À première vue, les commandes de fleurs pour la fête des Mères de cette année ne semblent pas très différentes, mais en y regardant de plus près, on constate quelques changements.
Les clients recherchent de beaux bouquets aux couleurs vives qui traduisent l’amour qu’ils portent à leur mère, mais qui conviennent à leur budget serré, souligne Lisa Bugden, propriétaire de Flower Trends Florists, à Halifax.
«Nous constatons une certaine limite chez bon nombre de nos clients, une tendance qui se maintient depuis deux ou trois ans», ajoute Mme Bugden à propos du montant que les gens sont prêts à dépenser cette année.
Il est toujours possible de répondre aux attentes des consommateurs malgré des budgets plus serrés. Mais avec la hausse des prix du carburant, de nombreux fleuristes sont confrontés à des coûts d’achat plus élevés et à des surcoûts de carburant pour les livraisons venant d’autres provinces, voire d’autres pays.
S’adapter à la baisse des budgets des consommateurs et à la hausse des coûts est «peut-être plus difficile cette année», constate Mme Bugden.
Les cours mondiaux du pétrole ont explosé depuis le début de la guerre au Moyen-Orient à la fin de février, qui a entraîné un blocage du trafic de pétroliers dans le détroit d’Ormuz — étouffant un cinquième de l’approvisionnement mondial en pétrole.
L’acheminement des fleurs vers Blossom Lane Flowers, situé à Hamilton, en Ontario, coûte désormais plus cher.
Angela Daoulas, propriétaire de Blossom Lane Flowers, témoigne que ses frais d’expédition ont augmenté de 5 à 10 % après que les prix du pétrole ont atteint des sommets quasi records au cours des dernières semaines. Cela a, à son tour, fait grimper les prix de certaines fleurs.
Le coût des pivoines, dont la plupart proviennent d’Italie à cette période de l’année, a considérablement augmenté, rapporte-t-elle.
Par ailleurs, une tige d’œillet, qui est généralement plus abordable, coûte désormais 2 à 5 % de plus, même lorsqu’elle est d’origine locale, ajoute-t-elle.
Des bouquets différents
Mme Daoulas maintient ses prix inchangés, mais ses bouquets seront légèrement différents cette année.
«La différence se situe au niveau du nombre de tiges», explique Mme Daoulas. Cela signifie qu’un bouquet, qui comptait à l’origine dix tiges, pourrait n’en compter que neuf cette année. Ou bien il pourrait contenir d’autres fleurs moins chères, comme des marguerites.
«C’est un peu là que nos producteurs s’adaptent, dit-elle. Ils ajouteront des fleurs moins chères… mais ils vous offriront toujours un bon rapport qualité-prix.»
Cette tendance se répercute également chez Valley Flowers, à Winnipeg.
La propriétaire du magasin, Sheila Tschetter, a remarqué une baisse de 10 à 15 % des dépenses moyennes des consommateurs ces derniers mois.
Cela s’explique par le fait que les frais de transport depuis des destinations lointaines, comme l’Équateur, la Colombie, le Pérou et les Pays-Bas, ont augmenté de 20 à 30 % d’une année sur l’autre, précise-t-elle.
Par ailleurs, un printemps plus froid a laissé certains fleuristes avec moins de choix et des produits plus chers.
«Nous aurions espéré disposer de plus de produits cultivés localement cette année», affirme Ashley MacNeill, propriétaire de Props Floral Design, à Halifax.
«Mais en raison de notre printemps froid, bon nombre de nos producteurs de fleurs n’ont pas autant de fleurs qu’ils l’avaient prévu.»
Cela a alourdi le coût d’approvisionnement en fleurs, qui doivent être expédiées jusqu’à la côte atlantique depuis l’Ontario et le Québec.
Mme MacNeill indique que l’augmentation des coûts se situait entre 10 et 50 cents par tige de fleur — une partie de cette hausse ayant dû être répercutée sur les clients.
«Nous avons des frais généraux importants, des employés à rémunérer et des services de livraison à payer, énumère-t-elle. Il nous est difficile de réduire notre marge globale.»
De la concurrence
Mme Bugden, de Halifax, souligne que les fleuristes sont également confrontés à la concurrence des grandes surfaces, telles que les épiceries et les grossistes, qui ne proposent peut-être pas de bouquets de haute qualité avec une longue durée de conservation, mais offrent des prix plus bas.
«C’est vers ces enseignes que les clients se tournent», constate Mme Bugden.
Mais elle considère aussi ces défis économiques comme une occasion d’être plus créative.
Si le budget d’une personne est de 45 $, son bouquet ne comprendra peut-être pas de lys ou d’hortensias, qui ont tendance à être plus chers, explique-t-elle.
«Nous pouvons toujours inclure une rose ; nous pouvons aussi ajouter des marguerites ou des œillets, des fleurs qui durent longtemps et qui sont tout aussi jolies, précise-t-elle. Nous pouvons toujours créer un bouquet éclatant pour nos clients.»
De son côté, Mme Daoulas, de Hamilton, s’est efforcée d’ajouter des compositions plus abordables à son offre, car les gens achètent souvent plusieurs bouquets pour célébrer toutes les mères de leur vie.
«On ne rend pas seulement hommage à sa maman, mais à sa mère, à sa femme, à sa grand-mère», conclut-elle.

