Société

Les répercussions qu’aurait la fermeture définitive d’une usine de Stellantis sur une collectivité

«Notre chiffre d’affaires a chuté d’environ 50 %.»

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L'usine d'assemblage automobile de Stellantis, à Brampton, en Ontario, le mercredi 15 octobre 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Nathan Denette L'usine d'assemblage automobile de Stellantis, à Brampton, en Ontario, le mercredi 15 octobre 2025. LA PRESSE CANADIENNE (Nathan Denette)

En face de l’entrée principale de l’usine d’assemblage Stellantis à Brampton, en Ontario, se trouve un restaurant caribéen – Molly’s Roti Shop – qui était autrefois un lieu incontournable pour les travailleurs de l’usine. Cela signifiait qu’il y avait beaucoup de monde non seulement à l’heure du dîner, mais aussi parce que les employés travaillaient en quarts de travail rotatifs, le restaurant était donc presque toujours bondé, explique le propriétaire, Afzal Mohammad.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

«À différents moments de la journée, cet endroit était plein», a expliqué M. Mohammad à CTV News samedi, ajoutant qu’il connaissait bon nombre de ses clients par leur prénom.

«Ils faisaient partie de la famille. Ils appelaient mon restaurant et disaient “Salut, c’est Greg” ou n’importe qui d’autre, puis passaient leur commande. Ils me connaissaient tous; ils entraient et me serraient dans leurs bras.»

—  Afzal Mohammad, propriétaire de Molly’s Roti Shop

Un contraste saisissant avec ce à quoi cela ressemble depuis ces deux dernières années: une douzaine de chaises vides, aucune assiette sur les tables et peu de clients qui franchissent la porte.

Tout cela fait suite à la fermeture temporaire de l’usine Stellantis il y a près de trois ans, pour ce qui devait être une réorganisation à court terme et qui s’est maintenant transformée en ce qui pourrait être une fermeture définitive.

«Si on a une personne à une table, peut-être deux tables, c’est à peu près tout. Il y a donc beaucoup plus de sièges vides», explique M. Mohammad.

«Notre chiffre d’affaires a chuté d’environ 50 %», ajoute-t-il. «J’envisage maintenant de fermer mon restaurant. Je l’ai mis en vente… et pour l’instant, il est toujours sur le marché, mais je n’arrive pas à trouver preneur.»

Comme si c’était prévu, pendant l’entrevue avec l’homme, un client entre dans le restaurant. Ce n’est pas n’importe quel client, mais l’un de ses habitués, un employé de l’usine.

«J’ai pensé à ce rôti toute la journée», a raconté Dave Sears, employé chez Stellantis depuis plus de trois décennies.

Même s’il ne travaille plus de l’autre côté de la rue, il fait toujours le trajet en auto pour voir son ami et satisfaire son envie de rôti.

«J’étais persuadé qu’on allait rouvrir», a soutenu M. Sears à CTV News samedi.

«Je garde espoir, mais je suis surpris… Je suis perplexe… (Je suis) un peu en colère… Beaucoup de gens ont besoin de travailler. Beaucoup de gens comptent là-dessus.»

—  Dave Sears, employé de l'usine Stellantis

Incertitude entourant l’usine de Stellantis

L’incertitude entourant l’usine d’assemblage de Stellantis à Brampton s’est accentuée vendredi, après qu’Unifor eut affirmé que le constructeur automobile envisageait sérieusement de fermer et de vendre l’usine.

Lors d’une conférence de presse, la présidente nationale d’Unifor, Lana Payne, a indiqué que Stellantis avait informé le syndicat mercredi de son intention d’entamer des discussions avec une autre entreprise au sujet d’une vente potentielle.

Le syndicat a souligné que Stellantis n’avait pas émis d’avis écrit officiel de fermeture, et qu’aucun acheteur, accord de vente ni échéancier de transaction n’avait été annoncé publiquement.

Selon les termes de sa convention collective, Unifor affirme que Stellantis doit donner un préavis d’au moins un an en cas de fermeture ou de vente. Le contrat actuel du syndicat avec le constructeur automobile expire en septembre, et l’avenir de l’usine de Brampton devrait constituer un enjeu majeur lors des prochaines négociations.

