Selon les défenseurs de l’environnement, la décision du gouvernement fédéral de suspendre le projet de l’Ontario visant à agrandir considérablement l’aéroport Billy-Bishop permettra d’éviter que la revitalisation du front de mer de Toronto ne subisse de graves revers.
Ce projet entraînerait une augmentation de la pollution et une «destruction massive» des îles de Toronto, alors que des milliards de dollars ont été investis dans la réhabilitation du front de mer au cours des deux dernières décennies, a relevé Tim Gray, directeur général d’Environmental Defence.
Il a notamment souligné le besoin de près d’un kilomètre de remblai lacustre pour construire une piste et des voies de circulation, ainsi que les «embouteillages» et les émissions des avions et des voitures que l’augmentation du trafic aérien aurait entraînés à terre.
«Le gouvernement fédéral a écouté les habitants de Toronto qui se sont mobilisés par dizaines de milliers pour s’opposer à cette proposition, a dit M. Gray. Cela montre que lorsque les gens s’unissent, ils peuvent apporter un véritable changement et protéger leur ville.»
Vendredi, le ministre fédéral des Transports, Steven MacKinnon, a déclaré que le gouvernement se concentrait «exclusivement» sur les améliorations de sécurité déjà approuvées et en cours à l’aéroport Billy Bishop, plutôt que sur son agrandissement pour permettre l’atterrissage d’avions à réaction.
Il a précisé que cette conclusion s’appuyait sur des consultations publiques ayant recueilli plus de 87 000 réponses.
Cependant, M. MacKinnon a également laissé entrevoir la possibilité d’un changement de cap dans les années à venir, en qualifiant cette décision de «provisoire», plutôt que définitive.
La proposition du premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, visant à agrandir considérablement la piste a suscité des critiques de la part des défenseurs de l’environnement et des associations locales, qui s’inquiétaient des répercussions du projet sur les niveaux de bruit, de circulation et de pollution, ainsi que sur le logement abordable et le front de mer de Toronto lui-même.
Ce projet s’inscrivait dans le cadre d’une initiative plus large du gouvernement Ford visant à réaménager les rives de la ville.
Ces grands projets comprennent le réaménagement d’Ontario Place, actuellement en cours de construction, la création éventuelle d’une nouvelle île destinée à accueillir un immense centre de congrès, ainsi qu’une législation qui a permis à la province de prendre le relais de la ville dans la gestion de l’aéroport Billy-Bishop afin de l’agrandir — une initiative qui est désormais au point mort.
Le ministre des Transports de l’Ontario, Prabmeet Sarkaria, a indiqué vendredi que la province continuerait à œuvrer en faveur de cet agrandissement, soulignant ses avantages sur le plan de la création d’emplois et de la croissance économique.
«Alors que ces travaux se poursuivent, nous attendons avec impatience de découvrir un plan garantissant que le projet préserve les espaces publics, notamment les îles de Toronto, tienne compte des impacts potentiels en matière de bruit et d’environnement, agrandisse et améliore le parc Little Norway, favorise la création de nouveaux logements dans la région et apporte des avantages durables aux communautés locales», a-t-il écrit sur les réseaux sociaux.
Un porte-parole du bureau de M. Ford n’a pas immédiatement répondu samedi à une demande de commentaire.
«C’est un sursis face à une idée extrêmement mal conçue et imprudente qui aurait réduit à néant plus de 50 ans de progrès visant à reconnecter Toronto à son lieu d’origine sur le lac Ontario», a énoncé Ken Greenberg, un urbaniste qui a contribué à diriger un groupe appelé Reality Check, opposé au projet provincial.
M. Greenberg a décrit le port de Toronto, formé par les îles situées juste au large et abritant l’aéroport Billy-Bishop, comme le «joyau de la couronne» du littoral du Golden Horseshoe, en Ontario.
«Il n’existe pas de jet silencieux. C’est un oxymore», a-t-il commenté, tout en reconnaissant que les jets régionaux qu’un aéroport plus grand pourrait accueillir ne font pas plus de bruit que les turbopropulseurs qui y atterrissent quotidiennement.
«La différence ne réside pas dans un seul avion, mais dans la fréquence», a-t-il ajouté.
Le gouvernement Ford a annoncé que l’aéroport atteindrait à terme un trafic prévu de 10 millions de passagers par an et générerait 8,5 milliards $ de retombées économiques annuelles.

