Eve Greenfield, une assistante juridique spécialisée en droit de l’immigration âgée de 57 ans et basée à Chicago, a passé des années à s’occuper de cartes de résident permanent et de visas de travail pour des Canadiens. Elle affirme que c’est désormais son tour.
Après s’être consacrée à un projet qui lui tenait à cœur, celui de retracer les racines de sa famille jusqu’à sa «Nana» Gertrude Greenfield, née à Winnipeg, Eve est aujourd’hui une fière Canadienne, grâce à une modification de la législation canadienne.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
«J’aime la façon dont les gens sont gentils les uns avec les autres, et moins en colère», a-t-elle confié à CTV News à propos du Canada. «Ils me laissent m’insérer sur l’autoroute quand j’essaie d’entrer.»
Elle explique que son déménagement au Canada est motivé par le fait qu’«[elle] n’est pas fan de Donald Trump» ni des politiques de son administration.
Mme Greenfield n’est qu’une parmi des milliers de personnes qui épluchent d’anciens registres et retracent leur généalogie, depuis que le Canada a récemment modifié ses règles en matière de citoyenneté par filiation. La règle ne s’appliquant plus à une seule génération, ce changement ouvre la voie à l’obtention d’un passeport pour toute personne pouvant prouver qu’elle a un grand-parent canadien direct, voire un ancêtre canadien lointain.
Amandeep Hayer, avocat spécialisé en droit de l’immigration à Vancouver, explique qu’il a un client dont les ancêtres remontent aux Acadiens, qui ont été déportés par les Britanniques au XVIIIe siècle pour avoir refusé de prêter serment d’allégeance à la Couronne.
«J’ai même un client dont les ancêtres remontent à l’un des Pères de la Confédération – pas un des plus importants – mais à un assistant de l’un des délégués», a lancé M. Hayer à CTV News.
Me Hayer explique que, depuis que la loi a changé, «nous avons été submergés» de demandes, ce qui l’a conduit à embaucher davantage d’avocats et d’assistants juridiques. Bien que les motivations varient, il affirme que les raisons les plus courantes pour lesquelles ses clients cherchent à obtenir un autre passeport sont «les frais de scolarité moins élevés au Canada et le discours émanant de la Maison-Blanche».
«J’entends beaucoup de témoignages de personnes gays et lesbiennes qui ne se sentent pas en sécurité aux États-Unis... c’est le principal facteur déterminant, ce niveau de cruauté émanant de l’administration», a soutenu M. Hayer.
De l’autre côté de la frontière, à Bellingham, dans l’État de Washington, l’avocat spécialisé en droit de l’immigration Nicholas Berning explique qu’il est passé de «seulement une poignée de dossiers de citoyenneté par an à trois consultations par jour».
«Nous sommes carrément submergés par ce genre de demandes», a-t-il mentionné à CTV News. Ses clients américains lui confient qu’ils s’inquiètent de la direction que prend la politique aux États-Unis et que «l’Amérique est en difficulté».
Il cite une affaire qui sera bientôt jugée par la Cour suprême des États-Unis concernant les personnes transgenres et leurs passeports. «Ces personnes sont terrifiées à l’idée que leur gouvernement se retourne contre elles, c’est effrayant pour elles et elles sont extrêmement motivées pour partir le plus vite possible», a ajouté M. Berning.
Quant à Eve, elle et son mari prévoient de s’installer au Canada dès cet été, passeports en poche, dans l’espoir de s’épanouir de l’autre côté de la frontière en tant qu’assistante juridique en immigration. «Les valeurs canadiennes correspondent davantage aux miennes et je crois que la société doit prendre soin de ses citoyens. Suis-je heureuse de payer des impôts? Absolument.»
Elle raconte que sa grand-mère canadienne aurait adoré découvrir le monde. «Nana n’a jamais eu de passeport et n’a jamais pu aller nulle part.»
M. Berning soupçonne que la nouvelle loi et une vague d’Américains pourraient susciter une certaine réaction négative au Canada.
«J’espère qu’une fois qu’ils commenceront à arriver (au Canada), ce seront des gens que nous voudrions voir ici, pas une bande de gens dans des monster trucks et des partisans de MAGA», a-t-il affirmé. «Je pense que lorsque la poussière sera retombée, ce sera une bonne chose et que les Canadiens accueilleront leurs voisins.»

