Société

Nouvelle stratégie alimentaire: les petits épiciers de proximité remercient Ottawa

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Un client fait ses courses chez Vince’s Market, une épicerie de Sharon, en Ontario, le jeudi 21 novembre 2024. LA PRESSE CANADIENNE/Chris Young (Chris Young)

Les épiciers indépendants et les acteurs du secteur saluent la stratégie nationale de sécurité alimentaire du gouvernement fédéral, qui vise à stimuler la concurrence entre les commerçants, à développer la production locale tout au long de l’année et à rendre les produits plus abordables pour les consommateurs.

Ottawa indique que cette stratégie s’appuie sur plus de 3 milliards $ d’investissements sur 10 ans. Cela comprend 1 milliard $ pour les infrastructures — notamment des marchés de produits alimentaires ou des carrefours alimentaires — afin d’aider les épiciers indépendants à rivaliser avec les grands détaillants en leur facilitant l’achat auprès des agriculteurs et des transformateurs alimentaires.

Giancarlo Trimarchi, président de la chaîne de magasins d’alimentation familiale Vince’s Market, dans le sud de l’Ontario, explique que les fabricants ne vendent pas souvent les produits alimentaires de base directement à de petits commerçants comme lui. Il doit donc acheter des articles tels que le lait et les œufs auprès de grossistes, comme Sobeys et Loblaw, qui pratiquent des marges bénéficiaires.

«Les commerçants indépendants et les petits épiciers ont perdu la possibilité de s’approvisionner directement auprès des producteurs, a-t-il indiqué. Nous devons passer par un intermédiaire.»

Cela signifie payer 18 à 20 % de plus pour couvrir les coûts intermédiaires, a-t-il précisé lors d’une entrevue vendredi.

Il estime que le projet du gouvernement visant à développer les centres de distribution alimentaires pourrait permettre aux petits épiciers comme lui de s’approvisionner directement auprès des fabricants et d’éliminer les intermédiaires, ce qui rendrait les prix plus concurrentiels tout en améliorant la qualité.

«Nous pensons que cela permettrait sans aucun doute de rassembler davantage d’acteurs et de réduire le coût de la chaîne d’approvisionnement, ce qui devrait faire baisser les coûts», a-t-il affirmé. Cela pourrait à son tour faire baisser les prix pour les consommateurs et rendre les épiciers indépendants plus compétitifs.

Le plan publié jeudi par le gouvernement fédéral reconnaît que de nombreux épiciers indépendants doivent s’en remettre aux grandes chaînes, qui sont aussi leurs concurrents, tant pour l’approvisionnement que pour la distribution.

Il indique également que les faiblesses des systèmes de distribution alimentaire au Canada — la concurrence limitée dans les épiceries au détail, l’absence de solutions de rechange aux marchés de gros, des distributeurs régionaux limités et des lacunes dans l’entreposage et le transport réfrigérés — ont fait grimper les coûts pour les consommateurs tout en augmentant le gaspillage.

Des marchés et des carrefours alimentaires

Ottawa a proposé de construire davantage de terminaux alimentaires, à l’image du Marché des produits alimentaires de l’Ontario, à Etobicoke, qui pourraient offrir aux épiciers indépendants une alternative à une chaîne d’approvisionnement dominée par une poignée de grandes entreprises. Ce terminal alimentaire est la seule installation de vente en gros de produits frais à grande échelle de ce type au Canada.

Là où la construction de marchés à grande échelle ne serait pas viable, des carrefours alimentaires commerciaux combleraient le vide et serviraient de points de distribution, en regroupant l’offre locale et en réduisant les coûts de transport, promet le plan.

Les carrefours alimentaires sont particulièrement importants dans les zones rurales et isolées, y compris les communautés du Nord et de l’Arctique, pour réduire les longues distances et les coûts de transport élevés, peut-on lire dans le plan. Le financement devrait permettre de soutenir 20 à 40 carrefours.

Gary Sands, vice-président de la Fédération canadienne des épiciers indépendants, affirme que la multiplication des carrefours alimentaires peut améliorer l’accessibilité pour les épiciers indépendants des zones rurales et isolées, qui doivent souvent faire face à des frais de transport plus élevés et paient leurs produits plus cher que les communautés urbaines.

La fédération représente plus de 6900 épiciers indépendants à travers le pays.

«Le coût du transport des fruits et légumes et d’autres produits vers ces communautés a toujours été plus élevé que dans les autres zones urbaines du pays», a indiqué M. Sands en entrevue.

Les droits de douane et la hausse des prix de l’essence ont également augmenté le coût de l’expédition des denrées alimentaires vers les communautés rurales et nordiques au cours des 18 derniers mois, a-t-il ajouté. «C’est une préoccupation majeure.»

Il a expliqué que cet investissement survient alors que la confiance dans la chaîne d’approvisionnement nord-sud s’est affaiblie et que de plus en plus de détaillants se tournent vers l’extérieur des États-Unis pour diversifier leur chaîne d’approvisionnement.

«Nous préférerions renforcer notre chaîne d’approvisionnement est-ouest au sein du Canada et développer notre propre infrastructure», a souligné M. Sands.

M. Sands a précisé que l’emplacement des carrefours et des marchés n’avait pas encore été décidé.

Empire soutient le plan du fédéral

Empire a soutenu l’initiative gouvernementale en matière de sécurité alimentaire.

«Nous sommes particulièrement ravis de voir le gouvernement investir dans les producteurs locaux, l’innovation alimentaire et la transformation alimentaire nationale», a déclaré vendredi la porte-parole d’Empire, Karen White-Boswell, dans une réponse envoyée par courriel.

Metro a refusé de commenter cette initiative, tandis que Loblaw a renvoyé la demande de commentaires au Conseil canadien du commerce de détail.

Le soutien aux serres et à la culture de fruits et légumes tout au long de l’année fait également partie de la stratégie. Ottawa a alloué 750 millions $ aux serres et à la culture hydroponique afin d’accroître la production canadienne de fruits et légumes tout au long de l’année, y compris dans les communautés rurales et nordiques.

Erik Nielsen, directeur des relations gouvernementales chez Producteurs de fruits et légumes du Canada, a déclaré que la stratégie reconnaît que la sécurité alimentaire dépend d’une production nationale solide.

«Pour les producteurs, l’essentiel sera de savoir si cela débouchera sur des mesures concrètes pour faire face aux pressions sur la production, notamment la hausse des coûts des intrants, la disponibilité de la main-d’œuvre, les conditions météorologiques extrêmes, les parasites et les maladies, les intrants agricoles et les décisions réglementaires qui tiennent compte des réalités de la production alimentaire au Canada», a-t-il affirmé dans une réponse par courriel.

M. Nielsen a ajouté que cette annonce constituait une première étape et que l’association jugerait la stratégie à l’aune de sa mise en œuvre et de sa capacité à tenir ses promesses.