«Ma queue et mon cœur s’emballent…» Lue hors contexte, cette ligne peut laisser place à l’interprétation, voire porter une connotation sexuelle. L’a-t-on compris chez le Commissariat aux langues officielles du Canada?
C’est cette phrase qui s’est retrouvée sur une image publiée vendredi sur Facebook par le Commissariat pour encourager la population à célébrer la Saint-Valentin en anglais et – surtout – en français.
L’image en question est une infographie montrait deux chiens dont les queues s’entrecroisaient autour d’un cœur rouge et frappée du logo du Commissariat.
«Ma queue et mon cœur s’emballent… quand tu t’exerces à parler ta deuxième langue officielle!» pouvait-on lire sur l’infographie.
«Parler sa deuxième langue officielle, ça peut être amusant!», était-il aussi écrit en guise de message dans la publication de l’organe du gouvernement fédéral. «Invite ton Valentin ou ta Valentine à s’exercer à parler sa deuxième langue officielle avec toi et célébrez ensemble votre amour pour les langues officielles du Canada!»
Saint-Valentin, queue et langues officielles… Ce cocktail contenait plusieurs ingrédients pour susciter des réactions de la part de certains, incluant Alexandre Alonso, vice-président pour le Québec et les affaires francophones de la Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SOCAN).
«On comprend bien qu’au Commissariat aux langues officielles du Canada, il y a des personnes dans le processus de traduction et/ou d’approbation qui maîtrisent bien leur deuxième langue officielle pour oser un message aussi subtil», a écrit M. Alonso en commentaire sous la publication.
«Bel exemple de pourquoi l’adaptation culturelle est aussi importante que la traduction», a noté une autre utilisatrice de Facebook. «Soit personne n’a relu, soit c’était intentionnel. Dans les deux cas, ouch.»
Au Commissariat aux langues officielles du Canada, on n’a initialement pas vu de problème avec cette infographie.
«Notre intention n’était pas de sexualiser le contenu, mais de faire sourire et de rendre nos messages sur les langues officielles plus accessibles», a réagi une porte-parole du nom de Sonia Lamontagne dans un courriel envoyé à Noovo Info.
«On ne voyait que nos petits chiens!»
— Extrait d’un commentaire du Commissariat aux langues officielles du Canada publié sur Facebook
Mme Lamontagne a ajouté qu’à l’avenir, «nous nous assurerons de revoir attentivement nos publications pour éviter ce type de malentendu».
Le Commissariat a publié d’autres messages comme commentaires en réponse aux usagers qui se sont moqués de l’infographie ou y ont réagi négativement.
«Nous vous assurons aussi que toutes nos publications sont rédigées et révisées par de véritables traducteurs-réviseurs francophones et anglophones professionnels!» a-t-on écrit au nom du Commissariat, dont le rôle est de veiller à la pleine reconnaissance et à l’usage du français et de l’anglais dans les institutions fédérales et la société canadienne.
«Nous reconnaissons que la publication pouvait laisser place à l’interprétation», a convenu le Commissariat dans un autre commentaire.
Il semble que le Commissariat pensait avoir rempli sa mission – du moins c’est l’interprétation que fait Noovo Info de cet autre message publié par le département.
«Ah, la St-Valentin approche et les esprits coquins s’éveillent! On est ravis que notre petit trait d’humour suscite des discussions… surtout si ça permet de parler des langues officielles, de leur importance et de faire rayonner la mission du Commissariat encore plus loin!»
Prise de «conscience», retrait et regret
La ou les personnes responsables du compte du Commissariat aux langues officielles du Canada ont finalement supprimé la publication vendredi soir pour la remplacer par une autre, laquelle contient des excuses.
«À la lumière des commentaires des internautes, nous avons pris conscience que notre publication d’aujourd’hui n’a pas eu l’effet souhaité», a-t-on écrit dans le nouveau message, dénué d’image cette fois. «Conscients qu’elle a pu décevoir ou prêter à confusion, nous avons choisi de la retirer afin de ne pas nuire à notre mandat, qui demeure essentiel.»
Le Commissariat aux langues officielles du Canada dit reconnaître «que cette publication a pu être interprétée de différentes façons» et regrette «sincèrement cette situation».
«Le Commissariat et l’ensemble de son équipe tiennent profondément au français et travaillent chaque jour à le protéger et à le valoriser, y compris dans nos communications», conclut-on. «Nous demeurons engagés à faire mieux.»

