Les dangers en ligne représentent la principale menace à laquelle sont confrontés les enfants au Canada, selon un nouveau rapport publié par une association caritative nationale.
Children First Canada a publié mardi son rapport annuel, présentant chaque année depuis 2018 les 10 principales menaces pesant sur l’enfance.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News
Pour la première fois, le rapport Raising Canada: The state of the nation’s children désigne les dangers en ligne comme la menace numéro une.
«Des jouets équipés d’IA et de l’utilisation excessive des écrans dès le plus jeune âge aux réseaux sociaux, aux jeux vidéo, aux applications de messagerie, à l’exploitation sexuelle en ligne et aux chatbots basés sur l’IA, les enfants grandissent dans un monde numérique qui n’a pas été conçu en mettant leur sécurité, leurs droits et leur développement sain au cœur de ses préoccupations», a-t-on expliqué dans un communiqué de presse.
D’après le rapport, les adolescents canadiens passent désormais en moyenne 7 heures ou plus par jour devant un écran, soit près de quatre fois plus que ce que préconisent les recommandations nationales.
Ces menaces en ligne sont aussi liées à d’autres problèmes auxquels les enfants sont confrontés, notamment une mauvaise santé mentale, la baisse de l’activité physique et du jeu, le harcèlement, le racisme et la discrimination.
Des réseaux en ligne violents comme «764» ont poussé les forces de l’ordre à mettre en garde les Canadiens contre le fait que des enfants sont pris pour cibles via les plateformes de jeux, les réseaux sociaux et les applications de messagerie.
Les défenseurs des droits des enfants expliquent que ce groupe attire des jeunes via des plateformes comme Discord, Roblox, Minecraft ou Twitch, puis les contraint à adopter des comportements violents et abusifs.
Les victimes sont amenées à partager des images intimes, qui sont ensuite utilisées à des fins d’extorsion sexuelle et de chantage.
À Halifax, un jeune a été identifié comme membre de ce sous-groupe violent, qui glorifie la violence extrémiste.
La police régionale d’Halifax indique que ce jeune aurait communiqué avec des centaines de personnes à travers le monde, et que des victimes locales ont également été identifiées.
Le nouveau rapport cite des cas bien connus d’enfants décédés à la suite de préjudices subis en ligne, notamment Rehtaeh Parsons, une jeune fille de 17 ans originaire de Nouvelle-Écosse qui a tenté de mettre fin à ses jours après avoir été violée et victime de cyberharcèlement. Elle a été débranchée de l’assistance respiratoire en 2013.
Cette affaire a suscité l’indignation dans tout le Canada.
L’année d’avant, Amanda Todd, 15 ans, s’est suicidée après avoir été victime de cyberharcèlement et de chantage sexuel. Un mois avant sa mort, elle avait posté une vidéo en ligne dans laquelle elle racontait son histoire à l’aide d’une série de fiches, une vidéo qui est devenue virale et a attiré l’attention internationale.

Carol Todd, la mère d’Amanda, s’est rendue cette année à la Colline du Parlement avec l’association Children’s First Canada pour s’exprimer sur la question des dangers en ligne.
«Aucune famille n’aurait dû avoir à enterrer un fils ou une fille avant qu’on décide d’agir. Pourtant, près de 14 ans après la mort d’Amanda, je me suis retrouvée aux côtés de familles dont les histoires me semblaient douloureusement familières», a-t-elle dit.
Son cas a poussé la Nouvelle-Écosse à adopter des lois contre le cyberharcèlement, mais Children’s First Canada affirme que le développement de la technologie a pris le pas sur les efforts visant à réduire ses dangers.
Sara L. Austin, fondatrice et PDG de l’association, est aussi avocate spécialisée dans les droits de l’homme et maman. Elle explique que les enfants d’aujourd’hui découvrent la technologie avant même de savoir lire.
«Les données présentées dans ces pages m’empêchent de dormir. Elles devraient servir de signal d’alarme», a-t-elle écrit dans le rapport.
«En me plongeant dans les recherches pour ce rapport, je me suis retrouvée à poser une question que, selon moi, chaque parent, éducateur, décideur politique et responsable technologique devrait se poser : “Comment avons-nous pu laisser la technologie s’ancrer si profondément dans l’enfance avant de nous assurer qu’elle était sans danger pour les enfants ?”», a précisé Sara Austin.
Alors que le Parlement reprend ses travaux pour l’automne, le groupe exhorte les décideurs politiques à renforcer et à adopter le projet de loi C-34, connu sous le nom de «Loi sur la sécurité des réseaux sociaux».
Il appelle également à la mise en place d’une stratégie nationale pour la jeunesse et à des investissements en faveur des enfants grâce à une action coordonnée. «Les 8 millions d’enfants du Canada méritent mieux», a affirmé l’association caritative.
Si vous êtes en crise ou si vous connaissez quelqu’un qui l’est, voici quelques ressources disponibles:
- Les résidants du Québec peuvent composer le 1-866-277-3553, envoyer un message texte au 535353, ou consulter la page suicide.ca pour obtenir du soutien par clavardage.
- Ligne de prévention du suicide au Canada (1-833-456-4566)
- Centre de toxicomanie et de santé mentale (1 800 463-2338)
- Services de crise Canada (1-833-456-4566 ou par SMS au 45645)
- Jeunesse, J’écoute (1-800-668-6868)
- Si vous avez besoin d’une assistance immédiate, appelez le 911 ou rendez-vous à l’hôpital le plus proche.
- Si vous ou l’un de vos proches êtes aux prises avec un problème de jeu, il est possible de contacter Jeu: aide et référence au (514) 527-0140 ou (1-800) 461-0140.

