Société

Les interdictions de livres atteignent des niveaux records

L’American Library Association compile son enquête à partir des comptes rendus des médias et des signalements des bibliothèques.

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ARCHIVES - Une exposition organisée dans le cadre de la Semaine des livres interdits se tient à la bibliothèque publique de Mott Haven, dans le Bronx, à New York, le samedi 7 octobre 2023. ARCHIVES - Une exposition organisée dans le cadre de la Semaine des livres interdits se tient à la bibliothèque publique de Mott Haven, dans le Bronx, à New York, le samedi 7 octobre 2023. (Ted Shaffrey)

Les interdictions de livres et les tentatives d’interdiction atteignent toujours des niveaux records, selon l’American Library Association (ALA). Et les efforts visant à faire retirer certains ouvrages n’ont jamais été aussi coordonnés ni aussi politisés.

L’ALA a publié lundi sa liste annuelle des livres les plus contestés dans les bibliothèques du pays, qui fait partie du rapport de l’association intitulé State of America’s Libraries Report.

Sold de Patricia McCormick, un roman de 2006 sur le trafic sexuel en Inde, arrive en tête de la liste pour 2025. Parmi les autres ouvrages visés figurent le roman de Stephen Chbosky sur la vie à l’école secondaire The Perks of Being a Wallflower (Le Monde de Charlie), le récit autobiographique en bande dessinée de Maia Kobabe Gender Queer (Genre queer) et le roman fantastique romantique très apprécié de Sarah J. Maas Empire of Storms (L’Empire des tempêtes).

L’ALA sélectionne généralement dix livres, mais cette année, il y en a onze, dont quatre ex æquo à la huitième place: le classique dystopique d’Anthony Burgess A Clockwork Orange (L’Orange mécanique), le drame familial d’Ellen Hopkins Identical, le récit sur la vie en internat de John Green Looking for Alaska (Qui es-tu Alaska?) et la romance paranormale de Jennifer L. Armentrout Storm and Fury (La foudre et la fureur).

Les objections portent notamment sur les thèmes LGBTQ+ (Gender Queer, The Perks of Being a Wallflower), les violences sexuelles (Sold et A Clockwork Orange) et la consommation d’alcool et de cigarettes (Looking for Alaska).

Au total, le Bureau pour la liberté intellectuelle de l’ALA a recensé des contestations visant 4235 ouvrages différents, un chiffre dépassé uniquement par les 4240 enregistrés en 2023, depuis que l’association a commencé à tenir ces statistiques il y a plus de 30 ans.

L’association définit une contestation comme «une tentative visant à faire retirer une ressource de la bibliothèque, ou à en restreindre l’accès, sur la base des objections d’une personne ou d’un groupe». La liste a été publiée lundi, pendant la Semaine nationale des bibliothèques, qui se déroule jusqu’au 25 avril.

«Les bibliothèques existent pour faire une place à chaque histoire et à chaque expérience vécue, a déclaré Sam Helmick, président de l’ALA, dans un communiqué. Alors que nous célébrons la Semaine nationale des bibliothèques, nous réaffirmons que les bibliothèques sont des lieux de savoir, d’accès et ouverts à tous.»

L’ALA compile son enquête à partir des comptes rendus des médias et des signalements des bibliothèques. Les chiffres réels sont probablement bien plus élevés, car de nombreux incidents ne sont jamais signalés, reconnaît l’association.

Des contestations organisées et politisées

Pendant des décennies, les contestations visant un livre émanaient d’un parent ou d’un autre membre de la communauté locale. Mais ces dernières années, comme l’a constaté l’ALA, la tendance s’est nettement déplacée vers les responsables gouvernementaux et des militants conservateurs, tels que Moms for Liberty, qui prônent le «choix parental» pour décider de ce que les écoles et les bibliothèques doivent mettre à disposition.

La Floride, le Texas et l’Utah font partie des nombreux États qui ont demandé l’interdiction de livres ou adopté des lois restrictives. En Iowa, une cour d’appel a statué au début du mois que l’État pouvait appliquer une loi limitant la possibilité pour les enseignants d’aborder des sujets LGBTQ+ avec les élèves de la maternelle à la sixième année et interdisant certains livres.

L’année dernière, plus de 90 % des contestations provenaient de militants et de responsables gouvernementaux, selon l’ALA, contre 72 % en 2024.

«En 2025, les interdictions de livres n’ont pas été déclenchées par des parents inquiets, et elles n’étaient pas le résultat d’initiatives locales», a expliqué Sarah Lamdan, directrice du Bureau pour la liberté intellectuelle de l’ALA, dans un communiqué.

«Elles s’inscrivaient dans le cadre d’une campagne bien financée et motivée par des considérations politiques.»

Des listes en circulation

Mme Lamdan a affirmé à l’Associated Press que des militants faisaient circuler des listes de livres ciblés à l’échelle nationale.

Faisant écho à un rapport publié l’année dernière par PEN America qui recensait de multiples interdictions de Sold, A Clockwork Orange et d’autres ouvrages, l’ALA a constaté que les retraits effectifs – plus de 5600 – dépassaient largement le nombre de livres contestés.

«Je pense que cela reflète le fait que ces listes sont largement diffusées, a soutenu Mme Lamdan. On peut voir des vidéos de diverses réunions de conseils d’administration de bibliothèques où les mêmes livres sont pointés du doigt encore et encore.»

La liste de l’ALA des livres les plus contestés en 2025:

  1. Sold de Patricia McCormick
  2. The Perks of Being a Wallflower de Stephen Chbosky
  3. Gender Queer: A Memoir de Maia Kobabe
  4. Empire of Storms de Sarah J. Maas
  5. (ex æquo) Last Night at the Telegraph Club de Malinda Lo ; (ex æquo) Tricks d’Ellen Hopkins
  6. A Court of Thorns and Roses de Sarah J. Maas (Un palais d’épines et de roses)
  7. (ex æquo) A Clockwork Orange d’Anthony Burgess ; Identical d’Ellen Hopkins ; Looking for Alaska de John Green ; Storm and Fury de Jennifer L. Armentrout