Société

L’impact de la guerre commerciale avec les États-Unis sur Coaticook

«Il y a un peu de tension…», a rapporté une résidente.

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Coaticook, au Québec, se trouve à environ 15 minutes de la frontière avec le Vermont. Coaticook, au Québec, se trouve à environ 15 minutes de la frontière avec le Vermont.

La rivière Coaticook traverse la ville du même nom, située dans les Cantons-de-l’Est, au Québec, et franchit la frontière canado-américaine pour se jeter dans le Vermont, à 15 minutes au sud.

Beaucoup d’habitants de cette ville d’environ 9000 personnes partageaient autrefois ce sentiment à l’égard de leurs voisins du sud : il s’agissait d’une relation fluide et intégrée, ponctuée de fréquents passages à la frontière pour les vacances, le magasinage, une visite chez Walmart ou même pour faire le plein d’essence.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

C’est ainsi qu’a grandi Clara Mackinnon, qui a toujours vécu à Coaticook. Aujourd’hui, à l’ère des droits de douane, elle fait état d’une «certaine animosité» et d’une réticence à franchir la frontière. «Il y a un peu de tension… une certaine réticence à traverser la frontière pour profiter de ce qu’il y a de l’autre côté», a-t-elle dit.

Mme Mackinnon dirige une clinique de chiropratique sur la rue principale. Elle connaît quelques personnes qui ont été touchées par les mises à pied chez le fabricant d’armoires sur mesure Cabico et dit que ses clients lui font parfois remarquer à quel point il est devenu plus difficile de faire des affaires au sud de la frontière.

Au cours des premiers jours qui ont suivi la mise en vigueur des droits de douane par les États-Unis en 2025, c’était «le chaos… et un choc total» en ville, s’est souvenu Sara-Jean Breault.

On voit ici un poste-frontière situé près de Coaticook, au Québec. On voit ici un poste-frontière situé près de Coaticook, au Québec.

Mme Breault est conseillère en développement économique pour la grande région de Coaticook. Cette grande région compte 19 000 habitants, regroupe une douzaine de villes et est limitrophe de deux États américains, le Vermont et le New Hampshire.

Elle s’est immédiatement mise au travail pour aider les entreprises à cerner leurs besoins et à déterminer la marche à suivre. Elle n’avait pas l’habitude de voir de grandes entreprises frapper à sa porte. Il semblait que tout le monde avait besoin d’aide.

Aujourd’hui, les entreprises sont toujours en difficulté.

CTV News s’est rendue dans la région pour visiter l’usine Cabico. Le propriétaire, Alain Ouzilleau, fait pression sur le gouvernement fédéral pour qu’il impose des droits de douane provisoires sur les importations dans le secteur des produits du bois, tandis qu’une enquête de sauvegarde est en cours. Cette usine fonctionne à 50 % de sa capacité, et M. Ouzilleau a dû mettre à pied environ 200 personnes réparties entre ses deux usines de Coaticook et de St. Catharines, en Ontario.

«Nous sommes certainement l’un des plus importants employeurs de Coaticook, dans les Cantons-de-l’Est, et bien sûr, lorsque nous mettons des gens à pied, c’est toute l’économie, c’est toute la chaîne d’approvisionnement qui en souffre», a-t-il dit.

Le pire scénario vécu par la ville est celui de l’usine de meubles South Shore, désormais fermée. L’entreprise a annoncé la fermeture de ses deux usines québécoises en avril, imputant la chute de 77% de ses ventes aux droits de douane américains de 25 % et aux importations étrangères. Mme Breault précise que la plupart des employés de cette usine ont soit été embauchés par Cabico, soit pris une retraite anticipée.

On voit ici l'usine de meubles de South Shore, aujourd'hui fermée, en juillet 2026. On voit ici l'usine de meubles de South Shore, aujourd'hui fermée, en juillet 2026.

Pour d’autres entreprises, en particulier les petites entreprises, le défi consiste à trouver des mesures de soutien gouvernementales qui fonctionnent.

«Si, du jour au lendemain, vous perdez 80% de votre clientèle, il ne suffit pas de dire: “Bon, on va vous donner un peu d’argent [pour] un programme qui vous aidera à réfléchir à la façon dont vous pourriez [faire des affaires avec] l’Europe.” Ce n’est pas suffisant», a-t-elle expliqué à CTV News. «Nous sommes vraiment motivés, mais aussi vigilants pour nous assurer de pouvoir maintenir les entreprises déjà en place et d’en attirer d’autres ici.»

L’agriculture est le principal secteur d’activité de la région, suivie par l’industrie manufacturière et le tourisme.

Bien que certains résidents nous confient, à titre anecdotique, qu’ils ne se rendent plus dans le sud et se demandent si le nombre d’Américains qui viennent les visiter a diminué, Mme Breault décrit le tourisme comme une «lueur d’espoir» au milieu des tensions actuelles, affirmant que le secteur se porte toujours bien.

CTV News a exploré le sentier de la gorge de la ville ainsi qu’un pont suspendu qui, avec ses 169 mètres de longueur, se présente comme le plus long de ce type en Amérique du Nord. Nous y avons rencontré plusieurs touristes canadiens et américains, dont certains n’ont pas hésité à dire qu’ils n’étaient pas non plus partisans des droits de douane.

«Je me sens simplement désolée pour toutes les personnes qui n’ont tout simplement pas les moyens de faire face à la hausse des prix de l’essence, des épicerie et d’autres choses de ce genre», a confié Faith Delaney, en visite depuis le Massachusetts.

«Je ne pense vraiment pas qu’il soit représentatif d’une grande partie du pays», a-t-elle dità propos du président américain Donald Trump.

«Ils ont été très accueillants», a souligné Jane Inman, du New Hampshire, à propos de l’accueil que ses amis et elle ont reçu au Québec. «Je me demandais un peu comment cela allait nous affecter, mais ils ont été très accueillants et serviables.»

À quelques minutes de là se trouve la Laiterie de Coaticook, l’un des plus grands fabricants de crème glacée du Québec. C’est un endroit très prisé en été, où affluent tour à tour touristes et gens de la région.

La rivière Coaticook, vue en juillet 2026. La rivière Coaticook, vue en juillet 2026.

Caroline Rodrigue, une résidente de Coaticook, affirme que le problème vient de Trump, et non de ses voisins du sud de la frontière.

«C’est lui. C’est lui le problème ici. Parce que nous entretenons d’excellentes relations avec l’autre côté de la frontière, puisque nous sommes très proches», a-t-elle lancé.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, s’est arrêté par hasard pour déguster une crème glacée et serrer des mains dans le cadre de sa tournée estivale au Québec, alors que CTV News se trouvait sur place.

Il affirme que, que l’on aime ou non le président, tout le monde doit garder à l’esprit à quel point le marché canadien est étroitement intégré à celui des États-Unis. Il estime qu’il est crucial de conclure une entente commerciale, mais il ne perçoit pas «une réelle intention de négocier, ni de la part du Canada ni de celle des États-Unis», et ce sont les petites entreprises qui en font les frais.

M. Blanchet affirme que c’est bien beau d’encourager les entreprises à se diversifier ailleurs, «mais la vérité, c’est qu’à 15 minutes d’ici se trouve le marché le plus riche du monde».