La responsable du Bureau des grands projets (BGP) du gouvernement fédéral affirme que les Premières Nations ont tout à fait le droit d’être sceptiques quant aux intentions de son organisme.
Cette déclaration devant un comité, mardi, à Ottawa, intervient deux semaines après que Dawn Farrell s’est adressée à l’Assemblée des Premières Nations (APN) de Colombie-Britannique. À cette occasion, de nombreux membres avaient exprimé leur frustration à l’égard d’un manque de consultation quant à la question de savoir si le Canada devait désigner le pipeline Pacific Link comme un projet d’intérêt national.
Le premier ministre Mark Carney a désigné ce projet — un nouvel oléoduc reliant l’Alberta à la côte sud de la Colombie-Britannique — le 1er octobre.
Certains chefs ont déclaré n’avoir disposé que de 11 jours ouvrables pour examiner la proposition de désignation et se prononcer à ce sujet.
S’adressant aux députés du comité de l’environnement de la Chambre des communes, Mme Farrell a déclaré le 14 octobre qu’elle savait que les Premières Nations ne faisaient pas confiance à son bureau et qu’il lui appartenait de prouver les intentions de son équipe à travers son travail.
Le choix des mots de Mme Farrell a suscité quelques critiques.
Mardi, Mme Farrell a expliqué aux députés qu’elle cherchait à faire comprendre qu’elle savait que les Premières Nations ne faisaient pas confiance à son bureau, et qu’il lui appartenait de prouver les intentions de son équipe à travers son travail.
«Je sais que les Premières Nations s’inquiètent du calendrier, de l’ampleur de ce que nous essayons d’accomplir et de la rapidité avec laquelle nous essayons de le faire. Et je sais qu’elles ne sont pas habituées à cela, car de nombreuses consultations prenaient des années et des années, et beaucoup de projets ne voyaient jamais le jour», a déclaré Mme Farrell aux députés.
«Ils ont donc tout à fait le droit, à mon sens, d’être sceptiques quant aux intentions du Bureau des grands projets. Nous sommes nouveaux. Nous n’avons pas encore fait nos preuves. Nous n’avons pas encore pu leur montrer quelles sont nos intentions, et nous n’avons pas encore pu aller jusqu’au bout et nous assurer que le travail que nous accomplissons correspond bien à ce que nous avons annoncé», a-t-elle ajouté.
«Je voulais donc plutôt dire: “Je sais que vous ne nous faites pas confiance, et c’est à moi de faire le travail et de vous le prouver.” Et bien sûr, vous savez, je ne l’ai pas assez bien formulé et je le regrette.»
Le gouvernement fédéral avait initialement prévu d’organiser des consultations d’un mois afin de déterminer s’il fallait désigner le gazoduc comme un projet d’intérêt national en vertu de la Loi visant à bâtir le Canada. Ce délai a été prolongé à deux mois après que les dirigeants autochtones ont fait part de leurs inquiétudes concernant le calendrier trop serré.
Un résumé de ces consultations publié en ligne par le gouvernement fédéral indique que les groupes autochtones ont dénoncé un manque d’informations sur le projet, ce qui, selon eux, les a empêchés d’en évaluer pleinement l’impact.
Rob Van Walleghem, directeur juridique et vice-président chargé des affaires autochtones au sein du BGP, a soutenu que les peuples autochtones devaient disposer de «bonnes informations» dès le début et avoir les capacités nécessaires pour prendre des décisions.
«Les communautés ne sont pas habituées à ce que les promoteurs se présentent avec si peu d’informations. Mais c’est justement le but, a-t-il expliqué aux députés. Nous ne voulons pas que les promoteurs se présentent dans les communautés avec des plans déjà tellement avancés qu’ils deviennent inchangeables, car ils ont investi trop d’argent dans leur élaboration. Nous voulons que les peuples autochtones participent à l’élaboration conjointe de ces projets.»
Les Premières Nations de Cold Lake ont demandé à la Cour fédérale de réexaminer la décision de classer le pipeline Pacific Link comme projet d’intérêt national, car elles n’ont pas été consultées à ce sujet.
Elles demandent à la Cour d’annuler la désignation d’intérêt national et de déclarer que le Canada a l’obligation de consulter les communautés au sujet de ce pipeline.
Interrogée mardi par des députés sur son degré de confiance quant à la validité du processus de consultation devant les tribunaux, Mme Farrell s’est dite «très confiante» à cet égard.
— Avec des informations fournies par Alessia Passafiume

