Société

Les avocats des Spice Girls menacent de poursuivre une entrepreneure canadienne

«C’était un groupe pop international. Comment ont-elles pu nous connaître?»

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Spice Girlz Lily Bond loue du temps dans une cuisine commerciale pour mélanger ses propres assaisonnements. Le super groupe britannique The Spice Girls affirme que ses produits, Spyce Girlz Seasonings, enfreignent leur marque déposée. (CTV News)

Une jeune entrepreneure d’Ottawa est contrainte de changer le nom de son entreprise après que les avocats des Spice Girls aient menacé de la poursuivre pour violation de marque déposée.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

Lily Bond, 22 ans, a lancé sa propre gamme d’assaisonnements alimentaires, «SPYCE GIRLZ», il y a neuf ans. Elle va désormais devoir abandonner ce nom, alors même que les grandes chaînes de supermarchés canadiennes ont manifesté leur intérêt pour commercialiser son produit.

En 2017, à l’âge de 13 ans, Lily Bond a commencé à vendre son assaisonnement pour tacos sur les marchés fermiers afin de gagner un peu d’argent pour s’acheter un ordinateur portable pour l’école. Lily Bond et sa mère sont devenues des habituées des marchés locaux, où les clients les surnommaient régulièrement les «spice girls».

Le nom est resté.

Pour différencier sa marque du supergroupe, Bond a remplacé le «I» de spice par un «Y» et ajouté un «Z» à la fin de «girls».

«Il y avait un véritable culte, et les files d’attente ne cessaient de s’allonger, puis les supermarchés ont commencé à vendre mes produits», a déclaré Mme Bond à CTV News.

Ce qui avait commencé comme une activité secondaire s’est transformé en un emploi à temps plein après qu’elle ait obtenu son diplôme d’études secondaires. Bien qu’elle suive des cours de gestion d’entreprise à l’Université d’Ottawa, elle passe plus de temps à mélanger des ingrédients dans une cuisine commerciale et à gérer les stocks qu’à suivre ses cours.

En janvier 2022, Lily Bond a déposé une demande auprès d’Innovation, Sciences et Développement économique Canada pour enregistrer la marque «Spyce Girlz Seasonings». La demande a été approuvée en octobre 2023.

Mais moins de trois mois après avoir obtenu l’approbation fédérale, les Spice Girls ont clairement fait savoir ce qu’elles voulaient vraiment.

«Comment ont-elles pu nous connaître?»

Dans une lettre envoyée par courrier, les avocats du cabinet Smart & Biggar d’Ottawa ont informé Bond que leurs clientes, les Spice Girls, s’opposaient à sa demande d’enregistrement de marque pour ses assaisonnements.

«C’était un groupe pop international. Comment ont-elles pu nous connaître?» a demandé Mme Bond, ajoutant que l’action en justice du groupe l’avait laissée perplexe.

«Elles ont bâti une marque autour de l’émancipation des femmes. Je pensais qu’il s’agissait de femmes qui soutenaient d’autres femmes.»

—  Lily Bond, propriétaire de Spyce Girlz Seasonings

La lettre datée du 29 janvier 2024 indique que le groupe pop féminin britannique a vendu plus de 105 millions de disques dans le monde, «ce qui en fait le groupe féminin le plus vendu de tous les temps» et «le groupe pop britannique le plus populaire depuis les Beatles».

Les avocats ont affirmé que la marque SPYCE GIRLZ de Bond était «susceptible d’amener le consommateur canadien moyen à croire à tort que vos produits sont d’une manière ou d’une autre associés à nos clients». Il a également été noté que le terme SPYCE GIRLZ était phonétiquement identique au nom du groupe pop.

«Afin que notre cliente puisse préserver et protéger la validité et la valeur de sa marque», Smart & Biggar a exigé que Bond retire sa marque et détruise tous les «articles, emballages ou autres objets en sa possession» portant ces étiquettes.

En cas de «non-respect immédiat», les avocats des Spice Girls ont menacé d’engager des « poursuites judiciaires et des procédures d’opposition ».

«Je ne voulais pas être timide»

Bond n’est pas fan des Spice Girls. Elle préfère AC/DC, et comme le diraient les hard rockers, elle a du cran. Bond a découvert que malgré la protection de leur marque sur des centaines d’articles, des cosmétiques aux vêtements, en passant par les caméras vidéo, les jeux, les chaussures et les stylos, les Spice Girls n’avaient pas inscrit les «assaisonnements» parmi les produits protégés.

Refusant d’abandonner près d’une décennie de travail sans se battre, Bond a engagé une procédure en vertu de l’article 45 pour forcer les icônes de la pop à défendre leurs catégories de marques au Canada.

«Je ne voulais pas être timide et simplement accepter la situation et passer à autre chose», a affirmé Lily Bond, qui a appris à se défendre grâce à l’entrepreneuriat.

Depuis qu’elle a reçu la lettre de mise en demeure en 2024, la pression sur la jeune femme s’est accrue. Sa gamme de produits s’est élargie au-delà des épices pour tacos pour inclure des assaisonnements pour steak montréalais, grec et dîner du dimanche. Spyce Girlz est désormais présent dans 150 épiceries de l’Ontario, notamment Farm Boy et Longo’s.

Mme Bond affirme que ses épices rapportent plus de 100 000 dollars et qu’elle n’a pas les moyens d’engager un avocat pour affronter un groupe pop aux moyens financiers importants dans un combat qui s’éternise.

«Je me représentais moi-même et j’ai dû prendre une décision: est-ce que je continue ce combat... ou est-ce que je continue à me consacrer à mon entreprise ?»

Mme Bond se dit épuisée après avoir géré seule les questions juridiques liées à la propriété intellectuelle pendant près d’un an. Elle a pris la décision d’abandonner la bataille pour la marque afin de pouvoir se concentrer sur le développement de son entreprise.

«Je vais devoir garder la tête haute et trouver un autre nom.»

Elle doit également se débarrasser de 10 000 paquets d’assaisonnements SPYCE GIRLZ avant de pouvoir relancer son entreprise sous un nouveau nom qui n’a pas encore été déterminé.