Joanne Millette se souvient qu’elle attendait avec impatience de se rendre au camp Peaceful Waters, dans les Laurentides au Québec, chaque été lorsqu’elle était guide dans les années 1960.
«On savait toujours que ça approchait, et on était super excitée à cette idée», a raconté celle qui a aujourd’hui presque 70 ans à CTV News.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
La tradition se poursuit aujourd’hui. Chaque mois de juillet, des groupes de Guides du Canada de partout au Québec, dont les membres ont entre 6 et 17 ans, se rassemblent au camp de Morin-Heights après la saison, qui s’étend de septembre à juin.
Le camp, qui fête ses 100 ans cette année, est l’endroit où les filles se rencontrent et participent à des activités récréatives et éducatives, notamment la navigation de plaisance, le canotage, la natation et l’apprentissage de compétences de vie.
Cette propriété rustique est située au bord du lac Bouchette.
Chaque emplacement de camping compte entre six et dix plateformes en bois sur lesquelles est installée une grande tente en toile pouvant accueillir quatre personnes; tous ces emplacements sont reliés par plusieurs routes et sentiers. Les emplacements disposent également de grands abris en bois pour cuisiner, manger et s’abriter.
Le pavillon principal du camp se trouve sur une colline et est doté d’un balcon sur toute la longueur qui surplombe le lac. Mais Mme Millette affirme que la meilleure vue sur le lac, c’est depuis l’amphithéâtre où on fait le feu de camp.
«Passer du temps avec ses amies, dormir dans une tente; c’était un moyen de renforcer sa confiance en soi sans même s’en rendre compte», a-t-elle expliqué. «On s’amusait toujours beaucoup au camp.»
Évolution
Les Guides du Canada ont vu le jour au Canada en 1910 à St. Catharines, en Ontario, et la première unité québécoise a ouvert ses portes trois ans plus tard.
Pour Joanne Millette, cela a fait partie d’une majeure partie de sa vie.
Elle s’est jointe à l’organisation à l’âge de 8 ans dans une unité de Laval et, au fil du temps, a gravi les échelons au sein de l’organisation, occupant notamment les postes de cheffe d’unité et de commissaire provinciale au Québec. Elle a finalement présidé le comité des biens immobiliers des Guides du Canada.
Mme Millette organise maintenant la célébration du centenaire du camp. Celle qui se décrit comme une enfant timide et introvertie affirme que son adhésion aux Guides du Canada a façonné sa vie à plus d’un titre.
«C’était une expérience formidable. J’ai encore des amies que j’ai rencontrées quand j’étais petite, et c’est pareil pour les filles d’aujourd’hui. Souvent, ça forge ton identité, et ça te donne aussi l’occasion d’apprendre plein de choses que les enfants n’apprennent pas à l’école», a-t-elle avoué. «Je suis une personne différente grâce aux Guides du Canada. Je ne peux pas imaginer ce que j’aurais été sans ça.»

Mme Millette admet que les Guides du Canada étaient bien plus populaires quand elle était petite qu’aujourd’hui, peut-être parce que c’était l’une des seules activités parascolaires offertes aux jeunes à l’époque.
Les Guides étaient aussi différentes quand elle s’y est jointe, ce qui reflétait l’époque. Les défilés, les inspections d’uniformes et l’assiduité faisaient tous partie de la culture.
Les activités étaient aussi fortement influencées par l’époque, et visaient surtout à enseigner aux filles les tâches ménagères, comme la couture, la cuisine et l’art de mettre la table.
«Les Guides du Canada étaient beaucoup plus militaristes; c’était bien plus strict. Il y avait plus de procédures à suivre», a-t-elle dit. «Les activités étaient davantage adaptées à cette époque où les femmes s’occupaient du ménage. Ça reflétait ce qui se passait dans la société, mais à mesure que la société évoluait, les Guides évoluaient aussi.»
Les Guides d’aujourd’hui
Aujourd’hui, les Guides du Canada offrent un large éventail d’activités parascolaires pour les filles et les jeunes femmes, allant des arts et des sciences aux activités de plein air en passant par le développement des compétences en leadership.
Les groupes se réunissent chaque semaine pour enseigner aux filles et aux jeunes femmes des compétences de vie et de carrière ainsi qu’une sensibilisation à la situation mondiale, ce qui leur permet d’obtenir des insignes.
Les cinq branches sont organisées par tranche d’âge: les Sparks (5 à 6 ans), les Embers (7 à 8 ans), les Guides (9 à 11 ans), les Pathfinders (12 à 14 ans) et les Rangers (15 à 17 ans).
Sarah Di Milo, co-commissaire provinciale de l’unité québécoise des Guides du Canada, a rejoint les Guides à l’âge de 5 ans à Greenfield Park, sur la Rive-Sud de Montréal.
Celle qui a maintenant 40 ans explique que les Guides du Canada sont uniques parce que les filles et les jeunes femmes participent à la conception des séances hebdomadaires en fonction de ce qu’elles veulent apprendre, ce qui leur donne la liberté de choisir les compétences et les activités qu’elles souhaitent explorer.
«L’objectif est de concevoir un programme de leadership qui aide les filles et les jeunes du Québec à être vraiment elles-mêmes et à explorer les possibilités de ce qu’elles veulent devenir et de ce qu’elles veulent faire quand elles seront plus grandes», a mentionné Mme Di Milo à CTV News. «Ça leur apprend à être des leaders en elles-mêmes, à se comprendre et à être des leaders au sein de leur propre communauté.»

