Société

Les médecins de famille anglais pourraient-ils pallier la pénurie au Canada?

«Ils partent vers d’autres pays ; j’ai eu des collègues qui sont partis au Canada, une destination très populaire.»

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Francis Okoroh Le Dr Francis Okoroh a quitté l'Angleterre pour s'installer au Canada en 2024 et a depuis ouvert un cabinet au cœur du centre-ville. (CTV News)

Alors que l’Angleterre connaît depuis des mois des troubles sociaux dans le secteur de la santé, un nouveau rapport publié par le British Medical Journal (BMJ) a révélé que des médecins et des spécialistes de ce pays envisagent de traverser l’Atlantique, certains d’entre eux envisageant de s’installer au Canada pour y exercer.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

C’est une bonne nouvelle pour les Canadiens, qui ont du mal à accéder aux soins de santé.

Au début du mois, le Dr Shani Datta, un psychiatre qui siège également au comité des spécialistes du British Medical Journal, a indiqué avoir entendu de nombreux médecins dire qu’ils envisageaient de quitter l’Angleterre, frustrés par les salaires, la sécurité d’emploi et les postes disponibles.

«Ils partent vers d’autres pays ; j’ai eu des collègues qui sont partis au Canada, une destination très populaire», a dit le Dr Datta lors d’un récent balado du British Medical Journal.

Originaire de Birmingham, en Angleterre, le Dr Francis Okoroh a fait le grand saut vers Toronto en 2024. Il a depuis ouvert un cabinet de médecine familiale au cœur du centre-ville.

«Au cours des 18 mois et plus que j’ai passés ici (au Canada), j’ai pu m’associer à d’autres pour ouvrir une clinique au centre-ville. Je pense que cela n’aurait tout simplement pas été possible au Royaume-Uni, avec toute la bureaucratie gouvernementale qui y règne», a expliqué le Dr Okoroh.

Dr Okoroh explique qu’en raison des changements dans le système de santé publique en Angleterre, de nombreux diplômés en médecine ne trouvent pas de travail, et lorsqu’ils en trouvent un, leur échelle salariale est faible par rapport à celle d’autres pays occidentaux.

«La principale raison pour laquelle j’ai déménagé (au Canada), c’est parce que je m’inquiétais pour la sécurité de mon emploi (en Angleterre). J’ai fait ma formation au Royaume-Uni, (et) j’ai suivi ma formation en médecine familiale au Royaume-Uni. J’ai remarqué vers la fin de mon séjour là-bas, alors que je travaillais dans la région de Birmingham, (qu’il) devenait difficile de travailler les quarts de travail que je souhaitais, et financièrement, j’ai été contraint de chercher ailleurs», a déclaré le Dr Okoroh.

Ce lundi 15 juin, les médecins anglais organiseront une grève, marquant la 16e fois qu’ils mènent une action syndicale de ce type au cours de leur conflit de longue haleine, qui dure depuis des mois, avec le gouvernement au sujet des salaires et du manque de possibilités d’emploi.

Au Canada, le système de santé est confronté au problème inverse: un manque de médecins de famille pour les patients à travers le pays.

Selon un rapport de Santé Canada, le Canada comptait un déficit de plus de 22 800 médecins de famille en 2025. Le Dr Okoroh considère le recrutement international comme une partie de la solution pour attirer davantage de professionnels de la santé hautement qualifiés dans le pays, améliorant ainsi l’accès aux soins.

«Le Canada a récemment ouvert ses portes aux personnes originaires du Royaume-Uni (et) d’Australie qui possèdent un diplôme de médecin de famille, ce qui signifie qu’il n’y a pas d’examens supplémentaires à passer. C’est un incitatif de taille», a soutenu le Dr Okoroh.

En décembre, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a lancé des mesures d’immigration ciblées pour renforcer l’offre de médecins au Canada. CTV News a envoyé un courriel à IRCC pour demander combien de médecins ont été attirés au Canada cette année dans le cadre de ce programme. Le ministère n’a pas répondu à la demande avant la date limite.

Bien que l’arrivée de médecins d’Angleterre, d’Australie et d’ailleurs puisse aider à combler une lacune critique dans le système de santé canadien, le Dr Okoroh estime que tous les paliers de gouvernement doivent procéder avec prudence.

«Le point essentiel dont le Canada doit évidemment s’assurer, c’est que le processus de recrutement des médecins soit rigoureux, car on cherche également à maintenir un certain niveau de qualité des soins dans le pays», a exprimé le Dr Okoroh.

Un nouvel afflux de professionnels serait une bonne nouvelle pour les patients confrontés à la pénurie de médecins de famille au Canada.