Plus de 2200 membres de la section locale 1285 d’Unifor sont en mise à pied depuis l’arrêt de la production automobile à l’usine en décembre 2023. L’usine devait subir un réoutillage et rouvrir pour fabriquer la Jeep Compass de nouvelle génération.

Stellantis a suspendu les travaux de réoutillage en février 2025, avant d’annoncer en octobre que la production prévue du Compass serait plutôt confiée à son usine de Belvidere, en Illinois. L’usine de Brampton s’est ainsi retrouvée à l’arrêt pour une durée indéterminée, sans modèle de véhicule qui lui soit officiellement attribué.

Unifor soutient que le transfert de la production du Compass a enfreint à la fois sa convention collective et les engagements pris par Stellantis en échange d’un financement important des gouvernements fédéral et provincial. Le syndicat a indiqué qu’il prévoyait rencontrer les dirigeants de l’entreprise et les représentants de tous les paliers de gouvernement dans les jours et les semaines à venir, tout en profitant des prochaines négociations contractuelles pour faire pression en faveur de mesures de protection des emplois et des revenus des travailleurs.

Stellantis n’a pas confirmé directement la version d’Unifor concernant une fermeture ou une vente potentielle. Dans une déclaration transmise par courriel à CTV News, le constructeur automobile a indiqué qu’il se préparait à entamer le processus de négociation collective et qu’il n’avait «rien à annoncer pour le moment».

«Notre priorité demeure de trouver une solution de fabrication durable pour l’usine de Brampton», a affirmé l’entreprise.

«Spéculations»

Un porte-parole de la ministre fédérale de l’Industrie, Mélanie Joly, a exprimé qu’Ottawa s’efforçait de protéger les travailleurs et de maintenir l’usine de Brampton en activité. Le porte-parole a ajouté que le gouvernement continuait de collaborer activement avec Stellantis, Unifor et le gouvernement de l’Ontario.

«Nous avons adopté une motion au conseil municipal de Brampton visant à interdire toute utilisation autre que celle liée à l’industrie automobile. Ainsi, si l’entreprise pensait pouvoir vendre le site pour en tirer un profit rapide, cela ne servirait à rien, car elle ne pourra pas le vendre à d’autres fins que celles liées à l’automobile», a dit samedi le maire de Brampton, Patrick Brown, lors d’une entrevue avec CP24.

«La vente potentielle n’a pas été confirmée par le cabinet de la ministre [Mélanie] Joly, ni par l’entreprise. Il s’agit donc pour l’instant de spéculations», a ajouté M. Brown. «Le syndicat a entendu des rumeurs selon lesquelles l’entreprise voudrait peut-être vendre le site à un sous-traitant du secteur de la défense, mais d’après ce que j’ai compris, le gouvernement fédéral n’appuierait pas la vente de la propriété à des fins autres que l’industrie automobile.»

Mais cela n’a pas empêché d’autres propriétaires d’entreprises voisines de s’inquiéter pour l’avenir de leurs investissements.

Shelly Lewis, propriétaire de Shelley’s Kitchen, également situé en face de l’usine Stellantis, se dit choquée d’apprendre la possibilité d’une fermeture définitive et d’une vente de l’usine.

«Ça m’a vraiment beaucoup affectée», a déclaré Mme Lewis à CTV News samedi, ajoutant que sa clientèle s’était tarie. «Surtout un jour comme aujourd’hui, c’est vraiment calme. Normalement, il y aurait beaucoup de monde, surtout le matin pour le déjeuner. Mais non, c’est très calme.»

À 72 ans, M. Mohammad se demande combien de temps encore il pourra maintenir son restaurant à flot.

«Nous dépendions beaucoup d’eux», a-t-il souligné. «Les factures ont augmenté et elles ne cessent de grimper. J’ai dû puiser dans mes économies pour continuer à fonctionner. Mais c’est tout ce que j’ai et si je ferme boutique, je n’ai vraiment plus rien à cet âge.»

Pour l’instant, l’usine appartient toujours à Stellantis et est à l’arrêt. Aucune fermeture définitive, ni vente, ni programme de production de remplacement n’a été officiellement annoncée.