Mme Di Milo raconte qu’elle était timide quand elle était petite et qu’elle avait du mal à parler en public. Mais le fait de rejoindre les Guides à l’âge de 5 ans lui a donné la confiance nécessaire pour s’améliorer en prise de parole en public, ce qui l’a finalement menée à sa carrière d’enseignante de sixième année — un poste qu’elle occupe depuis 18 ans.
«Je suis celle que je suis aujourd’hui grâce aux Guides. Toutes les compétences que j’ai acquises, je les dois en grande partie aux <i>Girl Guides of Canada</i>: les compétences en communication, en leadership, en premiers soins.»
— Sarah Di Milo, co-commissaire provinciale de l’unité québécoise des Guides du Canada
«Sur le moment, vous vous amusez tellement pendant les activités ou pendant que vous faites du camping avec les amies que vous ne vous rendez pas compte que vous développez toutes ces compétences qui vous accompagneront pour le reste de la vie», a-t-elle ajouté.
Sara Ogilvie, co-commissaire provinciale de la section québécoise des Guides du Canada, a rejoint l’organisme à l’âge de 7 ans au sein de la section de Lachute, sur la Rive-Nord de Montréal, et en fait partie depuis 28 ans.
Celle qui a maintenant 47 ans attribue aussi aux compétences acquises sur le fait d’avoir décroché l’emploi de ses rêves en tant que coordonnatrice d’un centre d’apprentissage communautaire dans une école secondaire.
«J’étais une petite fille vraiment, vraiment timide, mais les Guides m’ont vraiment aidée à sortir de ma coquille», a raconté Sara Ogilvie. «On faisait des présentations pendant nos réunions pour obtenir des insignes, et je devais présenter devant mon groupe. Ça a été un énorme pas pour moi, parce qu’à l’école, on n’arrivait jamais à me faire parler en classe, mais je me sentais assez à l’aise pour le faire chez les Guides.»
Pour elle, ce sentiment d’appartenance reste au cœur de l’organisation. «Ce que j’ai le plus apprécié chez les Guides du Canada, c’est ce qu’on continue d’offrir aujourd’hui: un espace sécuritaire où les filles peuvent être elles-mêmes», a souligné Mme Ogilvie.
«On fait bien plus que vendre des biscuits»
Pour célébrer le centenaire du Camp Peaceful Waters, des unités de partout au Canada ont été invitées en juillet à participer à toute une série d’activités.
Le camp organisera aussi une fin de semaine spéciale en octobre pour les anciennes et les membres actuelles.
Joanne Millette sera de retour au camp cet automne, tout comme elle l’a été pendant plusieurs étés quand elle était guide.
«J’espère que les gens réalisent la valeur d’une organisation comme les Guides. C’est tellement plus qu’une simple séance d’une heure par semaine. J’aimerais que plus de gens en sachent davantage sur nous», a-t-elle dit.
Les Guides existent au Canada depuis plus de 100 ans, mais elles sont loin d’être aussi populaires au Québec que dans les autres provinces, a expliqué Sarah Di Milo. Selon cette dernière, c’est surtout parce que l’organisation n’est pas aussi bien connue dans la communauté francophone que dans la communauté anglophone.

«On entend toujours des commentaires du genre : “Vous existez encore?” ou “Vous vendez toujours des biscuits? » a indiqué Mme Di Milo. «Les gens pensent encore qu’on apprend aux petites filles à devenir des femmes au foyer, comme on le faisait dans les années 50 et 60. Même si la couture est toujours un insigne qu’une enfant peut obtenir, les Guides, c’est bien plus que ça. On fait bien plus que vendre des biscuits.»
Les groupes de Guides partout au Canada commencent leur saison ce mois-ci, et la vente de biscuits démarre cette semaine. C’est la plus grande collecte de fonds de l’organisation, qui aide à financer les programmes locaux.
L’équipe du Québec s’efforce une fois de plus de faire connaître l’organisation et de s’assurer que son héritage se perpétue pour les générations à venir.
«On cherche toujours à accueillir de nouvelles filles et jeunes femmes dans notre programme», a mentionné Sara Ogilvie. «Il y a une sorte de magie et ça va bien au-delà de ce que vous imaginez quand vous lisez des articles à ce sujet.»

