La police de Colombie-Britannique enquête actuellement sur l’étrange affaire d’un ancien marine américain et combattant de MMA qui a épousé quatre femmes à la suite sans avoir divorcé de ses épouses précédentes.
Si les défenseurs saluent cette initiative rare – qui, selon les autorités, constituerait la première poursuite pour bigamie dans cette province depuis au moins une décennie –, ils appellent les organismes provinciaux à faire preuve de diligence raisonnable et à cesser de délivrer des licences dans de telles situations.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News. Il s’agit de la troisième partie d’une série de reportages de l’équipe W5. Lisez la première partie et deuxième partie de l’enquête.
«Nous attendons de tout organisme délivrant des licences qu’il garde une trace des personnes à qui il les délivre», a lancé Angela Marie MacDougall, directrice générale de l’association Battered Women’s Support Services, basée à Vancouver.
«Ce que nous ne voulons pas, c’est que les gouvernements provinciaux créent une opportunité pour les prédateurs, franchement, d’abuser de cette situation pour faire du mal», a-t-elle dit, ajoutant qu’elle écrirait au gouvernement de la Colombie-Britannique pour demander une amélioration du système.
Mme MacDougall s’est exprimée à la suite des enquêtes menées par W5 sur la manière dont Jason Washington a pu, pendant une décennie, se marier avec plusieurs femmes à la suite sans divorcer d’aucune d’entre elles.

Deux épouses ont raconté à W5 qu’elles avaient fui leur mariage avec M. Washington – qui avait déjà été condamné pour voies de fait, menaces et homicide involontaire – et qu’elles avaient donné la priorité à leur propre sécurité plutôt qu’à l’achèvement des formalités de divorce.
Le fait qu’il fût déjà marié n’a pas empêché les autorités de la Colombie-Britannique de délivrer des licences de mariage ultérieures. Un quatrième mariage à Buffalo s’est soldé par un divorce en décembre, selon les archives judiciaires américaines.
Jason Washington a affirmé qu’il n’avait rien fait de mal et qu’il avait vécu des mariages sincères et aimants avec chacune de ces femmes, qui, selon lui, avaient la responsabilité de remplir les documents de mariage.
Cette semaine, la police de Delta, une banlieue de Vancouver en Colombie-Britannique, a déclaré enquêter sur cette affaire.
«Je peux confirmer que nous avons reçu une plainte et qu’une enquête est actuellement en cours», a rapporté le sergent Mike Whiteley.
Les responsables de la Colombie-Britannique ont déclaré que la menace de sanctions pénales était suffisante pour dissuader les gens de mentir sur un formulaire de demande ou de contracter un mariage bigame. Au Canada, le Québec est la seule province qui exige des célébrants qu’ils vérifient les antécédents et qu’ils soient tenus responsables de la délivrance de licences illégales.
«Qu’est-ce qui est vrai? Qu’est-ce qui ne l’est pas?»
Plusieurs femmes de partout au Canada ont contacté W5 pour dire qu’elles en avaient assez qu’on leur répète que leurs cas étaient rares ou isolés, et qu’elles étaient soulagées d’apprendre qu’elles n’étaient pas seules.
Une femme, que W5 appelle Sharon, a épousé son conjoint en 2020, sachant qu’il avait déjà été marié et que ce mariage s’était soldé par un divorce.
Elle a expliqué que le couple s’était installé près de Kamloops, en Colombie-Britannique, mais que ses recherches en ligne lui avaient rapidement révélé qu’il avait contracté plus de mariages qu’il ne le laissait entendre.
«Il y en avait un dont j’avais connaissance. Je ne savais rien des trois autres », a-t-elle raconté lors d’une entrevue. «C’est une véritable montagne russe.»

Trois de ses quatre mariages précédents ne se sont pas soldés par un divorce, a-t-elle précisé, ce qui signifie qu’en comptant elle-même, il est techniquement toujours marié à quatre femmes au Canada et aux États-Unis.
«On se rend compte qu’on connaît à peine cette personne. On se rend compte qu’on s’est fait avoir, qu’on a été trompée. On se dit : “Qu’est-ce qui est vrai? Qu’est-ce qui ne l’est pas?”», a-t-elle dit.
Elle souhaitait faire annuler son mariage au motif qu’aucun certificat de mariage n’aurait dû lui être délivré. Mais elle s’est heurtée à un autre obstacle de taille : les fonctionnaires du tribunal de Kamloops lui ont demandé de prouver que son mari n’avait pas déjà divorcé.
Cela impliquait de faire des demandes auprès de tous les organismes délivrant des certificats de mariage en Amérique du Nord, pour finalement constater que certains États ne lui fourniraient pas cette preuve. Elle dit qu’elle se débat toujours avec la paperasse.
«Bien que la bigamie soit illégale au Canada, ils rendent la procédure impossible à mener à bien», a-t-elle indiqué.

Hilary Angrove, avocate spécialisée en droit de la famille en Ontario, a soulevé une autre préoccupation : les personnes qui contractent un second mariage pourraient découvrir que, si elles tentent de réclamer des biens lors d’un divorce, un tribunal pourrait juger qu’elles n’étaient pas mariées au départ.
«C’était un mariage nul. Elle ne peut même pas demander le divorce. Il serait annulé car ce n’était même pas un mariage au départ. On ne peut être marié qu’à une seule personne, et il était marié à cette première personne», a-t-elle expliqué.
Il existe d’autres moyens juridiques pour tenter d’obtenir des biens issus d’un mariage bigame, selon l’avocate, mais le conjoint doit saisir le tribunal pour réclamer ces biens sur une autre base.
«La seule personne qui détient des droits dans ce scénario est celle du premier mariage», a dit Me Hilary Angrove.

