Alors que la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) affirme que le marché locatif québécois se détend, les prix continuent d’augmenter et restent inaccessibles pour beaucoup, en particulier à Montréal.
Le taux d’inoccupation de la ville est passé de 2,1 % l’année dernière à 2,9 %, soit un niveau proche des 3 % généralement considérés comme indiquant un marché immobilier sain.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Le rapport publié jeudi souligne que l’augmentation du nombre de projets de construction achevés et la diminution du nombre d’étudiants étrangers et de travailleurs temporaires admis par le gouvernement ont contribué à la hausse du taux d’inoccupation dans toute la province.
Mais cela ne signifie pas pour autant qu’il y ait davantage de logements abordables, bien au contraire, selon les données de la SCHL. Les loyers ont augmenté de 7,2 %, ce que la société attribue aux hausses record approuvées par le Tribunal du logement (TAL) de la province.
Le TAL a estimé que la hausse moyenne des loyers la plus élevée jamais enregistrée serait de 5,9 % pour 2025.
Le loyer mensuel moyen d’un appartement de deux chambres dans la ville s’élève désormais à 1346 dollars, tandis que celui d’un appartement en copropriété de deux chambres coûte en moyenne 1826 dollars par mois.
Dans une tendance croissante, les logements neufs plus chers restent vacants malgré une augmentation marquée du nombre de projets de construction achevés.
Le rapport indique que «certains propriétaires proposaient des avantages, tels que des mois de loyer gratuits, pour attirer des locataires».
Augmenter illégalement les loyers
Alors que la plupart des propriétaires ont augmenté les loyers d’environ 6 %, les loyers des logements occupés ont augmenté à un rythme bien supérieur à celui des salaires, ce qui a réduit le parc global de logements abordables, note la SCHL.
Et, pour les logements qui ont connu un renouvellement des locataires – moins nombreux que l’année dernière –, les loyers ont augmenté de 17,2 %.
Le groupe de défense du logement BAIL souligne que cette augmentation prouve que les propriétaires augmentent illégalement les loyers entre locataires.
«C’est de loin la hausse la plus rapide dans toute la province. C’est extrêmement préoccupant», a déclaré Felix Marois, coordonnateur communautaire de BAIL. «Ce sont des appartements abordables qui disparaissent.»
Il a ajouté que Montréal connaît déjà une explosion du nombre de sans-abri en conséquence.
Ces chiffres ne surprennent pas les défenseurs du logement comme Catherine Lussier, de la FRAPRU.
Le groupe a dénoncé l’estimation de hausse des loyers faite par la TAL au début de l’année, affirmant qu’elle ne ferait qu’aggraver la crise du logement.
«Nous pouvons maintenant voir dans ce rapport l’impact de ces augmentations sur les locataires, et cela nous préoccupe évidemment», a indiqué M. Lussier à CTV News.
Bien que l’ancienne ministre du Logement, France-Élaine Duranceau, ait ajusté la façon dont les augmentations de loyer seront calculées à l’avenir, le FRAPRU craint qu’elles ne dépassent les 5,9 % de cette année.
«Cela mettra fin à la dernière accessibilité financière que l’on peut trouver actuellement à Montréal, qui concerne la plupart du temps les logements occupés par des locataires», a déclaré M. Lussier.
Cinq années «difficiles»
La Corporation des propriétaires immobiliers du Québec affirme que la nouvelle formule sera alignée sur l’inflation et pourrait contribuer à refroidir le marché.
«Cela fera-t-il une différence de quelques dollars par mois? Peut-être, peut-être pas. Mais nous ne verrons pas ces chiffres à 5,9 %, car l’année précédente, l’inflation était très élevée», soutient Eric Sansoucy, porte-parole de la CORPIQ.
Il ajoute que les cinq dernières années ont été « difficiles pour tout le monde » et que les jeunes adultes choisissent de rester chez leurs parents parce que les loyers ont explosé.
«Oui, nous avons besoin que les choses se calment un peu et, sur le plan social, d’avancer tous ensemble», a rapporté M. Sansoucy.
Selon la FRAPRU, la meilleure solution consiste à augmenter immédiatement le parc de logements sociaux au Québec, c’est-à-dire les logements subventionnés dont le loyer est fixé à 25 % du salaire du locataire. M. Lussier estime que cela pourrait faire baisser les prix et offrir davantage de choix aux locataires qui doivent déménager, mais qui n’ont «pratiquement aucune option sur le marché».
Selon M. Lussier, le Québec a relâché ses efforts, surtout après que le gouvernement Legault ait supprimé son programme de logement social au profit d’un fonds pour le «logement abordable» accessible aux promoteurs privés.
Des groupes tels que FRAPRU et BAIL réclament depuis des années au gouvernement d’augmenter son parc de logements sociaux, de mettre en place un registre des loyers et de plafonner les loyers.
M. Marois a souligné que se contenter de construire davantage de logements privés était une stratégie vouée à l’échec.
La CORPIQ, quant à elle, fait pression pour que le Québec adopte davantage de programmes de subventions au loyer afin d’aider les gens à se loger dans les logements vacants du secteur privé.
La SCHL prévoit que la pression sur les logements abordables restera forte tant qu’ils resteront rares, et que la crise du logement est loin d’être terminée.
