Société

Lettre ouverte | Pour des mesures contre les abus en gestion immobilière

Voici une lettre ouverte signée par le président de l’Association québécoise des retraités des secteurs public et parapublic à la suite du reportage «Portes à tout prix» de l’émission «Enquête».

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Appartement Montréal Des immeubles résidentiels à Montréal. Photo non datée. (Envato)

À la suite du reportage Portes à tout prix, diffusé à l’émission Enquête de Radio-Canada parue le 22 octobre dernier, l’Association québécoise des retraité(e)s des secteurs public et parapublic (AQRP) dénonce des pratiques immobilières qui fragilisent les locataires, particulièrement les personnes aînées, et appelle le gouvernement à agir pour mieux les protéger.

Le reportage met en lumière des stratégies visant à augmenter rapidement les loyers afin de gonfler la valeur des immeubles et d’accroître la capacité d’emprunt des investisseurs. Pour y arriver, certains n’hésitent pas à exercer des pressions sur les locataires, à leur présenter les hausses comme inévitables ou encore à les pousser à quitter le logement. Cette recherche d’enrichissement se fait donc au détriment des locataires qui ne connaissent pas toujours les recours à leur disposition ou qui hésitent à les exercer.

Au Québec, le cadre actuel n’impose pas de limites strictes et laisse la place à la négociation entre propriétaires et locataires. Toutefois, bien que les locataires puissent refuser l’augmentation de loyer et demander au Tribunal administratif du logement (TAL) de fixer le montant du loyer, encore faut-il connaître ce mécanisme et oser s’en prévaloir. Devant une hausse importante ou la pression du propriétaire, plusieurs locataires peuvent se sentir démunis et accepter les nouvelles conditions du bail malgré eux.

Cette situation est particulièrement préoccupante pour les personnes de 65 ans et plus. Lorsqu’on habite le même logement depuis de nombreuses années, on y a construit ses repères et développé des liens avec son voisinage. On peut aussi dépendre de la proximité des commerces, des services de santé et du transport collectif pour conserver son autonomie. Quitter son logement n’est donc pas une simple décision financière : cela peut bouleverser tout un milieu de vie. Et lorsqu’aucun logement abordable n’est accessible à proximité, quelles options reste-t-il ?

Certaines protections légales existent pour les personnes aînées, contre certaines reprises de logement et évictions, mais elles ne répondent pas aux situations où des hausses abusives ou des pressions répétées finissent par pousser une personne à quitter par elle-même son milieu de vie.

Ces pratiques contribuent également à aggraver la crise du logement abordable qui sévit au Québec depuis plusieurs années. La construction de nouveaux logements est nécessaire, mais elle ne suffit pas si les logements disponibles demeurent hors de portée d’une part importante de la population. Le véritable enjeu est aussi de garantir une offre de logements à des prix que les ménages peuvent réellement assumer. Lorsque l’augmentation des loyers devient un moyen de maximiser rapidement la valeur d’un immeuble, plutôt que de répondre à des besoins résidentiels, c’est l’accès même à un logement convenable qui est compromis.

Des mesures concrètes s’imposent

L’AQRP demande au gouvernement du Québec de mettre en place des mesures concrètes afin de mieux protéger les locataires contre les hausses abusives de loyer. Il est essentiel de renforcer les mécanismes d’encadrement, notamment en exigeant des propriétaires qu’ils justifient de façon transparente les augmentations demandées. À cet égard, le modèle ontarien, qui prévoit un plafonnement des hausses pour certains logements ainsi qu’une autorisation pour dépasser les seuils établis, constitue une piste intéressante à explorer.

L’AQRP accueille favorablement les différentes pistes de solution soulevées à la suite du reportage, notamment celles visant à mieux encadrer les pratiques immobilières et à limiter les effets de la spéculation sur l’accessibilité au logement. Nous demandons au gouvernement de faire de la protection des locataires une priorité et de renforcer les dispositions législatives afin de préserver l’accès à des logements abordables et sécuritaires.

Pour les personnes aînées, cette question est particulièrement préoccupante. Plusieurs vivent avec des revenus fixes et disposent d’une marge de manœuvre financière limitée pour absorber des augmentations importantes de loyer. Au-delà des considérations économiques, c’est leur stabilité, leur sécurité et leur qualité de vie qui sont en jeu. Vieillir dans la dignité, c’est aussi pouvoir demeurer dans son milieu de vie sans craindre d’en être évincé pour des raisons financières.

Derrière chaque porte se trouvent une personne, une famille, une histoire. Personne ne devrait avoir à choisir entre se loger convenablement et répondre à ses besoins essentiels. L’accès à un logement abordable, sécuritaire et adapté doit demeurer une priorité collective, peu importe l’âge ou la situation financière.

Paul-René Roy

Président

Association québécoise des retraités des secteurs public et parapublic