lors de son entrevue avec CTV News. «La joie de tracer des traits et de remplir la page. On le ressent dans ce dessin, où l’on perçoit ce message : “Me voici, je laisse ma marque.” Il y a quelque chose de satisfaisant là-dedans, et cela transparaît dans l’exubérance de ces gribouillis.»

Aujourd’hui professeure à l’Université Concordia, Mme Brodie admet avoir énormément appris de ses jeunes patients.

«Il ne se passe pas un jour sans que je me sente vraiment transformée», a-t-elle souligné. «Comment le client progresse-t-il en thérapie? Est-ce que je change? J’ai l’impression d’apprendre.»

Elle ajoute que voir à quel point les enfants grandissent et mûrissent – même par petites étapes, de 3 à 5 puis à 8 ans – lui rappelle à quel point ces moments sont précieux.

«Vous pouvez demander à un enfant de 8 ans: “Es-tu une personne différente de celle que tu étais à cinq ans?” et il répondra: “Tellement!”», a-t-elle avoué. «Les enfants conservent ce sentiment d’émerveillement et d’étonnement face à toutes les choses simples, ainsi qu’au quotidien, et c’est sans aucun doute là la plus grande récompense d’être art-thérapeute.»