MONTRÉAL — Michel Mizrahi devait aller à la rencontre de son fils lundi, avant de devenir victime d’un échange de tirs entre la police de Montréal et un homme armé, a affirmé Sarah Raskin.
Codirectrice d’une synagogue que M. Mizrahi fréquentait depuis plus de 30 ans, elle a dit croire qu’il avait sauvé des vies tandis que les coups de feu éclataient devant un hôtel Hilton du quartier de Côte-des-Neiges.
Elle a expliqué que M. Mizrahi, qui se trouvait dans un café voisin, a pris conscience du danger et a rapidement averti les personnes présentes à proximité.
«Il leur a dit de ne pas entrer et leur a indiqué où aller; ils ont ainsi échappé au tueur de justesse, à quelques minutes près», a raconté Mme Raskin, qui a entendu ce récit de la bouche d’un fidèle de la synagogue dont un proche se trouvait au café avec M. Mizrahi.
L’homme de 68 ans a été identifié par le bureau du coroner du Québec comme étant la victime civile de la fusillade qui a également coûté la vie à un policier et au suspect. Mardi, M. Mizrahi était salué comme un père dévoué de trois enfants et un membre bien connu de la communauté juive de Montréal.
Mme Raskin a noté que M. Mizrahi était membre de la synagogue Beth Chabad de Côte-Saint-Luc depuis des décennies, et qu’il était tout à fait dans son caractère d’essayer d’aider les autres.
«C’était le genre de personne qu’il était: généreux jusqu’à la dernière minute de sa vie», a-t-elle fait valoir.
Mme Raskin a affirmé qu’elle se souviendrait de M. Mizrahi pour sa générosité et sa gentillesse envers ses amis, sa famille et sa communauté. Il était toujours bien habillé, souvent en complet-cravate, et tenait absolument à payer l’addition lors des cafés et des repas entre amis, a-t-elle ajouté.
Elle a expliqué qu’il vendait des costumes haut de gamme et qu’il était connu pour baisser le prix à un niveau qu’il savait abordable pour ses clients. Elle a raconté que son fils avait récemment acheté un complet-cravate chez M. Mizrahi et était rentré à la maison avec des cravates supplémentaires pour les hommes de la famille.
«C’était simplement sa façon de vouloir faire plaisir, peu importe la manière, juste pour dire: “Je tiens à vous”, c’était tout à fait lui.»
Lauren Berenholc, qui connaissait M. Mizrahi depuis plus de 20 ans, l’a décrit comme une «perle rare».
Elle a dit avoir été frappée par «l’amour indéfectible» qu’il portait à ses trois enfants — deux filles et un fils.
Elle a ajouté que presque tout le monde dans son quartier le connaissait, car il était toujours le premier à se porter volontaire pour aider un voisin. «C’était un vrai gentleman et un homme d’une grande classe», a affirmé Mme Berenholc.
La première ministre du Québec, Christine Fréchette, a présenté ses condoléances à la famille et aux amis de M. Mizrahi sur les réseaux sociaux.
«Personne ne devrait perdre un être cher, particulièrement de cette façon, a-t-elle écrit. Mes pensées accompagnent également les membres de la communauté juive, au sein de laquelle il était personnellement impliqué.»
Selon Mme Raskin, la famille de M. Mizrahi ira en Israël, où elle espère l’enterrer. Elle a précisé que la synagogue souhaitait également organiser un événement communautaire en son honneur à une date ultérieure.
«Tout le monde est tout simplement anéanti, et chacun cherche à trouver un moyen de faire la paix ou de donner un sens à cette histoire, a-t-elle déclaré. Il n’y a aucun sens à en tirer.»
À tout le moins, elle espère que sa mort encouragera d’autres personnes à accomplir un petit geste de gentillesse envers autrui, comme M. Mizrahi l’a fait tant de fois au cours de sa vie.
Morgan Lowrie, La Presse Canadienne