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Les hommes sont moins créatifs lorsqu’ils brassent des idées entre eux, selon une étude

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Les hommes seraient moins créatifs lorsqu’ils brassent des idées dans des équipes majoritairement masculines. Les silhouettes de deux hommes d’affaires marchent à Kuala Lumpur en Malaisie le lundi 6 juin 2011. Photo AP Les hommes seraient moins créatifs lorsqu’ils brassent des idées dans des équipes majoritairement masculines. Les silhouettes de deux hommes d’affaires marchent à Kuala Lumpur en Malaisie le lundi 6 juin 2011. Photo AP (Lai Seng Sin)

Les hommes seraient moins créatifs lorsqu’ils brassent des idées dans des équipes majoritairement masculines.

C’est du moins la conclusion d’une étude menée par des chercheurs de HEC Montréal et de l’Université Paris Dauphine.

Les chercheurs ont sollicité la participation de 88 gestionnaires d’expérience afin de contribuer à une séance de remue-méninges. Ceux-ci ont été répartis à travers 22 équipes de 4.

La moitié des équipes était majoritairement masculine, tandis que la composition de l’autre moitié ne l’était pas.

L’expérience, qui a été filmée, a permis de constater que les hommes se comportent différemment, selon la composition de leur équipe.

«Ce qu’on voit, c’est que lorsqu’ils sont entourés d’hommes, les hommes participent moins, explique une professeure de HEC Montréal, Marine Agogué, en entrevue. Ils proposent moins d’idées, ils rebondissent moins sur les idées des autres et ils arrêtent de travailler plus tôt.»

Ils se montreraient plus satisfaits de leur propre idée, ce qui les amènerait à mettre fin plus tôt à leurs efforts, selon les comportements observés durant l’expérience.

À l’inverse, les hommes seraient plus engagés et collaboratifs lorsqu’ils sont dans un groupe paritaire.

«Lorsqu’ils sont entourés de femmes, ils contribuent plus, souligne la professeure, qui a une expertise dans l’étude du processus créatif. Ils rebondissent plus sur les idées les unes des autres, ils sont moins satisfaits de ce qu’ils ont fait et, du coup, ils continuent plus à travailler, à creuser, à explorer.»

Pourquoi le comportement des hommes est-il influencé par la diversité? Le but de l’étude n’était pas de fournir des hypothèses pour expliquer ce phénomène, répond Béatrice Parguel, chercheuse de l’Université Paris-Dauphine-PSL, qui était de passage à Montréal.

L’intention n’était pas de tenir «un discours idéologiquement inconfortable», avance Mme Parguel, qui reconnaît que le sujet peut faire réagir. «On observe les phénomènes, précise-t-elle. On est capable de les qualifier, de les mesurer et de dire voilà ce que ça génère.»

La littérature scientifique démontre que les gens sont influencés par les stéréotypes de genre, ajoute Mme Agogué, qui reprend la balle au bond. «C’est quoi, les attentes, qu’on a d’habitude sur les comportements des hommes et des femmes?»

Avec ces stéréotypes, on s’attend généralement à ce que les hommes préfèrent la compétition et que les femmes favorisent l’écoute et la collaboration.

Les hommes auraient ainsi plus tendance à adopter la norme de la compétition lorsqu’ils sont entre eux, ce qui nuirait à la collaboration et aux échanges d’idées, avance Mme Agogué.

Bon aussi pour les hommes

L’idée que la diversité favorise une meilleure génération d’idées est bien documentée, mais les études sur les interactions entre collègues ont généralement porté sur les effets de l’homogénéité sur les femmes et les personnes racisées qui se trouvent en situation de minorité, par exemple.

La particularité de l’étude est de se pencher sur les comportements des hommes, selon qu’ils soient dans un environnement où ils sont majoritaires ou non. «C’est un peu quelque chose qui était un angle mort dans la littérature», affirme Mme Agogué.

La démarche apporte ainsi un éclairage supplémentaire, qui permet de discuter de l’impact de l’absence de la diversité sur les hommes eux-mêmes. La conclusion de l’étude fait croire que leur performance serait ainsi renforcée par une plus grande mixité.

«On dit toujours que c’est mieux pour les femmes quand il y a de la diversité, mais c’est aussi mieux pour les hommes», estime Mme Parguel.

Elle se demande également si les hommes ne seraient pas plus épanouis dans un contexte plus mixte, une question à laquelle l’étude ne répond pas directement.

«On s’est vraiment posé la question: “Mais, au fond, est-ce que les hommes, ils ne sont pas aussi plus heureux quand ils ne sont pas qu’entre eux?” Parce qu’en fait, ce qu’on voit, c’est qu’ils sont dans des comportements relationnels beaucoup plus sains et empathiques quand ils sont entourés de femmes.»

Des outils pour trouver de meilleures idées

À la lumière de ses résultats, il ne serait pas réaliste de croire que les entreprises vont du jour au lendemain remanier toutes leurs équipes pour s’assurer une plus grande mixité, précise Mme Parguel.

L’étude peut tout de même être fort utile aux organisations ou aux équipes qui évoluent dans un contexte à forte prédominance masculine.

«(L’idée est de dire): “OK, vous êtes beaucoup de gars dans votre département. Voici ce qui se passe quand vous êtes entre vous”», illustre Mme Parguel.

En étant conscients de certaines dynamiques de groupe, les professionnels peuvent prendre les moyens pour s’assurer que les échanges soient plus propices à la créativité. Il existe plusieurs techniques pour encourager la rétroaction, l’écoute et l’esprit critique en réunion, souligne Mme Agogué.

«Ça nous permet de dire autre chose aux entreprises que: “demain, vous mettez la moitié de femmes dans vos départements” parce que ça ne va pas être fait demain», ajoute Mme Parguel.

Stéphane Rolland

Stéphane Rolland

Journaliste