Il n’est peut-être pas surprenant que les femmes soient moins susceptibles que les hommes de se sentir en sécurité lorsqu’elles marchent dehors après la tombée de la nuit, mais une étude récente a traduit ces sentiments en chiffres concrets.
«Nos résultats indiquent que, bien qu’une grande partie de la population québécoise, soit environ 93% se sentent en sécurité lorsqu’elle se promène seule dans son quartier après la tombée de la nuit, il existe des différences notables entre les hommes et les femmes», a rapporté Catherine Moreau, chercheuse à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
L’étude montre que 87% des Québécoises se sentent se sentir en sécurité lorsqu’elles marchent seules dans leur quartier après la tombée de la nuit, comparativement à 97% des hommes.
En ce qui concerne l’utilisation du transport en commun, 64% des femmes ont déclaré se sentir tout à fait en sécurité, contre 83% des hommes.
«Les femmes déclarent se sentir moins en sécurité que les hommes lorsqu’elles se trouvent seules dans des espaces publics après la tombée de la nuit, et cela vaut pour tous les groupes d’âge», a expliqué Mme Moreau. «Ces résultats concordent également avec ceux que nous observons dans le reste du Canada, et lorsque nous les comparons aux cycles d’enquête précédents, nous constatons que ces écarts entre les proportions chez les hommes et chez les femmes persistent au fil du temps.»
Ainsi, l’étude révèle que les femmes sont plus susceptibles de «prendre systématiquement des mesures de précaution pour se sentir plus en sécurité», qu’il s’agisse de conduire, de prendre un taxi ou même de rester chez elles pour éviter de sortir après la tombée de la nuit.
«Ce n’est pas tout le monde, ni toutes les femmes, qui ont les moyens de se permettre ce genre de mesures», a déploré Mme Moreau. «Le fait que les femmes doivent souvent mettre en place ces stratégies peut influencer la façon dont elles utilisent et se déplacent dans les espaces publics, et cela peut avoir des répercussions négatives sur leur santé, ainsi que sur leur bien-être mental et leur qualité de vie globale.»
Elle ajoute que le sentiment de sécurité des gens ne correspondait pas nécessairement aux données officielles sur la criminalité.
Entre 2018 et 2022, les hommes représentaient 60% des victimes d’actes criminels commis dans les espaces publics; les femmes constituaient les 40% restants.
«Lorsque nous examinons les données de plus près, nous constatons que les hommes représentent une proportion plus élevée des infractions pouvant entraîner la mort, c’est-à-dire les homicides ou les tentatives de meurtre, tandis que les femmes sont les principales victimes d’infractions à caractère sexuel», a indiqué Mme Moreau. «Environ cinq agressions sexuelles et autres infractions à caractère sexuel sur six — comme les attouchements ou le voyeurisme — qui se produisent dans les espaces publics sont commises à l’encontre de femmes.»
La chercheuse précise que l’objectif de l’étude est d’exhorter les responsables à tenir compte des expériences vécues par les femmes lors de la mise en œuvre de mesures visant à améliorer l’accès aux espaces publics.
«Afin de leur permettre de se sentir plus en sécurité, dans un environnement plus équitable et plus inclusif», a-t-elle ajouté, soulignant que les municipalités, les services de police, les services communautaires, les autorités de santé publique et les organisations de femmes doivent travailler ensemble.
«Mais il faut également tenir compte du point de vue des femmes elles-mêmes dans ce type de mesures mises en place pour répondre aux problèmes spécifiques auxquels elles sont confrontées», a précisé Catherine Moreau.

